{"id":5822,"date":"2018-02-06T11:34:43","date_gmt":"2018-02-06T10:34:43","guid":{"rendered":"https:\/\/www3.unifr.ch\/alma-georges?p=5822"},"modified":"2022-01-10T17:16:15","modified_gmt":"2022-01-10T16:16:15","slug":"une-derniere-etape-encore-souvent-incontournable","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/articles\/2018\/une-derniere-etape-encore-souvent-incontournable?lang=de","title":{"rendered":"Une derni\u00e8re \u00e9tape encore souvent incontournable"},"content":{"rendered":"<h4><strong>L\u2019Universit\u00e9 de Fribourg s\u2019engage depuis plusieurs ann\u00e9es dans la recherche sur les maladies nerveuses, d\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives ou encore sur les dysfonctions suite \u00e0 un traumatisme qui touchent le cerveau ou la moelle \u00e9pini\u00e8re, telles que le Parkinson ou la parapl\u00e9gie. En dernier ressort, ces exp\u00e9rimentations n\u00e9cessitent le recours \u00e0 divers mod\u00e8les animaux avant le passage aux essais cliniques. Explications du Professeur Eric Rouiller.<\/strong><\/h4>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<p>Le sujet est sensible et le d\u00e9bat \u00e9thique insoluble. Les conditions de l&rsquo;exp\u00e9rimentation avec les animaux sont cependant extr\u00eamement strictes et contr\u00f4l\u00e9es en Suisse et les objectifs de chaque recherche approuv\u00e9e tr\u00e8s cibl\u00e9s. La Plateforme de neurosciences translationnelles situ\u00e9e \u00e0 l\u2019Unifr initie depuis un peu plus d\u2019une ann\u00e9e plusieurs projets de recherche sur les primates non-humains, visant \u00e0 appliquer en clinique des principes th\u00e9rapeutiques \u00e9labor\u00e9s initialement sur des mod\u00e8les de rongeurs, avant le passage aux essais cliniques. Cela concerne des traitements novateurs visant \u00e0 favoriser la r\u00e9cup\u00e9ration fonctionnelle suite \u00e0 une l\u00e9sion spinale, par exemple, ou encore \u00e0 tenter de traiter la toxicomanie.<\/p>\n<p><strong>Eric Rouiller, ce sujet est toujours tr\u00e8s d\u00e9licat. Comment d\u00e9cide-t-on d\u2019entreprendre ce type de test?<br \/>\n<\/strong>Apr\u00e8s avoir identifi\u00e9 une approche th\u00e9rapeutique prometteuse, \u00e0 partir d\u2019exp\u00e9riences sur les rongeurs, et en vue de paver la voie vers les essais cliniques, le mod\u00e8le du singe reste, dans de nombreux cas, incontournable, tant pour v\u00e9rifier la pertinence du principe th\u00e9rapeutique sur une esp\u00e8ce plus proche de l\u2019humain que pour assurer la s\u00e9curit\u00e9 de ce dernier par rapport au traitement propos\u00e9. Afin d\u2019assurer le financement de telles \u00e9tudes, la valeur scientifique du projet doit \u00eatre reconnue par les instances ad\u00e9quates, comme le\u00a0 Fonds national suisse de la recherche scientifique, par exemple. De plus, toutes les exp\u00e9riences que nous menons ont re\u00e7u une autorisation v\u00e9t\u00e9rinaire par la commission d&rsquo;\u00e9thique <em>ad-hoc<\/em>, du v\u00e9t\u00e9rinaire cantonal et de l\u2019OSAV (Office f\u00e9d\u00e9ral de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et des affaires v\u00e9t\u00e9rinaires). La Suisse est d\u2019ailleurs un des pays les plus strictes au sujet de la protection des animaux et l\u2019exp\u00e9rimentation animale.<\/p>\n<p><strong>Sur quoi portent ces diff\u00e9rentes recherches exactement?