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Par David
Pichonnaz
Mandatés par la Direction du Développement et
de la Coopération suisse (DDC), un professeur et un assistant de
l’Institut de Géographie (IGUF) ont
effectué une étude sur l’état de l’environnement dans le Haut Atlas marocain.
Leur rapport fait état d’une situation préoccupante : le massif montagneux est
dans une situation d’impasse, et les plaines qui l’entourent en subissent les
conséquences.
Une exploitation immodérée des ressources naturelles,
l’essor démographique,
le manque d’attention des décideurs,
l’abandon progressif de l’utilisation traditionnelle du patrimoine, les maux
dont souffre le Haut Atlas marocain
commencent à se répercuter sur les
plaines adjacentes. Ces dernières vivent
malgré tout un boom économique
impressionnant, qui s’appuie largement sur les ressources provenant de la montagne.
Le Professeur Michel Monbaron et son assistant, Markus Stoffel, soulignent que
cette situation inégalitaire
risque de perturber sérieusement le
développement économique du Maroc
et pourrait même déboucher sur de graves conflits. Des investissements massifs
sont donc nécessaires dans la montagne.
Comme le constate M.
Monbaron, « des villages importants ne
sont pas reliés au réseau routier national.
Les nombreux barrages présents
dans la montagne, avant tout destinés à l’irrigation, mais également à la production
d’électricité, alimentent les
grandes villes alors que les maisons
situées dans les alentours mêmes des
barrages ne sont pas alimentées ». Cette
situation accentue l’exode des populations rurales et montagnardes vers les plaines,
et des plaines vers les côtes.
Ces populations sont alors tentées d’émigrer
vers les pays européens.
A la recherche de solutions
Pour remédier à cet état de fait, les deux chercheurs proposent de nombreuses
solutions, selon les principes du développement
durable. Il faut d’abord
enrayer l’érosion des sols, principalement
causée par la déforestation, et qui
menace avant tout le développement de
la montagne. Ce processus a été initié à l’époque de l’administration forestière
du Protectorat français et accentué ces
dernières décennies par l’explosion
démographique. Il s’agit également de
développer une utilisation mesurée et
plus équitable de l’eau, en favorisant
l’exploitation d’eaux souterraines, et de
cesser de puiser dans des réserves souterraines fossiles non renouvelables. Il
y a aussi des potentialités touristiques à développer, « mais la situation actuelle
de laisser aller ne permet pas d’en profiter
pleinement », s’insurge le Prof.
Monbaron. « Dans d’autres régions
montagneuses du monde, on réussit à intégrer un tourisme relativement doux qui
peut générer des revenus et donc
fixer les populations qui en vivent. » Ces changements doivent être faits selon
une approche participative : « Tout développement résolument
orienté vers la durabilité exige un effort
d’intégration de la population civile
dans les processus de décision » assuret-
il.
Déclin de l’exploitation
traditionnelle
A l’époque, l’utilisation traditionnelle du patrimoine montagnard se faisait
selon une astucieuse association de
l’exploitation des sols qui permettait de
diversifier les sources d’approvisionnement
en réponse aux incertitudes climatiques
très fortes dans cette région.
Le revenu de la culture saisonnière de céréales, légumes et fruits était complété par
les apports constants de l’élevage
(viande, lait). La forêt fournissait quant à elle, de façon mesurée, le combustible
et une partie du fourrage, ainsi que le
bois d’œuvre. Ce système assurait une
autosuffisance que la modernité a en
partie détruite. De plus, il n’y a plus de
système équilibré d’échanges internes et entre la montagne et la plaine, comme
ce fut le cas pendant des siècles.
Ces mutations ont des conséquences profondes sur l’ensemble du système communautaire
traditionnel. La
solidarité communautaire se trouve
face à une tendance marquée par l’individualisme.
Cela met notamment en
péril l’ancienne gestion en commun des
systèmes d’irrigation. Enfin, l’administration,
de type bureaucratique, interfère
avec les règles orales qui régissaient
les relations à l’intérieur des tribus et
entre elles.
Responsabilité de la France
M. Monbaron reconnaît que le
Protectorat français a apporté au Maroc
une certaine stabilité politique. La
France est également à l’origine de nombreux projets profitables, comme la construction
de barrages. Toutefois,
certains modèles européens ont été malhabilement importés. La technique
de la « coupe rase » par exemple, qui
consiste à couper toutes les branches
des arbres sans les tuer. Ce procédé peut très bien fonctionner en Europe sous
climat humide, mais pas dans un
climat semi-aride, où le sol se trouve du
coup exposé à des intempéries vigoureuses
(courantes dans cette région) qui
l’érodent, contrecarrant ainsi la régénération
de la couverture végétale.
La Suisse et le Maroc
« La Suisse ne peut pas être comparée au Maroc pour de
très nombreuses raisons,
notamment le niveau de son développement économique », explique M. Monbaron.
Au Maroc, ce dernier varie
beaucoup d’une région à l’autre : « Dans le centre du Haut Atlas, vous êtes au
Moyen Âge, alors qu’au centre
de Casablanca, on peut se croire à Paris
ou New York ». En Suisse, les autorités investissent beaucoup depuis longtemps
dans les zones montagneuses, et
le font dans un cadre législatif qui protège le patrimoine naturel. De plus,
le milieu montagnard marocain est beaucoup plus fragile que la montagne suisse.
Il y a pourtant des analogies possibles.
Par exemple, des communes valaisannes
ont vu se construire sur leur territoire
des barrages dont les concessions
appartiennent à des entreprises
privées. La collectivité publique locale
ne reçoit que des redevances, pas forcément
proportionnelles aux profits réalisés
par les entreprises. Même si cette situation est en train de changer, on constate
que, comme au Maroc, la plusvalue
générée par les barrages situés en
montagne profite surtout à la plaine.

Vorschläge zur Umweltverbesserung
im Hohen
Atlas
Der Gebirgszug Marokkos, der „Hohe
Atlas“, leidet seit längerer
Zeit unter schlechten Umweltverhältnissen. Um zu verhindern, dass sich diese
negativ auf das Umland
auswirken, legt eine Studie des
Instituts für Geographie mehrere
Lösungsvorschläge vor. Im Sinne einer nachhaltigen Entwicklung sollten die Bodenerosion
gestoppt und
das Wasser massvoller genutzt werden.
Zudem sind die Möglichkeiten
eines sanften Tourismus besser auszuschöpfen. Der Wandel, der von allen Kreisen
gemeinsam zu planen
und zu realisieren ist, könnte das verlorene Gleichgewicht zwischen Gebirge und
Flachland wieder herstellen.
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