Les figures féminines et le martyre dans le théâtre religieux de tradition abrahamique

Les trois traditions abrahamiques que sont le judaïsme, le christianisme et l’islam ont toutes donné naissance à des traditions de théâtre religieux, malgré leurs attitudes ambivalentes à l’égard de la création d’images. Dans l’Europe catholique médiévale, le théâtre vernaculaire enseignait les récits bibliques alors que la Bible était encore en latin. Vers la fin de la période médiévale et en étroite relation avec le théâtre chrétien, le purimshpil juif s’est développé, mettant en scène le récit de la reine juive Esther qui a sauvé son peuple de la destruction sous le règne perse. Indépendamment, et un peu plus tard, les musulmans chiites ont commencé à créer des pièces de théâtre ta’ziyeh portant sur le martyre de l’Imam Husain (petit-fils du Prophète Muhammad) et sur d’autres événements d’importance religieuse.

S’appuyer sur les similitudes

Si les pièces de ces traditions varient de par leur longueur et leur ton, elles présentent certaines caractéristiques dramaturgiques communes et partagent parfois des récits et des protagonistes. Tout en reconnaissant l’indépendance de ces traditions, le projet mène néanmoins une étude comparative de ces «histoires communes» et de certains thèmes récurrents: les figures féminines, le martyre et la perception que chaque tradition a des autres. Grâce à ces comparaisons, les chercheuses et chercheurs peuvent ancrer leur étude d’un sujet qui leur est encore inconnu dans leur connaissance d’un sujet déjà familier. Bien qu’il soit essentiel d’éviter de considérer le «nouvel» objet comme une simple variante de l’«ancien», les approches comparatives aident les chercheuses et chercheurs à acquérir de nouvelles connaissances et, souvent, à voir sous un jour différent des éléments qui leur sont familiers.

Les professionnel·le·s du théâtre et les spectatrices et spectateurs ont souvent spontanément suggéré des similitudes entre les traditions dramatiques religieuses, mais il a été impossible d’étudier ces similitudes de manière plus systématique car les scripts ne sont pas édités et existent dans une grande variété de langues différentes. Le projet WOMARD s’attaque à ce problème. La philologue yiddish Sonya Yampolskaya traduit les plus anciens exemples existants de purimshpil, ce qui représente un défi en l’absence de tout dictionnaire de yiddish ancien. Les persanistes Sara Khalili Jahromi et Lucy Deacon éditent et traduisent une sélection de pièces de théâtre ta’ziyeh provenant de la collection de la Bibliothèque du Vatican. L’équipe crée également des spectacles afin d’explorer la dramaturgie religieuse et de promouvoir la connaissance et la compréhension par le public de ce point commun important entre le judaïsme, le christianisme et l’islam chiite.

Women and Martyrdom in the Religious Drama of the Abrahamic Traditions
Direction du projet: Prof. Elisabeth Dutton
En collaboration avec: Dre Sonya Yampolskaya, Dre E. Lucy Deacon, Dre Sara Kahlili Jahromi
Financement: SNSF grant de 1’090’146 francs suisses
Durée: 2024 – 2028