Universitas Friburgensis décembre 2002
L’érosion des sols : un problème majeur pour l’Atlas marocain
   
 

Par David Pichonnaz

Mandatés par la Direction du Développement et de la Coopération suisse (DDC), un professeur et un assistant de l’Institut de Géographie (IGUF) ont effectué une étude sur l’état de l’environnement dans le Haut Atlas marocain. Leur rapport fait état d’une situation préoccupante : le massif montagneux est dans une situation d’impasse, et les plaines qui l’entourent en subissent les conséquences.

Une exploitation immodérée des ressources naturelles, l’essor démographique, le manque d’attention des décideurs, l’abandon progressif de l’utilisation traditionnelle du patrimoine, les maux dont souffre le Haut Atlas marocain commencent à se répercuter sur les plaines adjacentes. Ces dernières vivent malgré tout un boom économique impressionnant, qui s’appuie largement sur les ressources provenant de la montagne. Le Professeur Michel Monbaron et son assistant, Markus Stoffel, soulignent que cette situation inégalitaire risque de perturber sérieusement le développement économique du Maroc et pourrait même déboucher sur de graves conflits. Des investissements massifs sont donc nécessaires dans la montagne. Comme le constate M. Monbaron, « des villages importants ne sont pas reliés au réseau routier national. Les nombreux barrages présents dans la montagne, avant tout destinés à l’irrigation, mais également à la production d’électricité, alimentent les grandes villes alors que les maisons situées dans les alentours mêmes des barrages ne sont pas alimentées ». Cette situation accentue l’exode des populations rurales et montagnardes vers les plaines, et des plaines vers les côtes. Ces populations sont alors tentées d’émigrer vers les pays européens.

A la recherche de solutions

Pour remédier à cet état de fait, les deux chercheurs proposent de nombreuses solutions, selon les principes du développement durable. Il faut d’abord enrayer l’érosion des sols, principalement causée par la déforestation, et qui menace avant tout le développement de la montagne. Ce processus a été initié à l’époque de l’administration forestière du Protectorat français et accentué ces dernières décennies par l’explosion démographique. Il s’agit également de développer une utilisation mesurée et plus équitable de l’eau, en favorisant l’exploitation d’eaux souterraines, et de cesser de puiser dans des réserves souterraines fossiles non renouvelables. Il y a aussi des potentialités touristiques à développer, « mais la situation actuelle de laisser aller ne permet pas d’en profiter pleinement », s’insurge le Prof. Monbaron. « Dans d’autres régions montagneuses du monde, on réussit à intégrer un tourisme relativement doux qui peut générer des revenus et donc fixer les populations qui en vivent. » Ces changements doivent être faits selon une approche participative : « Tout développement résolument orienté vers la durabilité exige un effort d’intégration de la population civile dans les processus de décision » assuret- il.

Déclin de l’exploitation traditionnelle

A l’époque, l’utilisation traditionnelle du patrimoine montagnard se faisait selon une astucieuse association de l’exploitation des sols qui permettait de diversifier les sources d’approvisionnement en réponse aux incertitudes climatiques très fortes dans cette région. Le revenu de la culture saisonnière de céréales, légumes et fruits était complété par les apports constants de l’élevage (viande, lait). La forêt fournissait quant à elle, de façon mesurée, le combustible et une partie du fourrage, ainsi que le bois d’œuvre. Ce système assurait une autosuffisance que la modernité a en partie détruite. De plus, il n’y a plus de système équilibré d’échanges internes et entre la montagne et la plaine, comme ce fut le cas pendant des siècles. Ces mutations ont des conséquences profondes sur l’ensemble du système communautaire traditionnel. La solidarité communautaire se trouve face à une tendance marquée par l’individualisme. Cela met notamment en péril l’ancienne gestion en commun des systèmes d’irrigation. Enfin, l’administration, de type bureaucratique, interfère avec les règles orales qui régissaient les relations à l’intérieur des tribus et entre elles.

Responsabilité de la France

M. Monbaron reconnaît que le Protectorat français a apporté au Maroc une certaine stabilité politique. La France est également à l’origine de nombreux projets profitables, comme la construction de barrages. Toutefois, certains modèles européens ont été malhabilement importés. La technique de la « coupe rase » par exemple, qui consiste à couper toutes les branches des arbres sans les tuer. Ce procédé peut très bien fonctionner en Europe sous climat humide, mais pas dans un climat semi-aride, où le sol se trouve du coup exposé à des intempéries vigoureuses (courantes dans cette région) qui l’érodent, contrecarrant ainsi la régénération de la couverture végétale.

La Suisse et le Maroc

« La Suisse ne peut pas être comparée au Maroc pour de très nombreuses raisons, notamment le niveau de son développement économique », explique M. Monbaron. Au Maroc, ce dernier varie beaucoup d’une région à l’autre : « Dans le centre du Haut Atlas, vous êtes au Moyen Âge, alors qu’au centre de Casablanca, on peut se croire à Paris ou New York ». En Suisse, les autorités investissent beaucoup depuis longtemps dans les zones montagneuses, et le font dans un cadre législatif qui protège le patrimoine naturel. De plus, le milieu montagnard marocain est beaucoup plus fragile que la montagne suisse. Il y a pourtant des analogies possibles. Par exemple, des communes valaisannes ont vu se construire sur leur territoire des barrages dont les concessions appartiennent à des entreprises privées. La collectivité publique locale ne reçoit que des redevances, pas forcément proportionnelles aux profits réalisés par les entreprises. Même si cette situation est en train de changer, on constate que, comme au Maroc, la plusvalue générée par les barrages situés en montagne profite surtout à la plaine.

Vorschläge zur Umweltverbesserung im Hohen Atlas

Der Gebirgszug Marokkos, der „Hohe Atlas“, leidet seit längerer Zeit unter schlechten Umweltverhältnissen. Um zu verhindern, dass sich diese negativ auf das Umland auswirken, legt eine Studie des Instituts für Geographie mehrere Lösungsvorschläge vor. Im Sinne einer nachhaltigen Entwicklung sollten die Bodenerosion gestoppt und das Wasser massvoller genutzt werden. Zudem sind die Möglichkeiten eines sanften Tourismus besser auszuschöpfen. Der Wandel, der von allen Kreisen gemeinsam zu planen und zu realisieren ist, könnte das verlorene Gleichgewicht zwischen Gebirge und Flachland wieder herstellen.

 

 

 

 
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2003-01-13 by nf