Des seniors à la découverte d’une star des laboratoires

Le mercredi 7 janvier 2026, dix seniors ont enfilé des blouses de biologistes à l’occasion du premier atelier scientifique organisé à l’Université de Fribourg en collaboration avec la fondation Pro Senectute. La docteure Chantal Wicky leur a fait découvrir le nématode C. elegans, un organisme modèle qui a permis de grandes avancées dans les domaines de la génétique et du développement animal. Enthousiasme et curiosité étaient au rendez-vous.

La salle de travaux pratiques en biologie située dans l’antique fabrique de chocolats Villars voit défiler chaque génération d’étudiant∙e∙s en sciences et en médecine de l’Université de Fribourg. Mais en ce premier mercredi de 2026, ce sont des apprenti∙e∙s d’une autre génération encore qui ont occupé ses bancs. Par le biais de la fondation Pro Senectute, dix personnes de soixante ans et plus ont eu l’opportunité de participer à un atelier organisé par la Dre Chantal Wicky. L’objectif: découvrir l’organisme modèle Caenorhabditis elegans, un vers microscopique de la famille des nématodes qui a permis de nombreuses avancées dans la recherche scientifique, notamment dans le domaine de la régulation génétique du développement.

Un cobaye quatre fois nobélisé
Comparé aux autres animaux couramment utilisés dans les laboratoires, C. elegans a l’avantage d’être composé de structures particulièrement simples. Pour se faire une idée, la mouche drosophile possède environ 140’000 neurones et la souris en a plus de 70 millions. Le nématode, lui, n’en compte que 302! Cette simplicité ne l’empêche pourtant pas de présenter des comportements variés, tels que la locomotion, la recherche de nourriture et la reproduction sexuée, ni de s’adapter à des changements dans son environnement. C’est ce compromis, en plus de son cycle de vie court et de son petit génome, qui a déterminé le chercheur Sydney Brenner, dans les années 60, à établir le nématode comme organisme modèle.

Et Brenner fut bien inspiré, car ses recherches lui valurent de remporter en 2002, conjointement avec ses collègues H. Robert Horvitz et John E. Sulston, le premier prix Nobel impliquant C. elegans. Ce prix leur fut décerné pour avoir identifié des gènes contrôlant le développement d’organes ainsi que la mort cellulaire programmée, des découvertes qui se révélèrent par la suite être de haute importance pour la médecine. En effet, la mort cellulaire programmée est un mécanisme de régulation essentiel dont le mauvais fonctionnement peut mener à de graves problèmes de santé, tels que des cancers ou des maladies neurodégénératives. En fait, l’importance de ce mécanisme est telle qu’il est présent chez tous les êtres vivants, si bien que les gènes impliqués fonctionnent de façon similaire entre le nématode et nous!

Cette avancée majeure marqua le début d’une série d’autres prix Nobels pour lesquels C. elegans joua un rôle important. Il y eut la découverte de l’interférence à ARN, un processus naturel de régulation de l’expression des gènes, qui a depuis été repris en tant qu’outil pour la recherche en biologie moléculaire. Il y eut ensuite le développement d’une méthode permettant de visualiser l’emplacement de protéines dans des tissus vivants grâce à une molécule fluorescente. Il y eut, enfin, le prix Nobel de 2024, qui récompensa la découverte des micro-ARN et de leur rôle dans la régulation de l’activité des gènes; un rôle essentiel, notamment, pour contrôler la différentiation des cellules au cours du développement embryonnaire.

De la vie des sols à la régénération des cellules
Après leur avoir présenté cette liste de prouesses scientifiques rendues possibles grâce au nématode, la Dre Wicky a proposé aux biologistes d’un jour de réaliser une expérience. Celle-ci consistait à utiliser cet organisme naturellement présent dans les sols comme bioindicateur: en le plaçant dans une goutte de produit de jardinage, les participant∙e∙s ont pu observer à la loupe binoculaire comment sa motricité était affectée. Parmi les produits testés figurait le Roundup, herbicide célèbre pour sa substance active, le glyphosate, hautement toxique pour l’ensemble des êtres vivants. De quoi sensibiliser les personnes présentes à l’impact des produits phytosanitaires sur la biodiversité des sols, maillon élémentaire de la chaîne de la vie.

L’atelier a suscité un vif intérêt de la part des seniors, donnant lieu à des discussions aussi passionnantes que variées. Pourquoi, tant au niveau génétique qu’écosystémique, la diversité est-elle si importante? Le cerveau peut-il se régénérer? Est-ce que l’immortalité sera un jour possible? Ou mieux: existe-t-elle déjà, si l’on pense aux bactéries qui se multiplient potentiellement indéfiniment ou à nos cellules germinales qui survivent en se transmettant de génération en génération? Autant de questions qui montrent en tout cas la grande curiosité des participant∙e∙s et le plaisir qu’ils et elles ont eu à se glisser, le temps d’un après-midi, dans des blouses de laboratoire. Un événement à réitérer, peut-être, l’année prochaine?

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Author

Après l’obtention de son Master en biologie à l’Université de Fribourg, Léa se tourne vers la communication scientifique afin d’allier sa passion du vivant avec celle de l’écriture. Avec un intérêt particulier pour les domaines de la médecine, de la neurobiologie et de la botanique, son activité de rédactrice web lui permet de réaliser un objectif qui lui tient à cœur : celui de bâtir des ponts entre le monde de la recherche et la société.

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