Fokus

En train à Rome

L’Université passe en mode durabilité: Une démarche participative qui permettra l’instauration d’actions concrètes pour insuffler une nouvelle culture et créer un campus plus durable. 

En 2019, l’Université de Fribourg se dotait d’une stratégie durabilité. Un texte qui avait le mérite de jeter les premières bases d’une réflexion en ce domaine, mais qui ne fixait pas vraiment d’objectifs et de mesures concrètes pour les atteindre. La thématique gagnant en importance, un poste de cheffe de projet durabilité est créé en 2022 et le Rectorat, nommé en 2024, décide de renforcer encore ce positionnement en instaurant un dicastère dédié, porté par le Vice-recteur Hansjörg Schmid, professeur d’éthique interreligieuse et directeur exécutif du Centre Suisse Islam et Société. Aujourd’hui, un projet ambitieux de stratégie durabilité est en phase de concrétisation. «C’est un signe clair que le Rectorat met une priorité sur la durabilité. Il considère cette thématique de manière transversale, car elle concerne l’ensemble de la communauté universitaire, non seulement dans sa gouvernance, mais aussi pour la recherche et l’enseignement. Une commission durabilité existait, mais comprenait principalement des membres des services centraux. Nous l’avons donc élargie en intégrant des représentant·e·s des Facultés. Ensemble, nous élaborons cette nouvelle stratégie qui ne sera pas un document figé que l’on consulte uniquement sur un ordinateur. Elle sera évolutive et aura des effets concrets sur la vie de l’Université», s’enthousiasme Hansjörg Schmid, vice-recteur Bibliothèques, Durabilité, Université et Société.

Une démarche participative

Le projet de stratégie durabilité se compose de deux documents distincts mais complémentaires. Le premier précise dans quel contexte l’Université évolue, la vision de l’alma mater, la structure de sa gouvernance ainsi que les axes de travail et les domaines d’actions identifiés comme prioritaires. Le second définit la manière de mettre en pratique les actions pour atteindre les objectifs visés. «Définir un plan d’actions sur le long terme qui regroupe les missions de l’Université et les mesures pertinentes nous permet de bien clarifier notre vision et d’avoir des objectifs communs aux différentes facultés et à tous les services. C’est ainsi que, je l’espère, nous mobiliserons toutes les entités qui font la richesse de l’institution», explique Céline Berger, cheffe de projet durabilité. La démarche se veut fédératrice et participative. Les avis des collaboratrices et collaborateurs ainsi que ceux des étudiant·e·s sont donc pris en considération. «On pense souvent que l’Université applique la méthode top down, que le Rectorat est seul à décider et que les autres échelons hiérarchiques n’ont qu’à exécuter les directives. Mais nous ne travaillons pas de cette manière. Le processus va aussi dans l’autre sens et le rôle des étudiant·e·s est primordial. C’est par l’intelligence collective que nous parviendrons à avoir un regard critique sur nos activités, à formuler de manière nuancée des objectifs communs dans le but d’obtenir l’adhésion d’un maximum de personnes à cette stratégie», estime Hansjörg Schmid.

De l’Université vers la société

Afin de mieux définir les objectifs et les mesures de la stratégie durabilité, deux ateliers participatifs ont été organisés en février dernier. Ils étaient ouverts à toute la communauté universitaire et les retours obtenus ont servi à alimenter le projet et à proposer une version finale qui sera présentée à la Commission durabilité en mai prochain, puis au Rectorat en juin.

Le premier axe de la stratégie concerne les missions fondamentales de l’Unifr. Sa gouvernance d’abord, en intégrant la durabilité dans les pratiques de gestion et les processus décisionnels, ainsi que dans le pilotage stratégique de l’institution. L’enseignement et la recherche ensuite. Consciente des défis majeurs que représente la dura­bilité, l’Université de Fribourg a créé en 2019 un institut interfacultaire dédié à cette thématique, l’UniFR_ESH. De plus, une nouvelle microcertification en durabilité a été lancée à la rentrée universitaire 2025. Cette formation interdisciplinaire d’une durée de deux semestres, dénommée Sustainability in Practice. permet aux étudiant·e·s de tous les programmes d’études de suivre des workshops, de réaliser un podcast et de concrétiser un projet en collaboration avec des étudiant·e·s de la Haute école d’ingénierie et d’architecture Fribourg (HEIA-FR). «Durant le premier semestre, les participant·e·s vont acquérir des connaissances lors de workshops consacrés aux enjeux de la durabilité. Lors du second semestre, ils et elles travaillent en groupe sur des défis réels liés à la durabilité rencontrés par l’Université, par des entités publiques ou par des ONG. L’obtention d’une microcertification de 9 ECTS permet de valoriser cette formation, ce qui peut être utile sur le marché du travail», complète Hansjörg Schmid.

Dernier élément de ce premier axe: le transfert et le dialogue avec la société. Une des missions essentielles de l’Université étant de s’inscrire dans la vie de la cité, les compétences acquises en matière de durabilité doivent servir la société, que ce soit pour des collectivités publiques ou des entreprises privées, mais aussi par la diffusion des savoirs et la mise en réseau des compétences. «Pour de nombreuses personnes, l’Université est considérée comme une référence. La durabilité étant un sujet de société important, nous ne pouvons pas rester en retrait, mais nous devons être à l’avant-garde de la réflexion et des connaissances dans ce domaine pour en faire profiter le plus grand nombre. Ce transfert de savoirs permet à l’Université de s’ancrer fortement dans le tissu fribourgeois et au-delà des frontières cantonales», conclut Hansjörg Schmid. 

