19 ans d’écart, deux doctorats, une même passion

19 ans d’écart, deux doctorats, une même passion

La pomme ne tombe jamais loin de l’arbre! Ce proverbe que ne renierait pas Isaac Newton illustre à merveille la trajectoire de Ludwig et Augustin Muster. Tous deux ont fait un doctorat à l’Université de Fribourg, le paternel en chimie, le fils en physique. Rencontre avec deux passionnés unis par une belle complicité et une même passion, celle de la science pure et dure!

Ce qui m’a frappé, c’est qu’il n’y a que 19 ans d’écart entre vos deux thèses. Comment est-ce possible?
Ludwig: J’ai fait une thèse à 28 ans, un âge tout à fait normal, mais j’ai eu mes enfants jeunes. Augustin, quant à lui, a suivi un parcours scolaire rapide. Cela explique le faible écart entre nos deux doctorats.

Vous avez les deux opté pour une voie scientifique, le père en chimie, le fils en physique. Y a-t-il une forme de filiation?
Augustin: Je me souviens encore de la présentation publique de la thèse de mon père. Il paraît que je prétendais avoir tout compris! (rires). En fait, plus jeune, je souhaitais devenir notaire, mais au lycée le cursus comptait trop d’économie à mon goût. Je me suis donc décidé pour la physique et j’y suis resté.

Ludwig: Je pense surtout qu’Augustin a toujours été curieux. Quand j’ai défendu ma thèse, Augustin avait six ans. Cela a certainement joué un rôle, même si, plus jeune, il s’orientait plutôt vers le droit.

Y aurait-t-il tout de même une «bosse des sciences» chez les Muster?
Ludwig: Non. Je suis le premier de la famille à avoir fait des sciences au niveau universitaire. Il n’y a pas de tradition familiale.

Augustin, vous auriez pu étudier la physique ailleurs en Suisse, mais vous avez jeté votre dévolu Fribourg. Etait-ce pour faire comme votre père?
Augustin: J’ai fait ma petite étude de marché. Il y aurait pu y avoir l’EPFL ou l’Université de Berne, mais qui est plus germanophone. L’Université de Fribourg est l’endroit le plus proche de Neuchâtel où étudier la physique. Que mes deux parents aient étudié ici m’a peut-être incité à venir jeter un œil.

Ludwig: Nous avions eu des discussions sur la liberté académique, qui signifie de pouvoir créer son chemin dans une structure qui le permet, et non pas de venir au cours quand on veut. Nous avions l’impression que, dans les écoles polytechniques notamment, le chemin était plus tracé, les possibilités d’emprunter un cursus à son image étaient plus difficiles.

Le doctorat peut être une période exigeante, parfois précaire. Etait-ce une inquiétude de voir votre fils emprunter cette voie?
Ludwig: Non, car nous soutenons les choix d’Augustin. En Suisse, les opportunités sont nombreuses après les études. D’ailleurs, après mon doctorat, j’ai pu intégrer sans accroc le marché du travail dans le secteur de l’industrie. J’ai terminé ma thèse en février et j’ai trouvé du travail en juin.

Que vous ont apporté les études?
Ludwig: La thèse apporte une expertise scientifique, mais aussi une manière de penser qui n’est pas forcément celle que l’on va trouver dans le monde du travail. Ce sont des outils qu’on a en nous. En revanche, ce qui manque au niveau des études, ce sont les aspects propres au monde économique ou industriel qu’on ne touche que peu. Maintenant que j’ai 20 ans d’expérience professionnelle, je vois les aspects que j’ai dû développer sur le tas: les aspects humains, économiques, de management. Nous disposons d’un bagage scientifique, de beaux diplômes, mais nous continuons d’apprendre. Mais je tends la perche à Augustin qui, lui, est très engagé dans la vie associative.

Augustin: Je fais de la musique, du scoutisme. Je mets en place des événements assez importants, certains avec 500 participant·e·s, ce qui requiert des compétences sociales et organisationnelles qu’on n’acquiert pas sur les bancs de l’université. Ici, nous n’apprenons pas un métier, mais une façon de penser.

Et ne parle-t-on que des sciences autour de la table familiale?
Augustin: Parfois, mais ça énerve l’autre partie de la famille. (Rires)

Dans un post linkedin, vous avez écrit être fier que votre fils ait emprunté un itinéraire similaire au vôtre, fait d’échecs et de succès.
Ludwig: Dans un projet de recherche universitaire, il y a effectivement plus d’échecs que de succès. On teste des hypothèses qui ne se confirment pas. En laboratoire, ça ne se passe pas toujours comme on veut. Si on fait le bilan d’une thèse, il y a de nombreux travaux qui n’ont pas donné les résultats escomptés. Il faut le digérer et rebondir pour mener d’autres essais.

Augustin: De mon côté, je n’ai pas fait de laboratoire, mais des recherches théoriques et des simulations. On peut aussi passer plusieurs mois avant de réaliser que l’on fait fausse route. Ce n’est certes pas un échec officiel à un examen, mais ce sont des obstacles à surmonter.

Et le plus grand succès, hormis le diplôme?
Ludwig: A notre échelle, je pense que nous avons fait un peu avancer la science et c’est assez plaisant.

Augustin: Après ma soutenance de thèse, on m’a dit que l’un des logiciels que j’ai développé est utilisé par d’autres chercheurs·euses, notamment au Brésil et en France.

Qu’avez-vous ressenti lors de la soutenance de votre fils?
Ludwig: Une fierté bien sûr. C’est une page qui se tourne et on réalise le chemin parcouru. On voit aussi que la voie empruntée était la bonne.

Avez-vous songé à poursuivre avec un postdoctorat?
Augustin: C’était assez clair pour moi que je ne voulais pas rester dans le monde académique, qui peut être assez cruel. Le plan maintenant, c’est de trouver un emploi dans l’industrie ou l’administration, même sans lien avec la physique. Je suis serein et je me réjouis de découvrir le monde du travail.

Et qu’est-ce que votre thèse vous a appris sur vous-mêmes?
Ludwig: C’était une belle période de ma vie. Il y a ce challenge de nous fixer nous-mêmes nos objectifs et nos jalons. Cela m’a montré que j’étais capable de mener, seul, un projet complexe.

Augustin: On découvre ce que l’on apprécie vraiment dans la science et les tâches scientifiques et on apprend à connaître nos forces et nos faiblesses.

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The long and winding road! Après un détour par l'archéologie, l'alpage, l'enseignement du français et le journalisme, Christian travaille depuis l'été 2015 dans notre belle Université. Son plaisir de rédacteur en ligne? Rencontrer, discuter, comprendre, vulgariser et par-ta-ger!

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