Un huis clos, une lumière en mouvement et un défi concret: à l’Université de Fribourg, la pièce Le Train de Joséphine de Weck devient un projet expérimental pour des étudiant·e·s en informatique.
Une femme isolée, dans un train, les pieds attachés. Seule la lumière bouge et soutient ou nuance la parole. Sur scène, Joséphine de Weck, comédienne et autrice de la pièce Le Train. Ce huis clos intimiste — à découvrir du 29 avril au 3 mai 2026, à la Halle grise de bluefactory — a servi de cadre au cours de travaux pratiques Fabrication and Prototyping in the LearningLab du département d’informatique de l’Unifr. «Chaque année, on essaie de donner un objectif concret à nos élèves pour passer de la théorie à la pratique», relève Simon Ruffieux, chercheur et chargé de cours à l’Unifr. Lui et son comparse pour cet atelier pratique, Julien Nembrini, connaissent bien Joséphine de Weck et voient une belle opportunité lors d’une discussion autour de son prochain spectacle.
«Les cours d’architecture proposent souvent ce genre de projet, basé sur un cas réel et en interaction avec les personnes concernées, note Julien Nembrini. C’est plus rare pour nous, mais nos élèves sont allés bien plus loin dans leurs réalisations parce qu’il y avait un but.»
Autodidacte versus académiciens
Pour la pièce de théâtre, la mission était de proposer et de réaliser un projet en lien avec la lumière qui est le seul élément mobile du spectacle. Avec quelques contraintes technologiques supplémentaires: les étudiant·es devaient utiliser des robots qui se promènent uniquement au sol, faire usage de la programmation et réaliser certains éléments par impression 3D.
Dès le départ, ils et elles savaient cependant que leurs concepts ne seraient pas utilisés sur scène. «Notre projet artistique était déjà abouti lorsque nous le leur avons présenté, en début de semestre», explique Joséphine de Weck. La comédienne travaille en effet de longue date avec Michael (Michi) Egger, artiste et technicien autodidacte. Pour Le Train, il a développé et fabriqué un système de projecteurs motorisés circulant sur des rails en hauteur et pilotés à distance.
«Cette rencontre avec Michi Egger était très intéressante, souligne Julien Nembrini. Avec ses connaissances basées sur la pratique et non sur des théories académiques, il montre qu’on peut aller très loin dans le développement technologique. C’est bien que les étudiant·es s’en rendent compte.»
Certains groupes ont d’ailleurs utilisé le système de projection de l’autodidacte dans leur projet. «Ça a en quelque sorte validé mon travail et m’a donné davantage confiance dans mes compétences», se réjouit Michi Egger, qui a apprécié les échanges avec les élèves.
Se confronter à une autre génération
En plus de la rencontre initiale, les artistes sont retournés au laboratoire pour une présentation des projets des différents groupes. «Certaines idées étaient vraiment intéressantes, note Joséphine de Weck. Un groupe a développé un système qui suit les mouvements de la tête. Un autre a utilisé les lumières pour faire comme un zootrope, donnant ainsi l’illusion que le train roule.»
Mais ce qui a le plus séduit l’autrice, ce sont les discussions avec les étudiant·es. «Nous avons pu partager sur nos pratiques et voir comment résonnent nos idées auprès d’une autre génération.» De quoi sortir de sa zone de confort, d’un côté comme de l’autre.
«Tout au long du semestre, la présentation et la démonstration du projet faisaient partie intégrante du cours, indique Simon Ruffieux. Lors de l’examen oral final, les élèves devaient résumer leur projet, sans support visuel, juste par un pitch, pour démontrer leur compréhension de ce qu’ils et elles avaient réalisé.»
Un ultime rendez-vous attend encore une partie des élèves dans le cadre de ce projet de médiation: une rencontre avec le public, les artistes et les Drs Julien Nembrini et Simon Ruffieux à l’issue de la représentation du 30 avril.
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- Fribourg, Bluefactory, halle grise, Le Train, de et avec Joséphine de Weck, du 29 avril au 2 mai, à 19h00, et le 3 mai, à 17h00.
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