Fribourg sur la mappemonde des cinéastes du Sud

Fribourg sur la mappemonde des cinéastes du Sud

Du 20 au 29 mars 2026, le Festival international de films de Fribourg investit la Ville de Fribourg pour sa 40e édition. Une relation sur le long terme que deux tables rondes décrypteront, dans le cadre d’une collaboration avec le Festival Histoire et cité et l’Université de Fribourg.

Le FIFF a posé ses valises à Fribourg en 1986. Le Festival vivait alors sa troisième édition et s’appelait encore Festival des Films du Tiers-Monde. D’un circuit itinérant, il devient une manifestation qui s’étend sur une dizaine de jours, avec un endroit où recevoir les cinéastes. La magie des lieux pouvait infuser.

La première édition fribourgeoise du Festival Histoire et Cité propose, dans le cadre du 40e anniversaire du Festival, deux soirées autour des origines et de l’histoire du FIFF.
Chercheur·euse au Département d’histoire contemporaine de l’Université de Fribourg, Lucia Leoni et Cyril Cordoba esquissent les premières pistes.

Lucia Leoni – © Pierre-Yves Massot

Fribourg est devenue le lieu d’ancrage du Festival, mais ce choix n’était pas une évidence…
Lucia Leoni: Le Festival a débuté par une sorte de circuit de projections dans huit villes de Suisse romande. Mais les organisateurs·trices ont rapidement compris qu‘un ancrage dans une ville était nécessaire pour créer une émulation. Lausanne et Genève disposaient déjà d’une large offre culturelle. Cela s’est donc joué entre Bienne et Fribourg.

Cyril Cordoba: Le choix de Fribourg est aussi lié aux organisations impliquées à l’origine de ce cycle de projections. Le terreau était propice pour enraciner une manifestation là où ce qu’on pourrait appeler de manière caricaturale «la gauche chrétienne» était active. Sa mise en place ne répond pas à une volonté touristique ou promotionnelle de la Ville, comme on peut le voir pour d’autres festivals cinématographiques. Elle émane de mouvements caritatifs qui veulent mettre en lumière les productions des pays où ils sont actifs.

 

La vocation humanitaire était-elle plus importante que la vocation artistique? Et qu’en est-il aujourd’hui?

Cyril Cordoba – © Stéphane Schmutz | STEMUTZ.COM

Cyril Cordoba: Le Festival a été lancé au début des années 1980, à un moment où ces organisations se posent beaucoup de questions quant à leurs actions sur le terrain et leur vision très verticale envers leurs bénéficiaires. Le cycle de projections proposé vise à élargir le débat et à s’interroger sur ce que peuvent nous apporter les cultures de ces pays du Sud global.Lucia

Leoni: Même si le Festival a beaucoup évolué, qu’il est sorti de cet esprit «missionnaire», il reste une volonté de mettre en lumière la cinématographie de pays dont la distribution n’atteint pas les salles de manière classique. Un festival comme le FIFF est une porte d’entrée pour ces films, d’autant que les oeuvres primées auront la chance de circuler dans d’autres festivals et dans les salles en Suisse et en Europe.

 

Le FIFF donne-t-il une place à Fribourg sur la carte du monde pour les cinéastes du Sud global?
Lucia Leoni: Pour des cinéastes jeunes ou encore inconnus, Fribourg peut représenter un tremplin important.

Cyril Cordoba: Fribourg ne joue pas dans la même cour que Berlin, Venise ni même Locarno. Le FIFF n’est pas un festival de catégorie A, ce qui lui permet de programmer des films qui ont déjà été diffusés ailleurs et de leur donner une deuxième chance. Le partenariat avec Trigon-Film a joué un rôle important dans la promotion de ce cinéma du Sud global. Grâce au soutien que le Festival a reçu sur le long terme de la part de la Direction du développement et de la coopération( DDC), la Suisse via le FIFF joue un rôle important dans la promotion de ce cinéma.

Vous envisagez un projet de recherche sur le FIFF. Expliquez-nous.
Lucia Leoni: Souvent, l’histoire de ce genre de manifestation est retracée par la voix de leurs directeurs ou directrices, par les discours et les interviews qu’ils et elles ont donnés et par les programmes qui ont été conservés. Les archives sont souvent limitées et, surtout, elles ne donnent pas la parole à celles et ceux qui rendent possible un tel festival: les bénévoles, toutes celles et ceux qui travaillent dans l’ombre.

Cyril Cordoba: Nous avons mené un tel un projet d’histoire publique à Locarno (piazzanostra.ch). Nous l’évoquerons avec l’historienne Joséphine Métraux, lors d’une conférence donnée le 26 mars dans le cadre du Festival Histoire et cité. L’idée de cette soirée est de lancer les premiers jalons et d’en apprendre davantage sur les personnalités qui ont fait vivre le FIFF. Il s’agira aussi de voir l’intérêt que suscite un tel projet, puisqu’il faudra encore chercher les fonds pour pouvoir le réaliser… Mais ce serait important de le mener maintenant, pendant que les sources sont encore vivantes et accessibles.

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Une première à Fribourg pour le Festival Histoire et cité
Deux festivals se tiendront aux mêmes dates à Fribourg. Du 20 au 29 mars 2026, le FIFF vivra sa 40e édition, alors que le Festival Histoire et Cité investira pour la première fois la ville des Zaehringen. Des collaborations sont nées entre les deux manifestations et elles donneront lieu à deux soirées.

Une table ronde intitulée «La magie des lieux: le FIFF et ses débuts à Fribourg» se tiendra le lundi 23 mars 2026, de 18h00 à 19h00, aux cinémas Arena, à Fribourg. Elle réunira Agnès Jubin, ancienne bénévole, Martial Knaebel, directeur de 1990 à 2007, et Charles Ridoré, président de 1999 à 2003. Elle sera modérée par Lucia Leoni et Cyril Cordoba.

Une conférence sur le thème «Les festivals de cinéma: des coulisses aux feux des projecteurs» sera proposée le jeudi 26 mars 2026, de 18h45 à 19h45, au Nouveau Monde, à Fribourg. Les historien·ne·s Joséphine Métraux et Cyril Cordoba y relateront leur projet d’histoire publique autour du Festival de films de Locarno.

Les programmes des deux manifestations se retrouvent sur leur site internet respectifs: fiff.ch et histoire-cite.ch.

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  • Lucia Leoni est doctorante au Département d’histoire contemporaine.
  • Cyril Cordoba est assistant docteur au Département d’histoire contemporaine.
  • Image de une: extrait du catalogue de l’édition 1986 du FIFF.

Author

Exerce d’abord sa plume sur des pages culturelles et pédagogiques, puis revient à l’Unifr où elle avait déjà obtenu son Master en lettres. Rédactrice en chef d’Alma & Georges, elle profite de ses heures de travail pour pratiquer trois de ses marottes: écrire, rencontrer des passionnés et partager leurs histoires.

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