{"id":5561,"date":"2018-01-12T09:51:41","date_gmt":"2018-01-12T08:51:41","guid":{"rendered":"https:\/\/www3.unifr.ch\/alma-georges?p=5561"},"modified":"2018-01-12T12:40:56","modified_gmt":"2018-01-12T11:40:56","slug":"le-memoire-dhistoire-le-plus-austral-du-monde-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/articles\/2018\/le-memoire-dhistoire-le-plus-austral-du-monde-2","title":{"rendered":"Le m\u00e9moire d\u2019histoire le plus austral du monde!"},"content":{"rendered":"<h4><strong>Pour son m\u00e9moire de Master, Paola Garcia Lopes pouvait difficilement voyager plus loin. L\u2019\u00e9tudiante en histoire contemporaine de l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg s\u2019est rendue en juillet dernier \u00e0 l\u2019extr\u00eame sud du Chili et au Br\u00e9sil, sur les traces des \u00e9migrants fribourgeois du XIXe si\u00e8cle.<\/strong><\/h4>\n<p>Quand d\u2019aucuns choisissent un sujet de m\u00e9moire en fonction de sa commodit\u00e9 \u2013 vite fait, bien fait, histoire de parachever rapidement leurs \u00e9tudes \u2013 il en est d\u2019autres qui pr\u00e9f\u00e8rent sauter \u00e0 pieds joints dans la difficult\u00e9. Paola Garcia Lopes est de ceux-l\u00e0, elle qui revient tout juste d\u2019un p\u00e9riple \u00e0 plus de 13&rsquo;000 kilom\u00e8tres de notre Universit\u00e9. Son double terrain de recherche: Nova Friburgo, ville br\u00e9silienne fond\u00e9e par des colons fribourgeois en 1819 et Punta Arenas, bourgade chilienne o\u00f9 d\u00e9barqu\u00e8rent une poign\u00e9e de Fribourgeois dans le dernier quart du XIXe si\u00e8cle. Son m\u00e9moire a pour ambition de d\u00e9couvrir ce que la Suisse a laiss\u00e9 comme empreintes mat\u00e9rielles (noms de rue, monuments comm\u00e9moratifs) et immat\u00e9riels (chants populaires, recettes, souvenirs personnels, etc.).<\/p>\n<p>Revenue de son aventure, Paola pourrait se donner des airs de baroudeuse et, pourtant, \u00e0 nul moment on ne l\u2019entendra se gargariser de son voyage. Elle conc\u00e8de d\u2019ailleurs, presque fataliste, qu\u2019il lui aurait \u00e9t\u00e9 difficile d\u2019aller contre sa propre nature: \u00abJ\u2019aurais, bien s\u00fbr, pu me lancer dans un m\u00e9moire sur une th\u00e9matique locale, mais j\u2019ai besoin de motivation pour produire un travail de qualit\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Dis-moi ce que tu \u00e9tudies, je te dirai qui tu es<br \/>\n<\/strong>La motivation constitue un moteur, bien s\u00fbr, mais le d\u00e9clencheur de ce voyage a des causes bien plus profondes, psychologiques m\u00eame: Paola est le fruit d\u2019une \u00e9migration, mais en sens inverse, puisque son p\u00e8re, br\u00e9silien, a pos\u00e9 ses bagages en Suisse. \u00abIl faudra clairement que j\u2019\u00e9voque cela dans mon travail, reconna\u00eet-elle, car il y a toute la probl\u00e9matique de l\u2019objectivit\u00e9 du chercheur. Je suis d\u2019origine br\u00e9silienne, je suis retourn\u00e9e au Br\u00e9sil pour recr\u00e9er un lien avec mes racines et, sur quoi est-ce que je travaille, sur les retrouvailles et les questions identitaires!\u00bb<\/p>\n<p><strong>Un m\u00e9moire sur&#8230; la m\u00e9moire des descendants des Suisses<br \/>\n<\/strong>Juillet 2017, Paola d\u00e9barque \u00e0 Punta Arenas, pr\u00e8s de 140 ans apr\u00e8s les \u00e9migrants fribourgeois, en plein hiver austral: \u00abTout au long de mon s\u00e9jour, je me suis demand\u00e9 comment ils ont surv\u00e9cu l\u00e0-bas. Moi, avec mes habits et ma voiture, je mourrais de froid!