La soirée d’archives SportVintage proposait un retour par le son et l’image sur l’histoire du club de hockey fribourgeois. Point d’orgue d’une expo qui a attiré 2000 visiteurs et visiteuses durant tout le mois de mai.
La température est montée d’un cran, ce soir-là, sous les poutres du dernier étage de l’Atelier à Fribourg. Et pas seulement à cause de la chaleur extérieure, mais aussi du fait des émotions ressenties par la centaine de personnes qui s’y était réunie. La raison? Le HC Fribourg-Gottéron, encore une fois, était au centre de la soirée. Ce mercredi 27 mai, le public assistait à la soirée SportVintage, une projection d’archives audio et vidéo revenant sur l’histoire de ce club devenu une marque qui tient de l’appellation d’origine contrôlée dans le Canton.
Cet événement, co-organisé par la radio Télévision suisse (RTS) et l’Association pour la valorisation des archives et de l’Histoire des sports (AvaHs), clôturait l’exposition «Des Augustins à Saint-Léonard. Le hockey sur glace à Fribourg», une collaboration entre le Département d’histoire contemporaine de l’Université de Fribourg et l’AvaHs, en partenariat avec le Labo urbain de la Ville de Fribourg. Visible à l’Atelier durant tout ce mois de mai 2026, en marge des Mondiaux du hockey sur glace qu’accueillait Fribourg (avec Zurich), l’exposition a attiré 2000 visiteurs·euses. Pour le lieu, c’est une fréquentation supérieure à la moyenne, relève le Service de la culture de la Ville.
Curé Noël, le «plus grand fan»
Pour la RTS, ces soirées SportVintage permettent une mise en valeur de ses archives sportives. «L’idée de venir présenter des archives sur Gottéron à Fribourg nous trottait dans la tête depuis un bon moment. Mais on ne s’imaginait pas que l’actualité sportive donnerait autant de couleurs à cette soirée», souligne Sophie Meyer, documentaliste pour RTS archives, faisant référence à la récente victoire en finale du championnat de première ligue nationale du HC Fribourg-Gottéron, une première dans l’histoire du club.
Dans le sillage de ce succès, le visionnage d’anciennes archives avait donc une saveur particulière. Les séquences comportaient des plans inédits, tels que la présentation des nouveaux maillots du club en 1965 ou encore Gabby Marchand égrenant quelques-uns de ses savoureux souvenirs. Le chansonnier du quartier de l’Auge, berceau historique du club fondé en 1937, évoque notamment le curé Pierre Noël, figure populaire de la Basse-Ville qui restera probablement dans les annales comme ayant été «le plus grand fan» de Gottéron.
Nombre d’anecdotes courent sur sa ferveur, les soirs de matchs à la patinoire des Augustins. Comme cet épisode lors duquel le religieux aurait stoppé avec son parapluie un ailier d’Arosa qui débordait le long de la bande. Ou encore la fois où Gabby Marchand se souvient avoir vu ce bon berger des âmes, choqué par la faute commise par un adversaire de Gottéron sur un joueur, sermonner le coupable directement sur le banc des pénalités.
Remettre les choses en perspective
Le propos de ce visionnage d’archives, toutefois, dépassait le simple partage de bons souvenirs. Entre les séquences de visionnage, une brochette d’invité·e·s emmenée par la journaliste sportive Marie Ceriani de Radio Fribourg a aidé à remettre en perspective les différents aspects de l’histoire du club. Parmi les anciens joueurs, on trouvait Michael Ngoy (de 2005 à 2016) et Jakob Lüdi. Enfant de la Basse et joueur jusqu’en 1989, ce dernier est l’un des acteurs de la promotion du club en Ligue A en 1980.
Amélie Jobin, attaquante pour l’équipe féminine de Gottéron (Fribourg-Ladies), a apporté son regard sur la situation du hockey féminin. A ses côtés, la journaliste sportive Patricia Morand, ancienne joueuse elle aussi, suit l’évolution du club pour La Liberté depuis 1988. On trouvait aussi autour de la table le Docteur Philippe Vonnard. Commissaire de l’exposition et spécialiste de l’histoire des sports et des loisirs, le chercheur FNS senior au Département d’histoire contemporaine de l’Unifr a pu donner des éléments de contexte sur les développements du hockey sur glace en Suisse.
Le public a aussi pu compter sur la présence de Mathieu Boivin-Chouinard, venu en Suisse à l’invitation du Département d’histoire contemporaine et du Centre suisse d’études sur le Québec et la Francophonie (CEQF), avec le soutien de l’Association internationale des études québécoises. Spécialiste de l’histoire du hockey, notamment soviétique dans sa dimension transnationale, il est doctorant à l’Université du Québec et enseigne l’histoire au Cégep André-Laurendeau à Montréal. Plus proche de nous, il s’intéresse aux relations historiques et identitaires du hockey entre le Québec et l’Arc jurassien.