<br \/>\n<\/strong>Ces travaux ont, pour la plupart, un point commun: il s\u2019agit de reproduire des commandes motrices provenant du cerveau, interrompues suite \u00e0 une l\u00e9sion de la moelle \u00e9pini\u00e8re, en utilisant des stimulations \u00e9lectriques appliqu\u00e9es, par exemple, au niveau de la moelle \u00e9pini\u00e8re. Ils sont men\u00e9s en \u00e9troite collaboration avec plusieurs laboratoires d\u2019institutions partenaires en Suisse, qui ont ainsi acc\u00e8s au mod\u00e8le du primate non-humain sur le site de Fribourg. La mise en forme ad\u00e9quate de ces stimulations \u00e9lectriques a pour but de recr\u00e9er des patrons de mouvements permettant des actions d\u2019approche et de manipulation avec le membre ant\u00e9rieur ou encore la locomotion avec le membre post\u00e9rieur chez des sujets paralys\u00e9s, suite \u00e0 une l\u00e9sion spinale. Une autre \u00e9tude a, par exemple,\u00a0 pour but de tester l\u2019hypoth\u00e8se que des stimulations \u00e9lectriques appliqu\u00e9es dans une zone sp\u00e9cifique profonde du cerveau seraient \u00e0 m\u00eame de traiter la toxicomanie. Cette technique de stimulation \u00e9lectrique est d\u00e9j\u00e0 utilis\u00e9e couramment en clinique pour traiter des patients parkinsoniens.<strong>\u00a0<\/strong>Il s\u2019agit donc de s\u2019assurer ici que cette approche pourrait \u00e9galement s\u2019appliquer au traitement de la toxicomanie.<\/p>\n<p><strong>Vous allez vraiment injecter de la coca\u00efne \u00e0 ces animaux?<br \/>\n<\/strong>En effet, les animaux seront expos\u00e9s \u00e0 cette substance. Mais il faut pr\u00e9ciser les conditions exactes: les singes recevront des micro-doses de coca\u00efne, qui ne cr\u00e9ent pas une d\u00e9pendance, mais uniquement une pr\u00e9f\u00e9rence par rapport \u00e0 un autre mode de renforcement, dans le cadre d\u2019un essai comportemental. Ce peut \u00eatre, par exemple de l\u2019eau, du jus de fruit ou encore des morceaux de nourriture. La question qui se pose est: la stimulation \u00e9lectrique est-elle capable de renverser cette pr\u00e9f\u00e9rence?<\/p>\n<p><strong>Les animaux souffrent-ils durant ces exp\u00e9riences?<br \/>\n<\/strong>Il faut savoir qu\u2019il n\u2019y a pas de r\u00e9cepteur \u00e0 la douleur dans le cerveau. Nos manipulations sont donc totalement indolores. Ainsi que je viens de le dire, les m\u00e9thodes que nous appliquons sur les singes sont tr\u00e8s proches de ce qui se fait d\u00e9j\u00e0 sur les \u00eatres humains comme, par exemple, les stimulations \u00e9lectriques profondes dans le cerveau.<\/p>\n<p>De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, minimiser la douleur et \u00e9viter la souffrance des animaux de laboratoire est un imp\u00e9ratif \u00e9thique, l\u00e9gal et scientifique. Les animaux de laboratoire sont trait\u00e9s de la m\u00eame mani\u00e8re que les animaux dans une clinique v\u00e9t\u00e9rinaire. Pour leurs interventions chirurgicales, les chercheurs utilisent le m\u00eame type d\u2019anesth\u00e9sie et les m\u00eames analg\u00e9siques que ceux utilis\u00e9s pour les animaux de compagnie.<\/p>\n<p>Il faut aussi relever que, dans nos exp\u00e9riences, les singes ne sont pas sujets \u00e0 des restrictions de nourriture, ni de boisson. Ils ont acc\u00e8s \u00e0 de l\u2019eau \u00e0 volont\u00e9, jour et nuit.<\/p>\n<p><strong>Comment d\u00e9cide-t-on d&rsquo;autoriser ce type d\u2019exp\u00e9rience?<br \/>\n<\/strong>C\u2019est le r\u00f4le de la Commission cantonale d\u2019\u00e9thique et de surveillance de l\u2019exp\u00e9rimentation animale, qui effectue une pes\u00e9e d&rsquo;int\u00e9r\u00eats entre la souffrance des animaux et le progr\u00e8s potentiel pour la sant\u00e9 humaine. Le scientifique qui soumet son projet de recherche doit d\u00e9velopper lui-m\u00eame les arguments qui sous-tendent cette pes\u00e9e d&rsquo;int\u00e9r\u00eats. Celle-ci est ensuite examin\u00e9e et \u00e9valu\u00e9e, voire modifi\u00e9e, par la Commission d\u2019\u00e9thique. La science doit s\u2019engager dans ce d\u00e9bat et se conformer aux conditions cadres, qui,\u00a0en Suisse, sont strictement r\u00e8glement\u00e9es et d\u00e9mocratiquement l\u00e9gitim\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Avec toutes les nouvelles technologies d\u00e9velopp\u00e9es ces derni\u00e8res ann\u00e9es, ne pourrait-on pas faire autrement?