L’introduction massive des outils de gestion, tels que les systèmes de performance, les indicateurs de productivité, les procédures standardisées, etc. est souvent perçue comme un levier d’efficacité. Pourtant, ces outils ne constituent pas de simples évolutions techniques, mais une profonde mutation du rapport au travail. Leur utilisation systématique et prédominante dans de nombreux contextes professionnels engendre des effets délétères sur les savoir-faire et la santé des employé·e·s.
Ces outils de gestion, tels qu’ils sont appliqués actuellement, privilégient le plus souvent la quantité et le mesurable (le «faire», le temps de travail, le travail prescrit, la performance, la production) et invisibilisent la qualité et les rouages indicibles des coeurs de métiers (le «bien faire», le travail réel, la beauté et les règles de l’art).
Ce management par les chiffres produit une souffrance éthique chez les salarié·e·s pour qui le travail fait de moins en moins sens. La quête de performance - encouragée par des reportings fréquents ou les évaluations de la productivité individuelle - incite les travailleurs·euses à privilégier la rapidité, voire une forme d’urgence quasi permanente, au détriment de la qualité et du sens de leur travail. De plus en plus contraint·es de se conformer à des indicateurs statistiques au détriment de la qualité, les salarié·e·s sont également poussé·e·s à trahir leurs propres valeurs professionnelles. Sous couvert de transparence, le contrôle algorithmique, le poids des évaluations individualisées, les procédures rigides et autres guidelines entravent, parfois, l’adaptation aux imprévus du terrain et, systématiquement, la reconnaissance des savoir-faire professionnels.
Mais plus encore, certaines «démarches qualité» et outils de gestion deviennent des instruments de pression narcissique sommant les individus de se dépasser sans cesse pour atteindre les objectifs attendus, mesurés par des indicateurs dont la pertinence mérite d’être interrogée. Est-ce parce que ces démarches d’analyse du travail ont rapidement souffert de quantophrénie et confondu améliorer le travail avec obtenir un label? Ce régime d’excellence transforme l’idéal de performance en une source d’angoisse diffuse où l’échec est vécu comme une défaillance personnelle plutôt qu’un dysfonctionnement ou une anormalité organisationnelle.
Quid de ces évolutions? Quand l’outil de gestion devient une fin en soi, il déshumanise l’activité et transforme le travail en une source de pathologie plutôt qu’en un vecteur protecteur de santé et de réalisation de soi.
Telles sont les thématiques que nos deux conférenciers aborderont lors de cette 8e édition des conférences-débat sur la santé au travail
| Quand? | 29.10.2026 17:30 - 19:30 |
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| Où? | MIS 03 A venir Avenue de l'Europe 20, 1700 Fribourg |
| Intervenants | • Christophe Genoud, Chargé de cours à l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL), Intervenant vacataire Haute École Spécialisée de Suisse Occidentale, manager dans le secteur public, haut fonctionnaire.
• Alban Roblez, Maître de conférences, enseignant-chercheur au Laboratoire ETHICS, École des Sciences de la Société de l'Université catholique de Lille. |
| Contact | Département de travail social, politiques sociales et développement global Sophie Le Garrec severine.moll-lauper@unifr.ch Rte des Bonnesfontaines 11 1700 Fribourg +41263007786 |
| Inscription | https://www.unifr.ch/travsoc/fr/ |
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