Deux artistes en quête d’un monde post-consumériste  

Deux artistes en quête d’un monde post-consumériste  

Baptiste Janon, réalisateur, et Nuno Dionísio, scénariste, se font du souci pour l’avenir de la planète. Selon les deux Fribourgeois d’adoption, la surconsommation nous mène droit dans le mur. Au bénéfice d’une résidence de recherche de la Ville de Fribourg, les deux artistes souhaitent créer un imaginaire alternatif, résolument non consumériste. Pour y parvenir, ils sont allés puiser leur inspiration auprès des chercheurs et enseignant·e·s de l’Université de Fribourg.

Ce qui frappe d’emblée, c’est la complicité et le respect qui émanent des deux artistes. Aucun n’interrompt l’autre : ils s’écoutent, s’approuvent, se complètent plus qu’ils ne se corrigent. Nuno Dionísio est arrivé à Fribourg il y a une dizaine d’années, tout comme son compère Baptiste Janon. Habitants de la Basse-Ville, ils ont déjà collaboré sur plusieurs projets artistiques et pédagogiques. L’un d’eux visait à sensibiliser des adolescent·e·s de 14 à 18 ans à la nature : «Avec une dizaine de jeunes, nous avions filmé, à 5 heures du matin, des grèbes huppés dans la Grande Cariçaie», se remémore Baptiste Janon, sourire aux lèvres. Puis ce fut au tour des martinets du Collège Saint-Michel, ou encore des arbres remarquables du canton de Fribourg, de se retrouver dans le viseur de ces cinéastes en herbe. «Toutes ces images ont servi à produire une websérie pour Pro Natura Fribourg. Le cinéma est un formidable vecteur d’éducation, et cette expérience les a marqués durablement», assure Nuno Dionísio.

Aujourd’hui, les deux compères poursuivent leur harmonieuse collaboration au sein de l’association From Dust Pictures. Ils viennent d’achever une résidence artistique à l’Université de Fribourg. Rencontre.

Pour cette résidence artistique, vous avez choisi de venir réfléchir chez nous. Pourquoi?
Baptiste Janon: Notre but est de faire évoluer les imaginaires, d’en finir avec les grands modèles consuméristes issus du capitalisme. Pour nourrir notre réflexion, nous devions rencontrer des personnes disposant de compétences dans des domaines allant du marketing aux neurosciences, en passant par les humanités environnementales.
Nuno Dionísio: C’est notre deuxième résidence sur ce thème. Celle-ci nous permet d’aller plus loin, avec des professeur·e·s d’université, pour construire à partir de recherches existantes. Forts de ce bagage, nous souhaitons élaborer des scénarios.

Pourquoi le consumérisme vous préoccupe-t-il autant?
Baptiste: Le temps presse!
Nuno: C’est un enjeu urgent, tant sur le plan politique que sociétal. Peut-on parvenir à vivre autrement ?

Dessin de Debuhme, fruit de la collaboration avec les deux artistes

Qui avez-vous rencontré dans ce cadre?
Baptiste: Nous avons également rencontré Michael Boyden, professeur de littérature américaine, qui travaille sur la durabilité et les enjeux écologiques dans ce domaine.
Nuno: En tant que conteurs, il est intéressant pour nous de voir comment ce thème est traité dans la littérature. Nous avons également rencontré Ivo Wallimann-Hellmer, avec qui nous avons surtout abordé l’éthique environnementale à l’échelle des institutions politiques. Il nous a notamment parlé de l’éthique des vertus, qui met en lumière les aspects positifs du changement personnel et sociétal, plutôt que les logiques d’interdiction.
Baptiste: Nous avons aussi échangé avec Aurianne Stroude, sociologue qui mène des recherches sur les modes de vie décroissants : comment les gens changent-ils de comportement? Quels sont les processus à l’œuvre? Enfin, Olivier Furrer nous a présenté les outils du marketing susceptibles d’influencer les comportements, parfois de manière inconsciente.

Vous avez aussi exploré des domaines liés à la psychologie.
Nuno: Nous avons discuté avec Roberto Caldara, chercheur en neurosciences, qui utilise la réalité virtuelle. Il nous a montré comment notre culture change notre façon d’explorer visuellement un environnement et, finalement, de s’y connecter. C’est fondamental, car nous cherchons précisément à comprendre comment s’identifier à la nature, comment la ressentir, comment en faire une expérience intime.
Baptiste: Sans oublier Andrea Samson, chercheuse en psychologie des émotions. Son domaine de recherche, c’est le rire. Nous souhaitons utiliser l’humour pour dédramatiser les questions environnementales. Faut-il privilégier un humour rassembleur ou un humour plus noir ?

Dans quel but menez-vous ces réflexions?
Nuno: Nous cherchons à comprendre comment intégrer notre public sans renforcer les sentiments négatifs ni tomber dans la moralisation. Il existe des alternatives positives à nos modes de vie.

En somme, vous souhaitez nous libérer des injonctions d’achat qui nous assaillent chaque jour.
Baptiste: Tout est fait pour nous pousser à craquer pour le dernier smartphone ou la dernière télévision. Mais ne pourrait-on pas réparer un appareil plutôt que d’acheter du neuf?
Nuno: Et un trou percé avec une perceuse empruntée au voisin est-il moins bien que celui d’une perceuse neuve, achetée au prix fort et qui ne servira, au mieux, qu’une fois par an?

Sur quoi vont déboucher ces rencontres?
Baptiste: Elles produisent déjà des résultats: nous avons travaillé avec Debuhme, dessinateur chez Vigousse, pour visualiser nos idées. L’un de ses dessins a été sélectionné et sera affiché en grand format à Fribourg, Bulle et Payerne. Ce sont autant de pistes qui s’ouvrent à nous. Nous avons du travail pour vingt ans.
Nuno: Plusieurs formats sont envisagés : longs métrages, fictions, actions pédagogiques ponctuelles. Nous pourrions, par exemple, organiser des visites guidées avec des caméras thermiques pour aborder le thème des îlots de chaleur en milieu urbain. Ou encore évoquer l’érosion de la biodiversité à l’aide de casques de réalité virtuelle : montrer des espèces disparues, présentes sur un site il y a seulement trente ans. Le ressenti n’en serait que plus fort et, qui sait, susceptible de provoquer un changement de comportement.

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The long and winding road! Après un détour par l'archéologie, l'alpage, l'enseignement du français et le journalisme, Christian travaille depuis l'été 2015 dans notre belle Université. Son plaisir de rédacteur en ligne? Rencontrer, discuter, comprendre, vulgariser et par-ta-ger!

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