Vision02.06.2026
Un espoir contre la perte de vision liée à l’âge
La dégénérescence maculaire liée à l’âge constitue l’une des principales causes de perte de vision après 50 ans dans les pays industrialisés. Des scientifiques de l’Université de Fribourg, ont démontré dans deux études récentes que ce processus peut être combattu grâce à un mécanisme naturel de « nettoyage » des cellules.
Avec le vieillissement de la population, les maladies de la rétine, comme la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA), touchent un nombre croissant de personnes dans le monde. Ces pathologies affectent des cellules essentielles au bon fonctionnement de l’œil, en particulier les photorécepteurs, qui captent la lumière, et les cellules de l’épithélium pigmentaire rétinien, qui les nourrissent et les entretiennent. Au fil du temps, ces cellules accumulent des déchets, notamment des protéines abîmées. En situation normale, elles disposent de systèmes efficaces pour éliminer ces éléments défectueux. Cependant, avec l’âge, ces mécanismes s’affaiblissent progressivement. Les déchets s’accumulent alors dans les cellules, ce qui entraîne un stress important et finit par provoquer leur dégénérescence. Comprendre pourquoi ces systèmes de nettoyage cessent de fonctionner est donc essentiel pour espérer freiner la progression de ces maladies.
Recyclage des protéines
L’équipe de l’Université de Fribourg dirigé par la professeure Patricia Boya, avec des partenaires américains et espagnols, s’est intéressée à un mécanisme naturel de « nettoyage » des cellules appelé autophagie médiée par les chaperonnes. Pour faire simple, la cellule possède un système de recyclage interne: des protéines spécialisées, appelées chaperonnes, repèrent les protéines abîmées et les transportent vers des structures spécialisées, les lysosomes, où elles sont dégradées.
Ce système agit comme un véritable service de tri sélectif à l’intérieur de la cellule. Les scientifiques ont démontré qu’il est particulièrement actif dans les cellules de la rétine, où il assure un contrôle qualité indispensable. Lorsque ce mécanisme fonctionne mal comme c'est le cas dans l'œil des patient·e·s, les protéines défectueuses s’accumulent, les cellules subissent un stress croissant et leur fonctionnement se dégrade rapidement.
Réparation envisageable
Les chercheurs ont également montré qu’il est possible de relancer ce système de nettoyage. Pour cela, ils ont utilisé une molécule expérimentale appelée CA77.1, conçue pour activer spécifiquement ce processus naturel de recyclage des protéines au sein des cellules, améliorant ainsi leur capacité à éliminer les déchets. Pour la Professeure Patricia Boya, responsable du Laboratoire d’autophagie de l’Université de Fribourg, les résultats sont encourageants: « Sur des modèles expérimentaux, nous avons démontré que l’activation de ce mécanisme permet de réduire l’accumulation de déchets, de limiter l’inflammation et de ralentir la dégradation de la vision dans deux modèles différents ».
En collaboration avec le groupe de Jörn Dengjel, professeur au département de biologie de l’Université de Fribourg, des expériences menées sur des cellules humaines issues de patients atteints de dégénérescence maculaire liée à l’âge confirment ces observations. Lorsque le mécanisme naturel de « nettoyage » est renforcé, les cellules fonctionnent de manière plus équilibrée et résistent mieux au stress.
Vers de nouvelles thérapies
Plutôt que de s’attaquer uniquement aux symptômes ou à une cause précise, il devient possible de cibler un mécanisme fondamental commun à plusieurs formes de maladies oculaires. En stimulant l’autophagie médiée par les chaperonnes, soit via des approches génétiques soit par la molécule CA77.1, les chercheurs·euses ont aidé les cellules à éliminer leurs déchets, à réduire leur stress et à améliorer leur survie.
Ces résultats pourraient conduire au développement de traitements capables de ralentir, voire de prévenir, la perte de vision liée à l’âge, offrant ainsi un espoir concret pour des millions de personnes.
Références
Chaperone‑mediated autophagy protects against retinal photoreceptor degeneration by modulating proteostasis of glucose metabolism enzymes. PNAS, 123(20), e2527503123. https://doi.org/10.1073/pnas.2527503123
Defective chaperone‑mediated autophagy in the retinal pigment epithelium of age‑related macular degeneration patients. EMBO Molecular Medicine, 17(12), 3472‑3495. https://doi.org/10.1038/s44321-025-00329-w
