Voyage d'études à Istanbul 2026 : Rencontre avec le Patriarche de ConstantinoplePublié le 14.10.2026

Message de Sa Sainteté Bartholomée Ier au Département d'histoire de l'art et d'archéologie


Mesdames et Messieurs, Chers professeurs, Chers étudiants, Chers amis,

C' est avec une grande joie que nous vous accueillons aujourd'hui au Phanar, siège du Patriarcat œcuménique, un lieu charge d'une mémoire vivante, où s'exerce le ministère central de la communion et de l'unité de l'Orthodoxie.

Nous sommes particulièrement heureux de recevoir ce groupe de professeurs et d' étudiants  du  Département  d'histoire  de  l'art  et d' archéologie de l'Université de Fribourg. Votre présence id nous rappelle que certaines villes ne se visitent pas simplement : elles se contemplent, elles s'écoutent, elles se laissent peu à peu déchiffrer.

Vous connaissez peut-être cette belle collection d' ouvrages intitulée Ma nuit au musée, qui invite des écrivains a passer une nuit dans un musée de leur choix. De cette expérience naissent des récits souvent poétiques, parce que l'art y est approche non seulement comme objet d' étude, mais comme présence, comme mystère, comme rencontre. Istanbul est, à sa manière, un immense musée à ciel ouvert -  mais un musée qui ne serait jamais tout à fait un lieu ferme, car id les pierres continuent de parler. Toute la ville porte les traces d'une histoire qui dépasse les personnes qui l'ont bâtie. Constantinople, fondée com.me capitale de !'Empire romain d'Orient par le saint empereur Constantin le Grand, fut pendant des siècles l'un des grands foyers de la civilisation chrétienne. De la basilique Sainte-Sophie au monastère Saint-Sauveur-in-Chora, en passant par les anciennes citernes et les remparts, les multiples églises et monastères, celui notamment de la Source Vivifiante de Balikli sont autant de fragments d'une mémoire qui n' est pas morte.

Mais les pierres ne parlent que si quelqu'un sait les écouter. C'est pourquoi votre travail est si précieux. L'histoire de l'art et l‘archéologie ne consistent pas seulement à conserver des objets anciens, à dater des monuments ou à interpréter des images. Elles nous permettent de retrouver des visages derrière les pierres, des communautés derrière les inscriptions, des prières derrière les mosaïques. Elles rendent audible ce qui risquerait de devenir muet.

La mémoire n' est pas la nostalgie. Elle est une forme de présence. L'histoire de Constantinople, comme celle du christianisme, est faite de splendeurs et de blessures, de fidélités et de ruptures, de renaissances et de disparitions. Les vicissitudes de l'histoire et de la géopolitique ont profondément transforme le paysage humain et religieux de cette ville. Pourtant, quelque chose demeure : la capacite de transmettre. Et ceux qui transmettent ne sont jamais de simples gardiens du passe. Ils rendent possible un avenir.

Ainsi, le christianisme, précisément, n'est pas né d'une idée. Il est né de la chair. Il est né d'un sein maternel, d'un corps, d'un visage, d'une voix; il est né dans une histoire en jaillissant du tombeau. C'est pourquoi, dans la tradition chrétienne, la matière peut devenir mémoire et la matière transfigurée peut devenir signe de la grâce.

L'archéologie, notamment chrétienne, révèle cette filiation. Elle en recueille les traces, les interprète, les raconte et les transmet. En ce sens, elle peut devenir un véritable ministère de l’espérance. Elle nous rappelle que la foi a traversé les persécutions, les crises et les bouleversements de l'histoire ; qu'elle a su prendre racine dans des peuples nouveaux, parler des langues nouvelles et faire naitre des formes nouvelles de beauté.

Soyez les bienvenus au Patriarcat œcuménique. Nous prions pour que votre séjour à Constantinople soit bien davantage qu'un voyage d'étude : qu'il devienne une rencontre avec une mémoire vivante, avec une ville qui continue de transmettre, et peut-être aussi avec cette mystérieuse continuité qui relie les générations.

Que vos recherches vous conduisent non seulement à mieux comprendre les pierres, mais aussi à entendre ce qu' elles cherchent à dire.

Et qu'au-delà des ruines, des monuments et des siècles, vous puissiez découvrir la lumière de l’espérance qui, dans le christianisme, ne cesse jamais de chercher à se frayer un chemin dans l'histoire, malgré ses incertitudes.

Nous vous remercions de votre présence.