Portrait

Bien dans son rôle de journaliste

Linda Bourget se destinait à devenir danseuse professionnelle, avant un grand écart vers le journalisme. Formée à Fribourg, à l’Université puis à La Liberté, elle est désormais le visage d’A bon entendeur sur la RTS.

Militante, non. Investie, oui. Pour Linda Bourget, tous les enjeux de notre société se trouvent concentrés dans nos boîtes de conserve: respect de l’environnement, des normes sanitaires, des conditions de travail… Un magazine de consommation tel que A bon entendeur (ABE) n’a donc rien perdu de sa pertinence malgré ses 46 ans d’existence. Productrice et présentatrice de cette émission phare de la RTS depuis début 2020, la journaliste fribourgeoise peut y déployer toute la rigueur et la précision qui la caractérisent.

C’est qu’avant d’embrasser la profession de journaliste, Linda Bourget a suivi une formation de danseuse, notamment au sein du ballet junior de l’Ecole de danse de Genève. «Entre 17 et 20 ans, après ma maturité, j’y ai consacré tout mon temps. Et puis, un jour, la passion n’était plus là, comme dans une histoire d’amour, et ça ne faisait plus de sens de continuer.»

Elle a gardé de cette période une si­l­houette élancée, tout en élégance, et un niveau d’exigence très élevé dans son travail. «Pour réaliser des tests pour un magazine de consommation, des protocoles extrêmement rigoureux doivent être respectés, relève la journaliste. Même si la forme peut avoir l’air légère, il faut être carré sur le fond. C’est quelque chose qui me correspond bien.»

«Je me sens fribourgeoise»

Quand elle a dû choisir une voie, au terme de son idylle avec la danse, Linda Bourget a brièvement hésité entre les mathématiques, la biologie ou le journalisme. «Mon esprit est plutôt scientifique, mais j’avais un peu perdu le fil après deux ans et demi de danse.» Ce sera donc sociologie des médias et de la communication à l’Université de Fribourg.

«Après ma première journée, j’ai pleuré tout le trajet de retour en train, se rappelle-t-elle. Fribourg m’a semblé désespérément petite et la présence, visuellement forte, de la religion – il y avait des crucifix dans les salles de cours – m’a fortement marquée.» Pendant un an et demi, la jeune femme pendulera entre la cité de Calvin et Fribourg, avant de s’installer dans la ville des Zaehringen.

«J’ai rencontré des Fribourgeois, je me suis fait des amis et j’ai adoré l’ouverture des gens.» Depuis qu’elle est devenue productrice et présentatrice d’ABE, elle pendule vers Genève depuis Marly où elle vit avec son compagnon et ses trois enfants, sans envisager de rapprochement géographique. «C’est désormais ici que j’ai passé la plus grande partie de ma vie. Je peux le dire aujourd’hui: je me sens fribourgeoise!»

© STEMUTZ.COM
Un métier salvateur

De son passage sur les bancs de l’Unifr, Linda Bourget retient surtout ses premières expériences professionnelles. «J’ai rapidement pu me rendre compte que le métier de journaliste me plairait, avec des jobs d’étudiante au sein du magazine Spectrum.»

Ses grands yeux bruns au regard perçant dénotent vivacité et curiosité. «J’étais très timide, presque maladivement, glisse Linda Bourget. Le fait d’être journaliste a eu un côté salvateur: ce métier m’a poussé vers les autres, vers leurs histoires. Il m’a permis de m’ouvrir à une diversité incroyable de domaines intéressants.»

Sa licence en poche, la jeune femme rejoint Hong-Kong pour une première expérience de quatre mois dans le service de communication d’une PME locale. Retour à Fribourg, ensuite, pour effectuer son stage de journaliste au sein de la rubrique économique de La Liberté.

«Cela me semblait logique de commencer mon parcours dans la presse écrite.» Après quatre ans à La Lib’, elle passe à la rubrique économique de L’Hebdo. «Je n’ai jamais réfléchi à un plan de carrière. Je fonctionne au coup de cœur.» Le suivant la mènera au Palais fédéral, à Berne, où elle devient correspondante parlementaire pour la Radio télévision suisse (RTS), en 2013.

«Savoir construire une histoire pour la télévision est un chouette exercice de narration, même en une minute trente. Il y a quelque chose de magique», raconte la Fribourgeoise. Et de rigoler: «Mes sujets préférés étaient ceux abordant la fiscalité. C’était à chaque fois un défi de les mettre en images!» Linda Bourget apprécie aussi le travail en équipe. «Entre le caméraman, le preneur de son et le monteur, on travaille rarement seul à la RTS. Cette collaboration m’a beaucoup apporté.» En 2016, elle prend la casquette de cheffe de la rubrique politique de la télévision. «Dès que j’ai atteint ma zone de confort dans un emploi, il faut que je bouge. J’avais annoncé que je quitterais la rubrique politique après les élections fédérales de 2019, sans avoir de plan.»

Cinq secondes pour décider

Martina Chyba, alors cheffe de l’Unité Magazine et Société, lui propose alors de succéder à Manuelle Pernoud à la présentation d’ABE. «Je n’ai pas répondu tout de suite pour prendre le temps de la réflexion, mais mon cœur disait déjà oui. Comme toutes les décisions importantes de ma vie, celle-ci m’a pris cinq secondes.» Sans être une fidèle de l’émission, Linda Bourget a grandi avec elle, comme tous les Romands nés après 1976.

«L’économie et la consommation sont des domaines qui me plaisent et qui touchent notre vie de tous les jours. Les grandes questions sur le fonctionnement de notre société en sont partie intégrante. Je suis convaincue qu’avec notre porte-monnaie nous avons un poids au moins aussi important qu’avec notre bulletin de vote.»

S’engager en politique ne l’a-t-elle jamais titillée? «Je considère qu’en tant que journaliste, nous avons un rôle à jouer dans le processus démocratique. C’est un rôle dans lequel je me sens bien, à ma place.»

Linda Bourget est née en 1980 à Lausanne. Adolescente, elle suit son école secondaire dans une filière sport-études et consacre une majeure partie de son temps à la danse. Entre 17 et 20 ans, elle s’y adonne même à 100% avant de bifurquer et d’entrer à l’Université de Fribourg. Elle y obtient un Master en sociologie des médias et de la communication, en 2006, tout en travaillant pour le Service de communication de l’Unifr. Son parcours professionnel débute à La Liberté, puis à L’Hebdo, avant de passer à la télévision, lorsqu’elle devient journaliste parlementaire pour la RTS, en 2013. Après avoir occupé le poste de cheffe de la rubrique politique, elle prend celui de productrice du magazine de consommation A bon entendeur début 2020. En 2021, elle co-signe Engagées! 21 portraits inspirants de femmes politiques suisses, avec deux autres journalistes parlementaires,

Nathalie Christen et Simona Cereghetti. Paru d’abord en allemand, cet ouvrage a été publié en français aux Editions Loisirs et pédagogie, au printemps 2022.