Voir l’inclusion comme une chance
Multi colour, multi cultural team of abstract wooden people symbolising working and being together. 3D rendering

Voir l’inclusion comme une chance

Comment favoriser l’inclusion des personnes en situation de handicap dans l’emploi? Entreprises, institutions sociales et milieu de la recherche en ont débattu à l’occasion d’une table ronde, organisée par la communauté des «Valeurs de Fribourg» dans le cadre du Comptoir gruérien.

Julien était collaborateur au sein des ateliers Clos Fleuri, à Bulle. Un jour, on lui a proposé de rejoindre le rayon fruits et légumes d’une grande surface. Pour s’y retrouver dans le brouhaha du magasin, Julien a eu besoin de repères. Il s’est d’abord occupé uniquement des courgettes, puis, gagnant en confiance, a progressivement pris en charge d’autres légumes. Des liens se sont noués avec ses collègues du rayon: à la fête de Noël, il a choisi leur table plutôt que celle de Clos Fleuri.

L’histoire de Julien a servi de fil rouge à la table ronde sur la thématique de l’inclusion organisée par la communauté des «Valeurs de Fribourg», au sein du Comptoir gruérien, la dernière semaine d’octobre. L’inclusion figure en effet parmi les 18 critères liés au label de la marque «Fribourg Terre de valeurs». Ouvrir la discussion visait aussi à donner des repères aux entreprises qui s’interrogent sans oser faire le pas.

«Dans nos sociétés, le travail est un élément central de l’identité d’une personne, relève Christophe Sciboz, conseiller pédagogique auprès de la Fondation Clos Fleuri. L’inclusion est donc un aspect intéressant pour aider les personnes en situation de handicap à se construire.»

Climat de confiance pour toute l’équipe<

Chercheur en pédagogie spécialisée à l’Université de Fribourg, Josquin Blanc étudie les pratiques des entreprises favorisant le recrutement et le maintien en emploi des personnes en situation de handicap, ainsi que les effets de cette inclusion sur leur organisation. Il souligne que l’inclusion bénéficie aussi aux équipes et aux entreprises: «Ce sont elles qui m’ont soufflé d’inverser mon prisme d’observation et de me demander ce que l’inclusion apporte à l’équipe entourant la personne en situation de handicap et à l’entreprise.»

Dans les équipes qu’il a observées, il relève que «l’empathie ne se limite pas à la personne incluse, mais irradie toute l’équipe. Un climat de confiance s’établit et il permet un meilleur développement des compétences de chacune et chacun. L’innovation est aussi favorisée par ce climat: on ne craint pas d’émettre des idées!»

Dans un environnement économique toujours plus compétitif, il n’est cependant pas toujours simple pour les entreprises de s’engager. «L’inclusion fait partie intégrante d’une stratégie de durabilité, relève Tiphaine Paulhiac, sustainability manager partner chez UCB Farchim, à Bulle. Mais, dans une entreprise qui évolue dans un milieu aussi réglementé que l’est celui de la pharma, il est difficile de trouver des tâches qui ont une valeur pour la personne, pas juste une occupation, et qui ne lui mettent pas non plus de pression.»

Prendre le temps
Depuis dix mois, le service technique d’UCB Farchim emploie une personne à la réception des colis. «L’expérience a commencé par une phase pilote de trois mois, autant pour la personne elle-même que pour l’équipe. Nous avions anticipé beaucoup de choses avant l’arrivée de la personne et il a fallu ajuster ensuite pour correspondre à la réalité.»

Un facteur est essentiel: le temps. Le temps de connaître les compétences de la personne, de valoriser ses points forts, mais aussi d’identifier ses limites. Celui d’expliquer les tâches, d’être sûr qu’elles ont été bien comprises, de laisser l’autre apprivoiser son environnement et les gestes à accomplir. «Souvent, on veut aller trop vite et on pense à la place de la personne plutôt que de la laisser s’exprimer», prévient Christophe Sciboz.

Maître socioprofessionnel et responsable de groupe à la fondation ssb, Nino Käser l’affirme: «La partie humaine est la plus importante dans ces expériences.» Josquin Blanc abonde et ajoute deux conditions pour favoriser la réussite du projet. D’une part, l’entreprise doit impliquer son personnel en l’informant et en écoutant ses inquiétudes. D’autre part, une personne référente doit être désignée au sein de l’entreprise afin d’assurer les liens entre la personne incluse, ses collègues et l’institution partenaire.

«L’inclusion ne s’improvise pas, rappelle Christophe Sciboz. L’accompagnement et la collaboration avec les institutions sont indispensables.» Il ajoute un autre ingrédient nécessaire à l’expérience: «Il est important d’y croire, d’être convaincu que cela vaut la peine. Sans cela, le découragement prendra le dessus à la moindre difficulté.»

En conclusion, Nino Käser encourage les entreprises: «Il faut voir l’inclusion comme une chance!»

Un terroir et des valeurs qui lui correspondent
Le label «Valeurs de Fribourg» réunit une communauté d’entreprises et d’organisations, dont l’Université de Fribourg, autour des valeurs de la marque territoriale «Fribourg, Terre de valeurs». Créé au début 2026, il ambitionne d’identifier les entités et les personnes qui «font vivre Fribourg», qui s’engagent et qui font rayonner le canton, à l’intérieur comme à l’extérieur de ses frontières.

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Author

Sophie Roulin a d’abord exercé sa plume dans les rubriques régionale et magazine du journal La Gruyère, avant de reprendre sa liberté et de devenir indépendante. Ce choix lui permet d’élargir encore son horizon professionnel et de remettre davantage de sciences dans les thématiques abordées. Avant de se tourner vers le journalisme, elle a étudié les géosciences à l’Université de Fribourg.

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