Publié le 09.10.2026

Foi, communication et société au cœur de deux leçons inaugurales


Photo © Martin Maag

Leçons inaugurales des professeures Regina Frey et Isabelle Jonveaux

Le soir du 1er octobre, près de 90 personnes se sont réunies dans l’auditoire A pour assister aux leçons inaugurales des professeures Isabelle Jonveaux (chaire bilingue de christianisme global et de théologie interreligieuse) et Regina Frey (chaire germanophone de théologie pastorale, de pédagogie religieuse et d’homilétique).L'événement était également diffusé en ligne.

Dans son allocution de bienvenue, la doyenne, la Prof. Veronika Hoffmann,  a présenté les deux professeures et leurs domaines de recherche, en soulignant leurs points communs et leurs différences. Son discours solennel exprimait la joie suscitée par cet événement. Une atmosphère festive a également été créée par le Dr Armel Ayegnon, qui a assuré l’accompagnement musical à la kora. Cet instrument traditionnel à cordes d’Afrique de l’Ouest, également utilisé dans le contexte de la liturgie et du travail d’inculturation du monastère de Keur Moussa, au Sénégal, a offert des moments de recueillement et de résonance musicale.

Dans sa présentation en langue allemande, la professeure Regina Frey a consacré sa leçon inaugurale, intitulée « Du vin nouveau dans de vieilles outres ? Réflexions de théologie pastorale sur la transmission de la foi entre sécularisation et professionnalisation », à la question de savoir comment réussir à transmettre la foi dans le domaine pastoral de la proclamation et au-delà, dans un contexte marqué par les dynamiques de sécularisation.

Comment éviter que le vin nouveau ne soit versé dans de vieilles outres, au risque de les faire éclater et de se perdre ?

La professeure Frey a montré, à travers l’exemple de l’église Saint-Maurice (Moritzkirche) réaménagée à Augsbourg, comment des projets pastoraux innovants peuvent offrir aux personnes d’aujourd’hui de nouveaux points d’ancrage pour donner un sens à leur existence. Dans cette église, devenue un lieu de pastorale urbaine, les visiteurs restent souvent plus longtemps que prévu. La figure du Christ dans l’espace du chœur semble venir à la rencontre de ceux qui entrent. Sans paroles, le lieu parvient à interpeller les personnes sur les plans religieux et spirituel. La professeure Frey a cité cette phrase : « Le prêtre prêche, au mieux, une fois par semaine, le dimanche à l’église. Mais l’église, elle, prêche en permanence. »

La professeure Frey a développé sa réflexion sur la professionnalisation en s’appuyant sur plusieurs concepts issus de la recherche en organisation, notamment l’« exploration », l’« innovation », l’« exnovation » et l’« exploitation », qu’elle a examinés sous l’angle de la théologie pastorale et de l’homilétique.

Dans le contexte de l’innovation, elle a également évoqué le projet artistique du « Jésus IA » à Lucerne, qui a attiré de nombreux visiteurs. Selon Regina Frey, pour permettre à la nouveauté de produire ses effets, une attitude synodale est nécessaire, capable de supporter les tensions entre préservation et réinterprétation, entre exploitation et exploration.

Elle a résumé cette approche en trois principes : « Découvrir ce qui existe déjà », « Accepter que les vieilles outres éclatent » (car l’innovation implique également des processus d’exnovation) et « Penser de manière ambidextre, agir de manière unilatérale ».

Dans sa leçon inaugurale, donnée à la fois en langue français et allemande, intitulée « Repenser sociologiquement la parole religieuse : du silence monastique aux influenceurs », la professeure Isabelle Jonveaux a présenté ses recherches sur la communication dans le contexte religieux, en particulier au sein des monastères et des communautés religieuses.

Elle a montré que tant la mise en scène de soi — notamment lorsque des membres de communautés religieuses deviennent influenceurs — que le silence font partie des modes d’expression monastiques. À partir d’extraits d’entretiens, la professeure Jonveaux a expliqué que certaines communautés monastiques peuvent développer une forme de silence reposant sur le contrôle de la communication, le refus de la libre expression des opinions et la répression des relations horizontales.

Les règles du silence monastique, qui constituent pourtant une dimension importante de l’ascèse, peuvent ainsi rendre plus difficiles les échanges entre les membres et leur organisation collective face à des situations d’abus de pouvoir, comme l’a souligné la professeure Jonveaux en se référant aux travaux de Francis Chateauraynaud.

Selon la professeure Jonveaux, la question de l’équilibre est centrale dans la communication religieuse.

De quelle communication vers l’extérieur les monastères ont-ils besoin pour attirer les jeunes ? À partir de quel moment cet équilibre est-il rompu, au point qu’il devient nécessaire de renoncer à une certaine visibilité extérieure ? Quelle place le silence doit-il occuper au sein de la communauté ? Quelles qualités le silence monastique et la communication interne doivent-ils présenter pour garantir une vie monastique de qualité ?

Selon Isabelle Jonveaux, l’observation des contextes extra-européens permet également de relativiser certaines prévisions liées à la sécularisation. Malgré les nombreuses fermetures de monastères en Europe, ceux-ci conservent une importance sociale et sociétale, particulièrement en Afrique et en Asie.

Les leçons inaugurales se sont achevées par les remerciements des deux professeures et une invitation adressée aux personnes présentes à partager un apéritif dînatoire à la Mensa.

Theres Fritsche
Assistante à la chaire de théologie pastorale, de pédagogie religieuse et d’homilétique