Prix Goncourt: L’inappréciable légèreté des Lettres

Prix Goncourt: L’inappréciable légèreté des Lettres

Quelques semaines pour lire une quinzaine d’ouvrages, dépasser la théorie pour appliquer un vrai regard critique sur l’actualité littéraire, défendre son point de vue et argumenter au-delà de son premier sentiment: voilà le défi que lance aux étudiants la «Liste Goncourt, le choix de la Suisse». Cinq étudiants fribourgeois partagent avec nous cette expérience hors du commun.

Nous sommes arrivés tranquillement dans la petite salle de classe. Sourires, poignées de main chaleureuses. D’où viens-tu ? – Fribourg, Neuchâtel, Bern, Zürich. – Sympa d’avoir des germanophones! Les représentant-e-s des principales universités partenaires du Choix Suisse du Goncourt étaient réunis ce vendredi pour établir la liste réduite des titres retenus pour la déclinaison helvète du fameux concours.

Ce n’est cependant pas parce qu’une salle de classe et quelques tables nous tenaient lieu de Drouant, le célèbre restaurant parisien qui accueille les jurés du prix Goncourt, qu’un paquet de biscuits a fait office de menu et que c’était bien des étudiants, et non pas un cénacle d’écrivains auréolés d’une gloire immortelle, qui se sont improvisés jury, que les débats qui s’en sont suivis ne furent pas d’une qualité qui le disputait à la passion la plus âpre.

La critique littéraire est un sport de combat
Sur les seize ouvrages sélectionnés, combien en retenir? Par quelle méthode et selon quels critères? Tous les groupes de lecteurs avaient déjà une liste réduite à proposer et l’on est rapidement tombé d’accord sur Petit Pays, présent dans toutes les suggestions. Les places restantes ont en revanche été le théâtre d’un affrontement sans merci. L’Enfant qui mesurait le monde a pu se placer immédiatement, l’Autre qu’on adorait a enchanté le jury. Lorsqu’on est arrivé à Cannibales et L’Insouciance, l’assemblée s’est tant et si bien divisée que l’on a décidé de créer une catégorie pour les «sélectionnés-à-problèmes», Règne Animal se taillant néanmoins la part du lion. Après quelques débats supplémentaires, des votes, des préférés déclassés et des mal-aimés soudainement retournés en grâce, une liste de sept ouvrages que tout le monde pouvait défendre a été proposée. À charge de tous les participants de relire les nominés, de nuancer un jugement trop tranché ou de redécouvrir un coup de cœur dans le raisonnement des autres candidats.

Tous en liste!
À retenir de cette séance? L’heureuse difficulté de la littérature à faire consensus. Ces textes, ces mots qui vous prennent à bras le corps, qui vous fouaillent les tripes… ou au contraire ces chefs-d’œuvre lisses, vite lus, vite oubliés, qu’on aura consommés comme une poignée de biscuits apéritifs, sans vraiment y penser. On pourrait également longuement s’attarder sur les différents prismes qui permettent d’aborder la littérature. À l’approche épidermique, presque viscérale, des uns a parfois répondu l’analyse brillante et très maîtrisée des autres. Certains refusant d’entendre parler de l’auteur, de ses motivations ou de son parcours, tandis que d’autres jugeaient plus honnête de relever ce qu’on ne peut, de toute façon, complètement l’ignorer.

Enfin, soulignons surtout le privilège exceptionnel de pouvoir lire. Tout simplement. Lire sans la perspective, parfois angoissante, du séminaire, de l’examen ou même du filtre du classique, qui semble parfois interdire la critique de toute sa monumentalité. Ce que j’ai aussi vu, durant cette séance houleuse, c’était des amateurs et amatrices de belles lettres exerçant leur droit à ne pas être d’accord, à s’approprier des textes qui touchent et d’autres qui indiffèrent. À aimer lire… à bras le cœur.

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Lancée l’an dernier à l’instigation du Professeur Robert Kopp, la «Liste Goncourt, le choix de la Suisse» ​reçoit le soutien de l’Académie Goncourt, de l’Ambassade de France en Suisse, de l’Agence universitaire de la Francophonie, de la librairie Payot et de la Fondation Catherine Gide.
Cette année, cinq universités suisses se sont laissé séduire par ce projet qui promeut tant la lecture que les littératures françaises et francophones. Grâce à leur motivation et à l’engagement des Professeurs ​Regina Bollhalder, Thomas Hunkeler, Thomas Klinkert et Loris Petris, les étudiants des universités de la Suisse Italienne, de Berne, de Fribourg, de Zürich et de Neuchâtel vont débattre et élire leur lauréat à partir de la liste établie par l’Académie Goncourt. Le vainqueur sera dévoilé le 8 novembre à Berne, en présence de l’ambassadeur de France et d’un membre de l’Académie Goncourt.

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Bachelor en Français-Histoire et un complément en gestion d’entreprise, Florian a décidé de faire de la gestion culturelle sa vocation, du Lindy Hop et de l’escrime ses hobbys et de l’associatif ses excuses pour arriver en retard en cours.

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