Santé10.02.2026

Des scientifiques fribourgeois identifient un mécanisme clé maintenant les cellules cancéreuses en dormance


Après s’être détachées de la tumeur d’origine, il arrive souvent que les cellules cancéreuses se disséminent dans d’autres organes. Là, elles peuvent soit former des métastases, soit rester «endormies» pendant de nombreuses années avant de se réveiller. Des scientifiques de l’Université de Fribourg ont découvert un mécanisme qui permet de maintenir ces cellules cancéreuses à l’état dormant en stimulant la réponse du système immunitaire. Cette découverte, publiée dans la revue NPJ Breast Cancer, pourrait contribuer à améliorer la prise en charge des femmes atteintes d’un cancer du sein.

Grâce au dépistage précoce et aux traitements modernes, la majorité des patientes atteintes d’un cancer du sein ont aujourd’hui de très bonnes chances de guérison. Chez certaines patientes, toutefois, des métastases apparaissent et restent malheureusement difficiles à traiter. Trouver des moyens de contrôler ces métastases ouvrirait de nouvelles perspectives thérapeutiques pour ces femmes.

Le système immunitaire joue un rôle essentiel dans le contrôle du cancer: il peut empêcher la formation de tumeurs, maintenir des cellules cancéreuses dans un état «dormant» et ralentir leur croissance. Mieux comprendre comment les cellules cancéreuses entrent dans cet état de dormance, comment elles s’y maintiennent et comment elles peuvent ensuite se réveiller est donc d’une grande importance clinique.

CXCL10: Une molécule “somnifère” qui stimule le système immunitaire
Grâce à des expériences sur des modèles murins, la  postodctorante Alev Ylmaz de l’équipe du Professeur Curzio Rüegg de l’Université de Fribourg, en collaboration avec Qiang Lan, chargé de recherches senior à l’Université de Bristol, a découvert qu’une molécule produite par des cellules cancéreuses dormantes permet de maintenir dormante les cellules du cancer du sein dit « triple négatif », une forme particulièrement agressive de cancer du sein.

Cette molécule, appelée CXCL10, appartient à une famille bien connue de molécules capables d’attirer les cellules immunitaires, les chimiokines. CXCL10 agit en recrutant vers le site tumoral des cellules immunitaires capables de lutter contre la tumeur, ce qui empêche les cellules cancéreuses de se développer. En revanche, lorsque CXCL10 ou son récepteur, CXCR3, sont bloqués, les cellules immunitaires ne peuvent plus atteindre la tumeur: les cellules cancéreuses sortent alors de leur léthargie, recommencent à croître et peuvent se propager vers d’autres organes, comme les poumons.

À partir de ces résultats, les chercheurs·euses ont identifié une «signature de dormance» liée à CXCL10, détectable dans les tumeurs des patientes. «Ce signal montre que les cellules cancéreuses sont plutôt endormies qu’actives, explique Alev Ylmaz, et il est particulièrement important de noter que les patientes présentant cette signature ont, en moyenne, un meilleur pronostic.»

Des implications pour les patientes
Cette découverte met en lumière un nouveau rôle clé du système immunitaire dans la progression du cancer du sein et ouvre des nouvelles perspectives de traitement. D’une part, elle suggère que cibler la voie CXCL10/CXCR3 pourrait améliorer la prise en charge des patientes atteintes de cancer du sein triple négatif. D’autre part, la signature de dormance basée sur CXCL10 pourrait aider à identifier les patientes présentant un risque plus élevé de métastases et qui pourraient le plus bénéficier de nouvelles stratégies thérapeutiques.

Yilmaz, A., Haerri, L., Estrella Granda, M., Coquoz, O., Lan, Q., & Rüegg, C. (2026). The CXCL10/CXCR3 axis is essential for sustaining immunological dormancy in triple-negative breast cancer. NPJ Breast Cancer. https://doi.org/10.1038/s41523-026-00903-6