<br \/>\n<\/strong>Dans le mesure du possible on essaie de remplacer des exp\u00e9riences animales avec des technologie de plus en plus sophistiqu\u00e9es, par exemple avec les nouvelles techniques d\u2019imagerie 3D, et gr\u00e2ce \u00e0 une planification et des proc\u00e9dures pr\u00e9cises. C\u2019est le principe des 3 R: remplacer, r\u00e9duire, raffiner. Malgr\u00e9 tout, ces m\u00e9thodes\u00a0de remplacement ne suffisent pas \u00e0 ce jour pour obtenir tous les r\u00e9sultats vis\u00e9s par par une telle recherche, orient\u00e9e vers l\u2019application clinique et qui n\u00e9cessite donc une approche de l\u2019organisme entier.<\/p>\n<p>Nos projets de recherche sur les singes ont pour but de d\u00e9velopper des th\u00e9rapies visant \u00e0 mieux r\u00e9cup\u00e9rer de l\u00e9sions c\u00e9r\u00e9brales, comme les AVC, par exemple, des l\u00e9sion de la moelle \u00e9pini\u00e8re; ou encore \u00e0 se lib\u00e9rer de d\u00e9pendances \u00e0 des drogues. Ce sont des syst\u00e8mes infiniment complexes qui requi\u00e8rent le comportement de l&rsquo;individu entier, donc pas rempla\u00e7able par des cultures de cellules ou des simulations informatiques.<\/p>\n<p><strong>A quel moment intervient cette \u00e9tape sur les primates non-humains?<br \/>\n<\/strong>Cette s\u00e9rie de projets ou d&rsquo;exp\u00e9riences en cours dans la Plateforme de neurosciences translationnelles est la derni\u00e8re \u00e9tape avant le passage aux essais cliniques. Le but est de traiter les patients atteints de paralysie motrice, de dysfonctions nerveuses ou encore de toxicomanie. Cela r\u00e9pond donc en tous points \u00e0 la mission de notre Plateforme qui est de permettre des applications cliniques, \u00e0 partir de d\u00e9couvertes prometteuses sur les rongeurs, via le passage, le plus souvent oblig\u00e9, du primate non-humain. A noter que les protocoles exp\u00e9rimentaux conduits sur nos singes sont, pour la plupart, utilis\u00e9s par d&rsquo;autres laboratoires dans le monde.\u00a0 Ils ont \u00e9galement faits l&rsquo;objet de plusieurs publications validant ces mod\u00e8les ou, s\u2019ils sont originaux, ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9crits dans le d\u00e9tail afin de permettre l\u2019\u00e9valuation de leurs impacts sur l\u2019animal par la Commission cantonale d\u2019\u00e9thique.<\/p>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<span style=\"color: #ff6600;\">__________<\/span><\/p>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<ul>\n<li><a href=\"http:\/\/www.unifr.ch\/spccr\/home\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Site <\/a>du Swiss Non-Human Primates Competence Center For Research<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.unifr.ch\/neuro\/rouiller\/assets\/files\/presse\/ufjuin54-562.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Interview <\/a>du professeur Eric Rouiller dans <em>universitas<\/em>, le magazine scientifique de l\u2019Unifr<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.rts.ch\/info\/sciences-tech\/7345308-ces-animaux-qui-meurent-pour-nous-dans-les-laboratoires.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Emission 36\u00b09<\/a>, RTS, consacr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rimentation animale et tourn\u00e9e, entre autres, \u00e0 l&rsquo;Unifr.<\/li>\n<\/ul>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019Universit\u00e9 de Fribourg s\u2019engage depuis plusieurs ann\u00e9es dans la recherche sur les maladies nerveuses, d\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives ou encore sur les dysfonctions suite \u00e0 un traumatisme qui touchent le cerveau ou la moelle \u00e9pini\u00e8re, telles que le Parkinson ou la parapl\u00e9gie. 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