Un mythe fondateur bien réel
Lorsqu’il s’agit du HC Fribourg-Gottéron, le Québécois remarque la ferveur de la ville et du canton pour le hockey. Comparaison faite avec le Canada, il observe une différence dans l’émergence de ce lien identitaire. «Chez nous, on cultive le mythe d’un hockey né sur les lacs gelés des grands espaces nord-américains. Mais c’est en grande partie construit. En réalité, au Canada, le hockey est professionnel et commercial dès l’origine. A Fribourg, en revanche, le mythe fondateur de ces gamins jouant sur des bassins de pisciculture gelés constitue une réalité historique», souligne-t-il.
Au détour d’une séquence d’archives, un de ces anciens «gamins» du club rappelle ainsi, dans un rire, le reproche que leur faisait le propriétaire du bassin: «Il fallait laisser des trous dans la glace pour les poissons.» Ces souvenirs et d’autres ont nourri le fort lien qu’entretient la population avec «son» club. Pour Jakob Lüdi, cet attachement constitue un fil rouge dans l’histoire de Fribourg-Gottéron. «C’est un club qui ne s’achète pas avec de l’argent», dit-il.
Philippe Vonnard fait remarquer que cet ancrage local du club s’observe aussi au niveau de l’élite dirigeante. «Plusieurs clubs suisses ont été administrés par des personnes sans lien avec la région. A Fribourg, les dirigeants étaient le plus souvent du cru et se sentaient concernés par le club et son devenir». En outre, rappelle le chercheur, cela n’a pas empêché la dimension commerciale d’intervenir très tôt dans la vie de Fribourg-Gottéron, comme dans celle d’autres clubs du pays. Ce qui n’est pas un garde-fou: le club, dans les années 1980, ayant connu des problèmes financiers à l’instar d’autres clubs romands.
Entraîneur aujourd’hui, un métier
Une séquence s’arrête sur trois figures qui ont marqué l’histoire du club: Julien Sprunger, le joueur récemment retraité qui a emmené le club à la première place sur le podium helvétique; Viatscheslav Bykov, arrivé de Russie avec son compatriote Andreï Khomutov en 1990 au terme d’un démarchage audacieux de la part du club dans le contexte de l’époque; et Gaston Pelletier (1933-2021), joueur d’origine canadienne et entraîneur de Fribourg-Gottéron entre 1978 et 1982, qui conduira le club en ligue nationale A.
Sur les images d’archives, on voit et on entend ce dernier s’énerver contre un joueur sur le banc. Une dureté apparente qui cachait une psychologie plutôt fine. L’entraîneur, en effet, adaptait son approche à la sensibilité des joueurs qu’il avait en face de lui. Défenseur sous l’ère Hans Kossman (entraîneur principal de 2011 à 2014), à la dure et à l’ancienne, l’ancien Dragon Michael Ngoy observe que les entraîneurs ont dû s’adapter. «Avec Kossman, on se faisait hurler dessus. Ce qui n’est plus vraiment possible avec les joueurs d’aujourd’hui. Avant, un jeune devait prouver son talent pour avoir du temps de glace. Alors qu’aujourd’hui, le joueur arrive et dit à son entraîneur : ‹donne-moi du temps de glace et je te montrerai ce que je vaux›. C’est très différent.»
Philippe Vonnard observe pour sa part que le pouvoir est aujourd’hui beaucoup plus dilué entre les différentes structures à l’intérieur du club, le staff technique, etc. Les entraîneurs étaient-ils plus «durs» avant? Difficile à dire. «Ce qui est sûr, en revanche, c’est que les formations se sont développées, tout comme la physiologie et la psychologie du sport, alors que l’usage des réseaux sociaux met davantage en lumière certains aspects plus cachés. Aujourd’hui, entraîneur, c’est devenu un métier.»
Enfin, la soirée a aussi permis de souligner quelques enjeux autour du hockey sur glace féminin. Ces dernières années, l’équipe féminine de Fribourg Gottéron, les Fribourg-Ladies (première équipe féminine de hockey en Suisse créée en 1978), progresse. «Depuis trois ans, c’est devenu beaucoup plus intéressant», relève Amélie Jobin.
Autant d’évolutions à relever, mais le cœur, lui, ne change pas. «A Fribourg, la connexion avec le club est avant tout émotionnelle et il faut la chérir, car c’est là qu’on trouve la vraie valeur de cette équipe», conclut Mathieu Boivin-Chouinard.
__________- Retrouvez notre article sur l’exposition «Expo Fribourg Gottéron: histoire d’une ferveur»
- Image de une: Match de hockey d’enfants du quartier de l’Auge devant les Augustins, Fribourg, BCU, cote: JATH 25407
- Gallerie photos: ©RTS
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