Publié le 11.03.2015
Conférence publique du 20 mai
Mémoire, (in-) oubli et responsabilité
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Conférence du mercredi 20 mai 2015
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par Catalina SAGARRA, professeure en études françaises de l’Université de Trent (Ontario).
Lorsqu’un génocide a eu lieu, maintes instances s’efforcent d’en conserver la mémoire : commémoration, sites mémoriels, musées, récits de témoignage, etc. S’impose avec le temps, un "devoir" de mémoire que les survivants contestent parfois lui préférant un "droit" à la mémoire. Si ces revendications posent effectivement un impératif, celui de se souvenir, elles mettent paradoxalement aussi en lumière le rapport ambigu que la mémoire entretient avec l’oubli. Olivier Abel rappelle, par exemple, la dimension positive de "l’oublié", comme condition d’une liberté recouvrée, qui permettrait à l’individu de ne pas être perpétuellement déterminé par ce qui a précédé. Mais toutes les offenses, tous les crimes,... peuvent-ils être oubliés ? Cet oubli reviendrait-il à pardonner, par ignorance volontaire, de tels crimes ? Et, de fil en aiguille, à les entériner, voire à en accepter leur réapparition, puisque "pardonnables" ? La question du pardon, si souvent mise de l’avant par les nations ayant connu des génocides pour tenter de reconstruire le tissu social avec la participation de tous les acteurs (génocidaires, survivants et tiers), est dès lors également inséparable de l’oubli puisque, si pardonné, le crime en est amoindri et les responsabilités diluées pour le bien commun. Mais il convient également de se demander si le ressassement d’une certaine mémoire ne participerait pas à son tour à la fabrication d’une certaine amnésie collective qui tarauderait derechef la mémoire du groupe (les survivants) et la mémoire individuelle, tout n’étant plus acceptable, dicible ou pensable ? Face à ces exigences institutionnalisées, comment le survivant vit-il son vécu ? Comment les traces que le crime a laissées dans le ressenti de ces personnes agissent-elles dans la construction d’une identité qui entre souvent en conflit avec les impératifs d’une nation en pleine reconstruction ? Nous proposons ainsi une approximation des mémoires et des oublis sur lesquels il convient de réfléchir pour mieux cerner l’épineuse question des responsabilités.
Les conférences ont lieu le mercredi de 17h15 à 19h00, bâtiment Miséricorde, Amphi A.
Le programme complet est disponible ici.

