Published on 24.09.2026
Quand les étudiant·es créent pour apprendre : podcasts, vidéos et autres productions numériques au service des apprentissages
À l’heure où l’intelligence artificielle est capable de générer en quelques secondes des textes, des images, des présentations ou même des podcasts convaincants, il devient légitime de s’interroger sur la valeur pédagogique de certaines activités proposées aux étudiant·es. Si la production de contenus est désormais facilitée par ces outils, la question essentielle n’est peut-être plus de savoir ce que les étudiant·es sont capables de produire, mais ce qu’ils et elles apprennent au cours du processus.
Parmi les pistes explorées dans l’enseignement supérieur figurent les productions médiatiques réalisées par les étudiant·es eux-mêmes : podcasts, capsules vidéo, infographies scientifiques ou projets de vulgarisation. L’intérêt de ces dispositifs ne réside pas uniquement dans le produit final, mais dans les apprentissages qu’ils permettent de développer tout au long de leur réalisation.
Même lorsque des outils d’IA peuvent contribuer à la production du résultat final, ce type d’activité reste un puissant levier d’apprentissage dès lors que l’attention est portée sur le processus plutôt que sur le seul produit. Pourquoi la création constitue-t-elle une activité d’apprentissage à part entière ? Que nous apprennent les recherches sur le fait d’apprendre en construisant et en transmettant ? Et comment ces principes peuvent-ils se traduire concrètement dans l’enseignement supérieur ?
Faire créer plutôt que simplement restituer
L’apprentissage ne se limite pas à mémoriser ou à restituer des connaissances. S’approprier véritablement un concept implique de pouvoir l’expliquer, l’interpréter, établir des liens avec d’autres idées et le mobiliser dans différents contextes.
Les activités de création offrent précisément cette opportunité. Lorsqu’ils conçoivent un podcast, une vidéo ou une autre ressource destinée à un public, les étudiant·es sont amené·es à transformer les savoirs étudiés en un message clair, cohérent et accessible. Cette mise à l’épreuve de leur compréhension les conduit à prendre du recul, à structurer leur pensée et à expliciter leur raisonnement.
La création dépasse ainsi la simple restitution de connaissances. En reformulant, en synthétisant et en adaptant des contenus à une situation de communication authentique, les étudiant·es développent une compréhension plus approfondie des notions étudiées (Fiorella & Mayer, 2016). L’activité de création ne constitue donc pas seulement un moyen de démontrer ce qui a été appris ; elle devient un levier d’apprentissage à part entière.
Apprendre en construisant et en transmettant
Cette perspective rejoint les travaux de Seymour Papert (1991), pour qui l’apprentissage est particulièrement fécond lorsque les apprenant·es construisent un objet qu’ils peuvent partager, discuter ou utiliser avec d’autres.
Dans l’enseignement supérieur, cet objet peut prendre des formes variées : podcast, capsule vidéo, site web, infographie ou ressource pédagogique destinée à d’autres étudiant·es ou même au grand public. Sa valeur ne réside pas uniquement dans sa qualité finale, mais dans la réflexion qu’il suscite tout au long de sa conception.
Le fait de devoir rendre un contenu compréhensible pour autrui confronte les étudiant·es aux limites de leur propre compréhension. Ils et elles sont ainsi amené·es à clarifier leurs idées, à justifier leurs choix et à réfléchir à la manière la plus pertinente de communiquer un savoir. Ce faisant, ils et elles ne se contentent plus d’apprendre pour eux-mêmes, mais participent également à la circulation et à la médiation des connaissances.
Cette dimension de partage ouvre également la voie à des apprentissages qui dépassent la seule maîtrise disciplinaire. Les recherches sur les Learner-Generated Digital Media montrent que ce type d’activité favorise le développement de compétences transversales particulièrement importantes dans l’enseignement supérieur, telles que la communication, la collaboration, la créativité, l’esprit critique et la littératie numérique (Reyna & Meier, 2018).
L’exemple du podcast
Le podcast illustre particulièrement bien cette approche pédagogique. Relativement accessible sur le plan technique et adaptable à de nombreuses disciplines, il offre aux étudiant·es l’occasion de mettre leur compréhension à l’épreuve en la transformant en une production destinée à un public.
Pour construire un épisode pertinent, il ne s’agit pas seulement de restituer des informations, mais de faire des choix : définir un angle, construire un fil conducteur, adapter le niveau de langage aux destinataires ou encore articuler différents points de vue. La réalisation devient ainsi un exercice de réflexion et de médiation des savoirs.
