Cours: Temps et Histoire (ars, pmc, eme)
UE-L01.02888
| Dozenten-innen: Flack Patrick |
| Kursus: Bachelor |
| Art der Unterrichtseinheit: Vorlesung |
| ECTS: 3 |
| Sprache-n: Französisch |
| Semester: FS-2027 |
Le temps résiste à l'objectivation : il n'est ni une chose qu'on observe, ni un objet qu'on saisit. Ce premier temps part de l'aporie augustinienne, le temps comme ce dont on ne peut parler sans le perdre, pour examiner les grandes tentatives modernes de le constituer depuis le sujet. Kant en fait la forme a priori de toute sensibilité, condition de l'expérience plutôt que donnée de l'expérience. Bergson oppose la durée vécue, qualitative et indivise, au temps spatialisé des sciences, opposition qui culmine dans sa controverse avec Einstein sur la question de savoir si le temps des physiciens épuise le temps réel. Husserl, enfin, décrit la structure intime de la conscience temporelle — rétention et protention — par laquelle un présent n'est jamais ponctuel mais toujours étiré vers ce qui vient de passer et ce qui s'annonce.
Si le temps vécu ne se laisse pas saisir frontalement, peut-être ne se donne-t-il que comme histoire. Heidegger ancre la temporalité dans l'être-au-monde et fait de l'historialité une structure d'existence, non un cadre extérieur. Ricœur, au cœur de ce cycle, formule la résolution la plus aboutie : l'aporie phénoménologique du temps trouve sa réponse non dans une théorie mais dans une poétique: la mise en intrigue, qui configure en une totalité signifiante ce que l'expérience ne livre qu'épars. Cette thèse se prolonge dans deux théories de la forme temporelle de l'œuvre : l'unité dramatique aristotélicienne, où le mythos ordonne les événements selon nécessité et vraisemblance, et le chronotope de Bakhtine, matrice spatio-temporelle qui rend une intrigue pensable. L'un et l'autre montrent que toute mise en forme narrative du temps, toute histoire, obéit à des conventions réglées.
Si le temps historique est mis en forme par des techniques narratives, qu'est-ce qui distingue l'histoire de la fiction, et que reste-t-il de la réalité du temps? Hayden White montre que l'écriture de l'histoire est structurée par des choix tropologiques irréductibles. Foucault congédie la continuité historique elle-même, lui opposant la discontinuité, la rupture, l'archive sans sujet. Lyotard diagnostique la fin des grands récits qui donnaient sens au cours de l'histoire. Contre ce moment sceptique, deux réponses seront sollicitées: l'ancestralité de Meillassoux et les régimes d'historicité «chronotiques» de Hartog. La première, par la critique du corrélationisme, rouvre l'accès à une histoire réelle au-delà des récits — le temps ancestral, antérieur à toute conscience ; la seconde cartographie les manières situées d'habiter les temps de l'Histoire.
Dokumentation
Augustin, Confessions · Aristote, Poétique · Bachtine, « Formes du temps et du chronotope dans le roman » · Bergson, Durée et simultanéité · Foucault, L'archéologie du savoir · Hartog, Chronos. L'Occident aux prises avec le temps · Heidegger, Être et temps · Hutcheon, A Poetics of Postmodernism · Husserl, Leçons pour une phénoménologie de la conscience intime du temps · Lyotard, La Condition postmoderne · Meillassoux, Après la finitude · Ricœur, Temps et récit (t. 1), Histoire et vérité · White, Metahistory
