Publikationsdatum 11.06.2026
« Une lampe sur mon pied : ta parole » : la leçon d'adieu de Philippe Lefebvre
Exégète à la Faculté de théologie de l'Université de Fribourg, le professeur Philippe Lefebvre a donné sa leçon d'adieu le mardi 2 juin 2026 devant un amphithéâtre comble. Retour sur cette dernière leçon où la rigueur scientifique se met, comme toujours chez lui, au service de la vie.
« En entrant dans cet amphithéâtre et en voyant le monde qui était dedans, je me suis dit : mince, le cours d’avant n’est pas encore terminé… jusqu’à ce que je comprenne que tous étaient là pour moi ! » Ce trait d’humour, typique de Philippe Lefebvre, partagé en plein milieu de sa leçon d’adieu devant un amphithéâtre rempli, est plus qu’une boutade lancée pour détendre l’atmosphère. Il est une manière d’être, une manière d’aborder le texte biblique et la vie, un trait de sa physionomie.
Comme le rappelait la doyenne, citant Anne Pénicaud, le critère de vérification de l’exégèse de Philippe Lefebvre, sa preuve de véracité scientifique, réside dans l’étonnement, l’émerveillement qu’elle suscite. Toutes les Écritures « militent » – pour reprendre une expression chère à Philippe Lefebvre – contre la posture blasée de celui qui croit déjà tout connaître et maîtriser. Par une véritable « kinésithérapie » – autre image chère à notre exégète –, elles rouvrent la bouche, les oreilles et le cœur de celui qui les lit. Un amphithéâtre rempli n’est pas tant le triomphe final d’une carrière académique que le témoignage d’une exégèse qui a su, sans rien nier de la scientificité de ses outils, rejoindre le cœur même de ce pourquoi les Écritures existent : transmettre la vie.
De ce genre de science, au service de la vie, Philippe Lefebvre a donné un exemple lumineux dans sa leçon d’adieu en partant du verset : « une lampe sur mes pas [ou plutôt « sur mon pied », comme l’a précisé Philippe Lefebvre] ta parole » (Ps 119,105). Ce n’est pas le lieu de rappeler le cheminement de sa pensée. Signalons toutefois qu’il a encore une fois réussi ce prodige, ce tour de magie presque, qui consiste à donner l’apparence d’une simplicité enfantine à une réflexion dont la profondeur n’apparaît qu’à l’examen. Que l’auditeur attentif observe l’enchevêtrement de cette leçon savamment pétrie d’expériences personnelles – une montée au Sinaï en pleine nuit –, de lecture « diatopique » des Écritures à travers le destin du mot « lampe » (ner) : de la lampe du sanctuaire du désert, auprès de laquelle veillera plus tard le jeune Samuel, jusqu’à la famille de « Ner », oncle de Saül, sans oublier cet autre Saül, devenu Paul, éclairé par la « Lampe » qu’est le Christ sur la route de Damas, etc. – et il comprendra que notre exégète appartient lui aussi à cette « guilde » d’orfèvres de la Parole dont il a rappelé l’excellence.
Mais le Professeur Lefebvre n’est pas qu’un orfèvre de la Parole. Il est aussi un « Philippe ». Et c’est avec la figure du diacre Philippe qu’il a voulu terminer. Ce Philippe, qui rejoint l’eunuque de Candace sur son char, devient le compagnon de route et d’épreuve de cet homme vers qui il est envoyé. Tout comme l’eunuque, le diacre Philippe est privé de postérité puisque ses filles ont consacré leur virginité au Seigneur. Ainsi en va-t-il du « Serviteur souffrant » d’Is 53 dont il commente l’extrait. Philippe Lefebvre suggère ainsi, à demi-mots, que lui, le professeur, le « Philippe », s’est fait le compagnon de ceux avec qui il a lu les Écritures. Il s’est laissé rejoindre par la Parole qu’il a voulu commenter, au même titre que ceux qui ont bénéficié de ses lumières. Lorsque Philippe baptise l’eunuque, Philippe est comme baptisé de nouveau avec lui. Par cette dernière remarque, où la lecture du grec biblique dans sa précision syntaxique rejoint la compréhension du texte, la preuve est donnée de la scientificité de cette forme d’exégèse : étonnante, savante et rafraîchissante. Elle donne la vie !
Philippe Lefebvre a marqué l’Université de Fribourg. Le cachet de son exégèse s’est imprimé dans l’esprit de beaucoup. Souhaitons-lui donc maintenant un vrai repos, c’est-à-dire selon un mot biblique qu’il affectionne particulièrement : une tardemah, un sommeil mystérieux, venant de Dieu, dans lequel s’opère une nouvelle maturation pour porter de nombreux fruits.
Baptiste Sauvage
