Philosophie. La responsabilité, au défi de la liberté ? Une question de prudence. Cours principal
UE-TTH.01807

Enseignant(s): Blanc Nicolas, Piguet Jean-Gabriel
Cursus: Master
Type d'enseignement: Cours
ECTS: 3
Langue(s) du cours: Français
Semestre(s): SA-2026

Les applications actuelles des neurosciences, de la modélisation algorithmique des comportements et de la psychologie des traumatismes, comme la tentation, dans certains milieux professionnels et politiques, de réduire l'éthique à l'imputabilité juridique ou à la déontologie, invitent à s'interroger sur le propre de l'agir humain. Si l'être humain n'est pas seulement un agent causal pris dans un monde mécanique de lois physiques et de normes mais un être capable de répondre - de lui-même, des autres, du futur – alors la responsabilité devient un des lieux où se joue son humanité. Mais que devient la responsabilité à l'ère de la prédictibilité algorithmique et de la prise en compte des traumatismes et conditionnements biologiques, psychiques, économiques et sociaux ? Si nos choix peuvent être anticipés, influencés, voire modélisés, que signifie encore « répondre de ses actes » ? Face à la crise écologique, peut-on vraiment se sentir responsable de conséquences lointaines et systémiques?

On associe souvent la responsabilité individuelle au concept moderne de libre arbitre et à la figure de l'individu autonome, du sujet souverain, maître de ses actes et transparent à lui-même. Ne serait-il pas en effet aussi injuste qu'absurde de tenir quelqu'un pour responsable d'un acte qu'il n'était pas libre d'accomplir ou d'éviter ? Et serait-il libre, celui qui ne disposerait ni de sa volonté ni des processus mentaux qui conduisent à l'action ? Pourtant, cette double évidence mérite d'être interrogée.

Si l'éthique ne consiste pas à appliquer des normes abstraites mais à former un sujet capable de de discernement, si la responsabilité n’est pas est un calcul utilitariste mais la capacité de répondre à une situation singulière, la liberté semble présupposer une certaine forme de maturation. Dès lors la question de la prudence (phronesis), que la tradition aristotélicienne introduit, devient décisive. Loin d'une souveraineté abstraite, la liberté responsable se déploie en effet comme capacité de discerner, dans des situations concrètes et contingentes, le bien possible ici et maintenant. La prudence articule délibération, jugement pratique et décision ; elle reconnaît les déterminations sans s'y réduire. Elle permet de penser la responsabilité non comme toute-puissance d'action, mais comme juste réponse située, incarnée, vulnérable, s'appuyant sur des pratiques sociales et la tradition des vertus.

À partir des textes classiques (philosophie antique et médiévale) et des débats contemporains (neurosciences, théorie de l'action, philosophie du droit, éthique des technologies), le cours proposera une enquête généalogique et relecture critique de la notion de responsabilité.


Objectifs

- dégager le plan et les idées essentielles d’un texte assez ample ;

- comprendre, assimiler et exposer les matières avec un esprit de synthèse ;

- saisir l’enjeu des questions essentielles.