\u00bb<\/p>\n<p>L\u00e0-bas, elle rencontre des Pittet et des Baeriswyl qui, \u00e0 en juger par la physionomie, n\u2019ont rien de fribourgeois. Toutefois, \u00e0 y regarder de plus pr\u00e8s, le temps n\u2019a pas compl\u00e8tement \u00e9rod\u00e9 le substrat helv\u00e9tique. Paola en veut pour preuve une sp\u00e9cialit\u00e9 locale, la tarte \u00e0 la rhubarbe, un dessert qui appartient \u00e0 notre patrimoine culinaire. Un certain souvenir des origines semble \u00e9galement s\u2019\u00eatre transmis de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, dans quelques familles du moins.<\/p>\n<p>A Nova Friburgo, en revanche, il faudrait \u00eatre aveugle pour ignorer l\u2019empreinte helv\u00e9tique. De nombreuses rues portent des noms suisses, on y rencontre des Kolly, des Ouverney (d\u00e9formation du patronyme Overney) et des Murith. Le blason de la ville, lui aussi, trahit les origines fribourgeoises. \u00abJ\u2019y ai m\u00eame entendu un orchestre jouer <em>Le vieux chale<\/em>t\u00bb, s\u2019exclame Paola. Mais l\u00e0 aussi, hormis les patronymes, les g\u00eanes et quelques vestiges mat\u00e9riels, il ne subsiste rien de la Suisse, ni dans le langage, ni dans la culture. Le temps a fait son \u0153uvre.<\/p>\n<p><strong>L\u2019heure de se retrousser les manches est venue<br \/>\n<\/strong>Sur place, Paola a pass\u00e9 auxcrible les archives locales, \u00e9pluch\u00e9 les journaux, et men\u00e9 une s\u00e9rie d\u2019entretiens. L\u2019\u00e9tudiante a compil\u00e9 une quantit\u00e9 impressionnante de documents, dont il faut maintenant extraire la substantifique moelle. \u00abComme je traite d\u2019un sujet un peu flou, celui de l\u2019identit\u00e9 et du souvenir, au final, je ne pourrai pas tirer beaucoup d\u2019informations de toutes ces archives.\u00bb<\/p>\n<p>De peur de se retrouver d\u00e9munie, Paola va encore envoyer des questionnaires \u00e0 six familles dans chacun des pays. \u00abJe ne vais pas leur demander tout de go s\u2019ils se sentent suisses. Je vais voir s\u2019ils c\u00e9l\u00e8brent le 1er ao\u00fbt, s\u2019ils ont men\u00e9 des recherches g\u00e9n\u00e9alogiques ou si leurs parents leur racontaient des histoires sur cette \u00e9migration.\u00bb Et de soupirer en songeant \u00e0 la masse de travail qui l\u2019attend.<\/p>\n<p>Fribourgeoise d\u2019origine br\u00e9silienne partie \u00e9tudier les Br\u00e9siliens d\u2019ascendance suisse, Paola ne savait pas dans quelle \u00abgal\u00e8re\u00bb elle s\u2019embarquait au moment de se lancer dans ce m\u00e9moire. Un voyage au bout d\u2019elle-m\u00eame, aux confins de l\u2019histoire, de son histoire, l\u00e0 o\u00f9 tout a commenc\u00e9.<\/p>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<span style=\"color: #ff6600;\">_________<\/span><\/p>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/lettres.unifr.ch\/fr\/hist\/histoire-des-societes-modernes-et-contemporaines.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Domaine<\/a> Histoire contemporaine<\/li>\n<\/ul>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour son m\u00e9moire de Master, Paola Garcia Lopes pouvait difficilement voyager plus loin. L\u2019\u00e9tudiante en histoire contemporaine de l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg s\u2019est rendue en juillet dernier \u00e0 l\u2019extr\u00eame sud du Chili et au Br\u00e9sil, sur les traces des \u00e9migrants fribourgeois du XIXe si\u00e8cle. 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