Le second axe de la stratégie concerne sa mise en application dans les différents métiers et activités de l’Université. De la gestion de l’énergie, des déchets et des bâtiments en passant par les achats de matériel ou de mobilier, la mobilité et l’offre alimentaire, l’objectif est de rendre le campus plus durable. Pour les mensas, par exemple, l’idée est de favoriser les circuits courts en achetant des produits de proximité et de privilégier les légumes et les fruits de saison. «L’alimentation est un domaine très émotionnel. Notre volonté n’est pas de dire que tout va mal aujourd’hui car tel n’est pas le cas, mais bien de proposer des solutions qui offrent une restauration saine tout en respectant au maximum les principes de durabilité et en maintenant la convivialité. Un des grands défis par exemple est de lutter contre le gaspillage alimentaire», note Céline Berger qui espère bien insuffler une nouvelle culture à l’Unifr. «Ce n’est pas toujours facile d’inspirer le changement. Certaines personnes agissent par automatismes en travaillant d’une certaine manière ou en utilisant certains produits et elles ne voient pas de raisons de modifier leur comportement. Mon but n’est pas de leur imposer des interdictions mais bien de les encourager à changer leurs habitudes en leur expliquant l’impact positif que cela peut avoir, en leur proposant des formations ou en élaborant ensemble un cahier de bonnes pratiques. Il est essentiel de positiver le discours sur la durabilité. Trop de gens pensent qu’elle rime avec interdictions, mais c’est avant tout une magnifique opportunité pour implémenter un mode de vie plus durable.» L’instauration de cette culture passe aussi par des communications ponctuelles au travers d’affiches annonçant les activités et projets et par une newsletter qui permet de valoriser les actions concrètes et de donner la parole à l’Association étudiante Myosotis, engagée pour la protection de l’environnement à l’Unifr. Sans oublier les visites régulières effectuées par Céline Berger dans les différents services.

Le train plutôt que l’avion

Avec plus de 10’000 étudiant·e·s en provenance de toute la Suisse et de l’étranger et ses 2500 collaborateurs·trices, l’Université de Fribourg est confrontée au défi important que représente la mobilité. Déplacements à l’étranger pour des colloques, des congrès ou des recherches de terrain, trajets entre les différents sites et bâtiments de l’Université: les déplacements professionnels de la communauté universitaire fribourgeoise ont généré plus de 3000 tonnes de CO2 en 2024, les chiffres de l’année dernière n’étant pas encore connus. Si les transports en commun sont souvent privilégiés, notamment par les étudiant·e·s, d’autres moyens de déplacement sont parfois utilisés. Comme les vols en avion qui représentent plus du 90% des 3000 tonnes de COémises. Afin de réduire ce pourcentage et son impact climatique, des directives sont entrées en vigueur en septembre 2025. «Nous avons constaté qu’environ 20% des vols portaient sur de courtes distances. A l’instar d’autres universités, nous appliquons désormais des standards qui fixent que, pour une destination donnée, les coûts d’un trajet en avion ne sont pris en charge par l’Université que si la durée du voyage en train excède neuf heures. Dans un cadre professionnel, je peux donc aller à Rome ou à Paris en train et me faire rembourser mes frais de transport. Si je veux m’y rendre en avion, ces coûts seront à ma charge», informe Céline Berger. «Il y a bien évidemment des dérogations possibles comme lors d’urgences familiales», précise Hansjörg Schmid. Si celui-ci reconnaît les très nombreux avantages de vivre un colloque en présentiel, le Vice-recteur rappelle aussi que les années covid ont démontré l’efficacité des moyens techniques permettant une participation à distance. Les directives étant entrées en vigueur il y a quelques mois seulement, leurs effets n’ont pas encore été mesurés.

Dans un contexte international où la durabilité est devenue une thématique incontournable, cette nouvelle stratégie de l’Unifr est nécessaire à différents échelons. «Nous nous inscrivons ainsi dans des démarches à l’échelle de politiques locales, régionales, nationales et même internationales. L’Université est une institution qui est responsable vis-à-vis de la société et en faveur de son développement. Il est de notre devoir de montrer l’exemple. De plus, pour des jeunes qui sont déjà sensibilisé·e·s, voire impliqué·e·s dans la thématique de la durabilité, cela peut être un critère de choix pour venir étudier à Fribourg. D’une part, ils et elles voient que nous agissons et d’autre part nous leur proposons des opportunités de suivre des cours en durabilité», conclut le Vice-recteur. Etre acteurs·trices de la durabilité plutôt que simples spectateurs·trices, là réside l’ambition de cette stratégie. Le texte pourrait entrer en vigueur à la rentrée universitaire 2026–2027 et permettrait, à terme, la création d’un Service durabilité au sein de l’Université.

Notre expert Hansjörg Schmid est vice-recteur Bibliothèques, Durabilité, Uni­versité et société.
hansjoerg.schmid@unifr.ch 

Notre expert Céline Berger est cheffe de projet durabilité au Service de bâtiments.
celine.berger@unifr.ch