Publikationsdatum 09.06.2026

Leçon d'adieu du Prof. Luc-Thomas Somme OP


La Fin comme Bien : La carrière d’enseignement du professeur Luc-Thomas Somme à la Faculté de Théologie de l’Université de Fribourg arrive à sa fin.

À première vue, le mot « fin » évoque souvent quelque chose de négatif : une limite, une cessation, une séparation. Le dictionnaire le définit d'ailleurs comme le « Moment, instant auquel s'arrête (un phénomène, une période, une action)[1] ». Les exemples proposés sont révélateurs : À la fin du mois ; la fin du film ; la fin du monde, du début à la fin[2]. Autant d'expressions qui suggèrent spontanément une privation ou une perte. C'est précisément ainsi que certains pourraient comprendre le départ à la retraite du Père Luc-Thomas Somme, o.p., professeur ordinaire de théologie morale fondamentale à l'Université de Fribourg, dont le mandat s'achèvera le 31 juillet prochain. La fin d'un enseignement, la fin d'une présence, la fin d'un « magistère ».

Mais un théologien moral profondément enraciné dans la pensée de saint Thomas d'Aquin ne considère pas les choses de cette manière. Pour le Docteur angélique, « la fin est le bien de chaque chose[3] ». La fin n'est donc pas nécessairement synonyme de disparition, elle peut aussi désigner l'accomplissement, la plénitude, l'achèvement heureux d'une œuvre. C'est sous cet éclairage qu'il convient de comprendre cette étape de la vie du professeur Somme. C'est pour célébrer ce « bien » que, le 21 mai 2026, étudiants, collègues, amis et proches se sont réunis à l'occasion de sa Leçon d'Adieu, intitulée « L'alpha et l'oméga de la morale ».

La doyenne de la Faculté de théologie, Professeure Veronika Hoffman, a ouvert la rencontre en saluant le parcours du professeur Somme et en rappelant une singularité remarquable de sa carrière : son double passage comme professeur à l'Université de Fribourg, signe d'une fidélité durable à cette institution. Le professeur Daniel Bogner, président du Département de théologie morale et d'éthique, a ensuite pris la parole pour esquisser, avec humour et affection, trois traits caractéristiques de son collègue : « revenant, français et moraliste ». Trois qualificatifs qui, au-delà de leur apparente simplicité, dessinent le portrait d'une personnalité estimée au sein de la Faculté.

Puis est venu le moment de la leçon elle-même. Le premier mot prononcé par le professeur Somme a été : « Jésus ». Rien d'anecdotique dans ce choix. Il a aussitôt expliqué que Jésus est l'alpha et l'oméga de la morale chrétienne. C'est pourquoi il a commencé par ce nom et a terminé par lui. Ainsi, toute la conférence se trouvait symboliquement encadrée par cette unique référence : Jésus comme origine et accomplissement, principe et fin de toute réflexion morale authentiquement chrétienne. Il a ensuite présenté, selon sa propre expression, une véritable « mosaïque de la morale ». Parcourant l'alphabet de A à Z, le professeur Somme a revisité les notions fondamentales de la théologie morale avec l'aisance du maître qui connaît intimement son sujet. Les références se succédaient : l'Écriture, Saint Augustin, Saint Thomas d’Aquin, Bernanos, Chesterton, Charles Péguy, François de La Rochefoucauld, Simone Weil et bien d'autres encore. Plus qu'un simple exposé académique, cette conférence est apparue comme une synthèse vivante d'une existence consacrée à l'enseignement, à la recherche et à l'intelligence de l'agir humain à la lumière de Dieu.

C'est peut-être là que réside le véritable sens de cette fin. Pendant ses années à Fribourg, le professeur Luc-Thomas Somme n'a cessé de parler de Dieu et d'enseigner à partir de Dieu. Il a incarné, à sa manière, cette conviction formulée par Saint Hilaire de Poitiers : « Pour moi, je suis en vérité conscient, ô Père, Dieu tout-puissant, que c'est bien envers toi le principal devoir de ma vie que tous mes discours et mes pensées parlent de toi[4] ». Cette citation pourrait presque servir de clé de lecture à l'ensemble de son œuvre universitaire. Ses cours, ses recherches, ses écrits et, finalement, sa conférence d'adieu, ont tous témoigné de cette même orientation fondamentale.

Sa dernière leçon en a été l'illustration la plus éloquente : elle a commencé par Jésus et s'est achevée par Jésus. En prenant congé du professeur Luc-Thomas Somme, la Faculté de théologie de l'Université de Fribourg ne salue pas seulement la carrière d'un professeur. Elle rend hommage à un homme qui a su faire de l'enseignement une vocation et de la théologie morale un chemin vers Celui dont nous recevons notre origine et vers lequel nous tendons comme à notre fin ultime, le véritable bien auquel aspire tout être humain.

Camilo Camargo Rodrigo

 

[1] Éditions Le Robert (s. d.), « Fin », dans Dico en Ligne Le Robert. Consulté le 08 juin 2026 sur https://dictionnaire.lerobert.com/definition/fin.

[2] Ibid.

[3] Thomas d’Aquin, Somme contre les Gentils, I, 1, Paris, Flammarion, 1999.

[4] Hilaire de Poitiers, La Trinité, « Sources chrétiennes 443 », Cerf, Paris, 1999, p. 271.