Une étude récente menée auprès d’étudiant·es universitaires montre que la création de podcasts contribue à renforcer la compréhension des contenus disciplinaires, le sentiment de connexion avec les pairs et, dans certains contextes, les performances académiques (Hernández-López & Mendoza-Jiménez, 2025).
Ces observations rejoignent les travaux de Marcel Lebrun sur les pédagogies actives. Les apprentissages les plus durables émergent souvent lorsque les étudiant·es sont placé·es dans des situations qui les conduisent à produire, partager, discuter et donner du sens aux savoirs qu’ils construisent.
Comment DidaNum peut vous accompagner
Amener les étudiant·es à créer des contenus soulève naturellement plusieurs questions pédagogiques : quelle activité choisir en fonction des objectifs d’apprentissage ? Quelle place accorder au travail individuel ou collaboratif ? Comment encadrer la démarche ? Quels critères privilégier pour l’évaluation ?
Le Service DidaNum accompagne les enseignant·es dans la conception de ce type de dispositifs, depuis la clarification des objectifs pédagogiques jusqu’au choix des modalités d’accompagnement et d’évaluation.
Au-delà des accompagnements individuels, les pauses pédagogiques constituent également des occasions privilégiées pour découvrir des expériences menées à l’Université de Fribourg, échanger avec des collègues et identifier des pistes adaptées à son propre contexte d’enseignement.
Conclusion
Faire créer des contenus aux étudiant·es ne consiste pas simplement à remplacer un travail traditionnel par un format plus attractif ou plus numérique. L’intérêt de ces activités réside avant tout dans les apprentissages qu’elles rendent possibles.
Lorsqu’ils sont amené·es à expliquer, partager ou rendre un savoir accessible à d’autres, les étudiant·es développent une compréhension plus approfondie des contenus étudiés et apprennent à les mobiliser dans des situations authentiques. La création devient alors moins un objectif qu’un moyen de soutenir l’apprentissage.
À l’heure où les outils numériques, y compris l’intelligence artificielle, facilitent de plus en plus la production de contenus, cette distinction apparaît essentielle. L’enjeu n’est plus tant le contenu produit que le cheminement intellectuel nécessaire à sa conception. C’est dans ce processus de réflexion, de sélection, d’organisation et de transmission des savoirs que réside toute la richesse pédagogique de ces démarches.
Pour aller plus loin
Cette thématique vous intéresse ?
Une pause pédagogique consacrée à la réalisation de podcasts par les étudiant·es s’est tenue en juin 2026. Animée par Dre phil. Aurianne Stroude, elle a permis d’explorer les enjeux pédagogiques de ce type de dispositif ainsi que les conditions favorisant sa mise en œuvre. La rétrospective de la rencontre ainsi que les ressources présentées sont disponibles sur le site de DidaNum : https://www.unifr.ch/didanum/fr/formations/pauses/projets/aurianne-stroude/
Le Service DidaNum poursuivra cette réflexion lors d’une prochaine pause pédagogique prévue en janvier 2027, intitulée « De la compréhension à la transmission : créer des contenus scientifiques en psychologie clinique et de la santé », présentée par Dre Cherine Fahim (Département de psychologie). Cette rencontre offrira l’occasion de découvrir un nouveau retour d’expérience et d’échanger autour de dispositifs qui mettent la création de contenus au service des apprentissages.
Plus d’information et inscription ici : https://www.unifr.ch/didanum/fr/formations/catalogue/5296
Références
Fiorella, L., & Mayer, R. E. (2016). Learning as a Generative Activity: Eight Learning Strategies that Promote Understanding. Cambridge University Press.
Hernández-López, M., & Mendoza-Jiménez, J. (2025). Podcasts created by university students: A way to improve subject understanding, connection with peers, and academic performance. Education Sciences, 15(3), 284. https://doi.org/10.3390/educsci15030284
Lebrun, M. (2022). Théories et méthodes pédagogiques pour enseigner et apprendre : Quelle place pour les technologies numériques ? De Boeck Supérieur.
Papert, S. (1991). Situating constructionism. Dans I. Harel & S. Papert (dir.), Constructionism (pp. 1-11). Ablex Publishing.
Reyna, J., & Meier, P. (2018). Learner-generated digital media (LGDM) as an assessment: A literature review. Journal of University Teaching & Learning Practice, 15(3), Article 1.
Déclaration d’utilisation de l’intelligence artificielle
Des outils d’IA générative ont été utilisés comme soutien à la préparation de cet article. Le contenu a été sélectionné, adapté et vérifié par l’auteur·trice, conformément à la Politique d'utilisation de l'IA générative du service DidaNum
