Concours photographique: un chercheur fribourgeois fait rayonner une mousse méconnue

Concours photographique: un chercheur fribourgeois fait rayonner une mousse méconnue

En braquant son microscope sur une sphaigne fauve (Sphagnum subfulvum), Yann Fragnière a mis cette mystérieuse mousse des tourbières sous le feu des projecteurs. Le collaborateur scientifique du Jardin botanique de l’Université de Fribourg a remporté une distinction lors du concours 2026 d’images scientifiques du FNS, dans la catégorie «Objet d’étude». Rencontre avec un chercheur qui sait jouer avec la lumière.

La photo lauréate du concours. Sphaigne fauve (Sphagnum subfulvum). Creative common licence CC BY-NC-ND.

Félicitations pour ton prix! J’imagine que ça doit te faire plaisir.
Oui et j’en ai été le premier surpris car ce n’était pas la première fois que je participais à ce concours, jusque-là sans succès. Cela tombe d’ailleurs plutôt bien pour nous puisque nous travaillons sur un livre sur les sphaignes. C’est un joli coup de publicité et une reconnaissance aussi pour la qualité d’illustration.

Explique-nous la genèse de cette photo.
Je suis allé dans les Grisons pour chercher une sphaigne fauve. C’est là que se trouve la seule station connue de Suisse. Comme elle se trouvait dans une tourbière, un endroit protégé, j’ai demandé les autorisations pour la prélever. Je l’ai ensuite apportée à Fribourg pour étudier la forme de ses feuilles et de ses cellules au microscope. En l’éclairant, j’ai réalisé que je tenais là une jolie image. En s’asséchant, la sphaigne fauve a en effet tendance à devenir iridescente. Le cliché révèle bien ses couleurs un peu métalliques.

Et as-tu un peu «pimpé» la photo sur photoshop?
J’ai juste procédé à quelques retouches cosmétiques pour accentuer les contrastes.

Sphaigne fauve (Sphagnum subfulvum)

Sphaigne fauve (Sphagnum subfulvum)

Et pourquoi étudies-tu les sphaignes de Suisse?
Il s’agit avant tout d’un travail de description, d’illustration et de synthèse du genre Sphagnum. Nous travaillons en collaboration avec Swissbryophytes, l’institution qui gère tout ce qui concerne les mousses en Suisse. Nous souhaitons dresser le portrait de toutes les espèces de sphaignes de Suisse, à l’instar de ce qui existe déjà pour la flore.

Etudier les fleurs, je peux comprendre, mais les mousses me semblent être une autre paire de manches!
C’est clair qu’au premier abord, on voit mieux les différences chez les plantes et chez les animaux. Il suffit toutefois de s’y plonger pour commencer à mieux percevoir les nuances. Cela dit, je ne suis pas bryologue. Je connais très mal les mousses dans leur ensemble, mais le genre particulier des sphaignes est spécialement joli, avec beaucoup de couleurs vives.

Sphaigne fauve (Sphagnum subfulvum)

Et pour quelles raisons faut-il étudier ces plantes?
Avant tout parce qu’elles sont presque toute menacées. Les tourbières, leur environnement de prédilection, a été considérablement détruit au cours des derniers siècles. La sphaigne fauve, la mousse, qui m’a valu ce prix, n’est d’ailleurs connue que dans une seule station en Suisse.

Quand termineras-tu ce projet?
Il y a une trentaine d’espèces de sphaignes en Suisse. A quelques exceptions près, je les ai toutes photographiées. J’imagine donc terminer le travail de terrain cette année ou la suivante. J’ai bon espoir de publier le livre fin 2027

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Author

The long and winding road! Après un détour par l'archéologie, l'alpage, l'enseignement du français et le journalisme, Christian travaille depuis l'été 2015 dans notre belle Université. Son plaisir de rédacteur en ligne? Rencontrer, discuter, comprendre, vulgariser et par-ta-ger!

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