Neurosciences24.09.2026

Après un trip au LSD, le cerveau continue d’apprendre


Après l’expérience psychédélique (ou «trip»), il semblerait que le LSD continue d’agir sur le cerveau. Sous la direction du professeur Gregor Hasler, une étude du Molecular Psychiatry Lab de l’Université de Fribourg montre, pour la première fois, qu’une seule dose de LSD peut améliorer jusqu’au lendemain l’apprentissage de séquences de mouvements.

Jouer une mélodie au piano, changer de prise de raquette au tennis ou réussir à porter à nouveau soi-même une tasse à sa bouche: pour apprendre des mouvements, nous devons nous entraîner. Néanmoins, une partie de l’apprentissage ne se fait qu’après. Car, pendant que nous prenons une pause, notre cerveau traite et consolide les gestes précédemment répétés.

C’est justement à ce stade que le LSD semble avoir un effet inattendu. Une équipe de recherche de l’Université de Fribourg a demandé à 43 personnes en bonne santé d’apprendre une séquence de frappes sur des touches comparable à une courte mélodie au piano. Les participantes et participants ont effectué l’expérience une première fois après avoir pris du LSD (100 µg), puis une seconde fois après avoir reçu un placebo.

Un tiers de progrès en plus
Au cours de l’apprentissage à proprement parler, le LSD n’a pas apporté de bénéfice. La différence est apparue ultérieurement. Après une pause, les personnes parvenaient à taper plus vite la séquence répétée, sans commettre plus d’erreurs. Quatre-vingts minutes après l’entraînement, les progrès réalisés après le LSD dépassaient d’environ un tiers (32,8%) ceux atteints après le placebo. Et ce, alors que la prise de LSD remontait à la veille.

«Il s’agit, à notre connaissance, de la première étude contrôlée qui révèle une amélioration de l’apprentissage moteur après la prise d’un psychédélique», déclare Abigail Calder du Molecular Psychiatry Lab de l’Université de Fribourg, responsable de l’étude.

Pour l’instant, l’équipe ne sait pas encore pourquoi le LSD produit cet effet. L’une des explications possibles est qu’après la prise le cerveau reste particulièrement malléable pendant un certain temps. Mais des modifications de l’attention, de la motivation ou de la vigilance pourraient également entrer en jeu.

Un intérêt pour la rééducation?
Cette découverte pourrait avoir un intérêt pour des applications allant bien au-delà de la mémorisation d’un morceau de piano. En effet, lorsque des patients doivent se réapproprier certains gestes après un accident vasculaire cérébral ou tout autre type de lésion du cerveau, l’apprentissage moteur est déterminant.

Le LSD pourrait-il donc un jour aider à la rééducation? Il est encore bien trop tôt pour l’affirmer avec certitude. L’étude actuelle a été réalisée exclusivement avec des personnes en bonne santé.

«Nos résultats ne constituent pas une recommandation pour un usage clinique», souligne Abigail Calder. «Il nous faut d’abord déterminer si l’effet se vérifie dans d’autres études et s’il pourrait servir, par exemple, pour la neurorééducation ou l’ergothérapie.»

Moins de stress une semaine plus tard
L’équipe de recherche a observé un autre effet: une semaine après la prise de LSD, les participantes et participants ont fait état d’une baisse de leur stress et, parfois, d’une plus grande flexibilité mentale.

Ces résultats doivent toutefois être interprétés avec prudence: les sujets savaient quand ils avaient reçu la substance psychédélique. Il se peut donc que leurs attentes aient influencé la façon dont ils ont évalué leur stress et leur flexibilité mentale.

Que se passe-t-il après le trip?
Pour Abigail Calder et son équipe, une question mérite une attention particulière: comment le LSD agit-il sur notre cerveau bien après la dissipation de l’effet immédiatement perceptible?

Jusqu’à présent, la recherche se concentrait principalement sur ce qui se passe pendant l’expérience psychédélique. Cette nouvelle étude suggère que la phase d’après pourrait également être intéressante. D’autres études devront établir si l’effet d’apprentissage persiste au-delà d’une journée, s’il se répète pour d’autres facultés et s’il pourrait être utilisé un jour à des fins thérapeutiques.

Etude
Abigail E. Calder et al.: «Acute and post-acute neurobehavioral responses to lysergic acid diethylamide in healthy subjects: a randomized controlled study», Neuropsychopharmacology 51 (2026), 1577–1587. DOI https://doi.org/10.1038/s41386-026-02454-7