| Description |
Le séminaire explore les relations entre enfance et ethnicité en croisant les childhood studies et l’anthropologie de l’ethnicité et des relations interethniques. Il s’intéresse à la place des enfants dans les processus de construction et de transmission des appartenances ethniques, en considérant à la fois les catégories qui leur sont attribuées et les manières dont iels les expérimentent. L’ethnicité sera appréhendée comme relationnelle et situationnelle (Eriksen 2002: 58). Nous examinerons ainsi comment les appartenances et les frontières ethniques prennent forme dans des contextes et des relations spécifiques. À partir d’études de cas issues de contextes sociopolitiques variés — notamment en Irlande, à Chypre, en Ouganda, en Ukraine, en Afrique du Sud, en Norvège, aux États-Unis et en Argentine —, nous comparerons les manières dont l’ethnicité est produite, vécue et négociée dans différents espaces sociaux. Nous adopterons également une perspective intersectionnelle et examinerons comment l’appartenance ethnique s’articule avec d’autres variables sociales, telles que la génération, le genre, la classe sociale et la nationalité. Une première partie sera consacrée aux institutions qui contribuent à produire et à encadrer une enfance « ethniquement située », notamment à travers des politiques éducatives, de l’adoption internationale ou encore de la prise en charge des enfants dans des contextes institutionnels ou dans la sphère domestique. Nous chercherons à comprendre les catégories institutionnelles qui définissent les appartenances des enfants et l’impact de cette catégorisation sur leur vie quotidienne ainsi que sur leur devenir. Une deuxième partie portera sur les contextes dans lesquels l’ethnicité des enfants devient un enjeu politique et militaire, en particulier dans le contexte de sociétés divisées (divided societies), de pays en guerre ou de contextes politiques marqués par la persécution de certaines minorités. L’enjeu sera de comprendre comment les enfants peuvent devenir la cible de politiques visant à les discriminer sur la base d’une appartenance ethnique voire d’annihiler cette appartenance ethnique à travers diverses mesures (séparation, capture, propagande, etc.). Une troisième partie portera sur les espaces de la vie quotidienne, encadrés par des institutions (école, club de sport) ou non (quartier, sphère domestique). Ces terrains permettront d’observer concrètement les processus de catégorisation et de production des frontières entre groupes. Des études de cas permettront d’examiner comment, en fonction des contextes, les enfants respectent, négocient, contestent ou ignorent ces frontières et appartenances dans leurs relations avec leurs pairs et avec des adultes. Enfin, l’analyse se concentrera sur les marges de manœuvre dont disposent les enfants face aux frontières ethniques. Les travaux consacrés au border crossing et au language brokering permettront d’examiner différentes formes de circulation entre groupes et univers sociaux. Leur agencéité sera envisagée non comme une capacité générale, mais comme une possibilité située, dépendante des contextes, des relations et des ressources dont iels disposent. Le séminaire permettra ainsi aux participant·es de mobiliser différents outils théoriques pour analyser les processus de catégorisation et de production des frontières ethniques, de comparer des configurations sociopolitiques distinctes et d’interroger la place des enfants dans ces processus. |