Publié le 11.03.2015
Conférence publique du 25 mars
Mémoire, (in-) oubli et responsabilité
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Conférence du mercredi 25 mars 2015
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par Ivan JABLONKA, Université de Paris XIII.
Faisons un rêve: des textes où histoire et littérature coexistent. Ce défi n’a de sens que s’il fait naître des formes nouvelles. L’histoire et la littérature peuvent être autre chose, l’une pour l’autre, qu’un cheval de Troie.
Mon idée est la suivante : l’écriture de l’histoire n’est pas simplement une technique (annonce de plan, citations, notes en bas de page), mais un choix. Le chercheur est placé devant une possibilité d’écriture. Réciproquement, une possibilité de connaissance s’offre à l’écrivain : la littérature est douée d’une aptitude historique, sociologique, anthropologique.
Parce qu’au XIXème siècle l’histoire et la sociologie se sont séparées des belles-lettres, le débat est habituellement sous-tendu par deux postulats implicites : les sciences sociales n’ont pas de portée littéraire ; un écrivain ne fait pas de sciences sociales. Il faudrait choisir entre une histoire qui serait "scientifique", au détriment de l’écriture, et une histoire qui serait "littéraire", au détriment de la vérité. Cette alternative est un piège.
Parce qu’elles produisent de la connaissance sur le réel, parce qu’elles sont capables non seulement de le représenter (c’est la vieille mimesis), mais de l’expliquer, les sciences sociales sont déjà présentes dans la littérature – carnets de voyage, mémoires, autobiographies, correspondances, témoignages, journaux intimes, récits de vie, reportages, tous ces textes où quelqu’un observe, dépose, consigne, examine, transmet, raconte son enfance, évoque les absents, rend compte d’une expérience, retrace l’itinéraire d’un individu, parcourt un pays en guerre ou une région en crise, enquête sur un fait divers, un système mafieux, un milieu professionnel. Toute cette littérature révèle une pensée historienne, sociologique et anthropologique, forte de certains outils d’intelligibilité : une manière de comprendre le présent et le passé.
Cette conférence sert de pré-introduction au colloque « Une responsabilité inavouée, des droits bafoués ». Pour plus d’informations, cliquer ici.
Le programme complet est disponible ici.

