{"id":2868,"date":"2016-09-19T12:16:46","date_gmt":"2016-09-19T11:16:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www3.unifr.ch\/alma-georges\/?p=2868"},"modified":"2016-10-12T13:35:48","modified_gmt":"2016-10-12T12:35:48","slug":"bilinguisme-stop-a-langelisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/articles\/2016\/bilinguisme-stop-a-langelisme","title":{"rendered":"Bilinguisme: stop \u00e0 l\u2019ang\u00e9lisme"},"content":{"rendered":"<h4><strong>Pour Raphael Berthele, directeur de l\u2019Institut du plurilinguisme, notre soci\u00e9t\u00e9 a d\u00e9velopp\u00e9 une vision unilat\u00e9rale et id\u00e9alis\u00e9e du bilinguisme qui finit par lui nuire. Le sp\u00e9cialiste en d\u00e9battra lors du prochain Caf\u00e9 scientifique, le mercredi 21 septembre.<\/strong><\/h4>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<p><strong>Raphael Berthele, \u00e0 force de d\u00e9bats, vous avez l\u2019impression que la notion de bilinguisme est aujourd\u2019hui biais\u00e9e\u2026<br \/>\n<\/strong>Le probl\u00e8me, c\u2019est qu\u2019on a d\u00e9velopp\u00e9 une vision na\u00efve du bilinguisme: une personne parfaitement comp\u00e9tente dans deux langues, c\u2019est tr\u00e8s rare. Les politiques \u00e9ducationnelles cherchent \u00e0 atteindre cet esp\u00e8ce de st\u00e9r\u00e9otype id\u00e9al, alors qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9, le bilinguisme se vit de mani\u00e8re extr\u00eamement dynamique et d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e. Nous d\u00e9veloppons nos comp\u00e9tences l\u00e0 o\u00f9 nous en avons besoin. S&rsquo;il vous est n\u00e9cessaire de comprendre l\u2019allemand, mais jamais de l\u2019\u00e9crire, vous d\u00e9velopperez la compr\u00e9hension, mais pas n\u00e9cessairement l\u2019\u00e9crit. Cela peut sembler banal, mais c\u2019est la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Et cette vision fausse le d\u00e9bat\u2026<br \/>\n<\/strong>D\u2019abord, cette notion st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e du bilinguisme place le standard trop haut, c\u2019est pourquoi une politique du bilinguisme qui a pour but d\u2019atteindre la perfection ne peut \u00eatre qu\u2019un \u00e9chec. Ensuite, on a toujours tendance \u00e0 attacher des valeurs tr\u00e8s fortes \u2013 positives ou n\u00e9gatives \u2013 \u00e0 tout ce qui rel\u00e8ve du linguistique. De ce fait, les d\u00e9bats sont extr\u00eamement normatifs. A Fribourg, par exemple, soit\u00a0 on a peur du bilinguisme, parce qu\u2019on craint de se faire germaniser, soit on estime que le bilinguisme est l\u2019ultime objectif de toute bonne \u00e9ducation scolaire ou de toute politique linguistique. Dans les deux cas, je pense qu\u2019on passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>On affirme pourtant m\u00eame que le bilinguisme est bon pour le cerveau. Vous n\u2019\u00eates pas d\u2019accord?<br \/>\n<\/strong>Certaines \u00e9tudes le montrent et d\u2019autres pas. Toute activit\u00e9 cognitive int\u00e9ressante est bonne pour le cerveau: faire du sport, de la musique, lire beaucoup\u2026 Alors, \u00e9videmment, si vous utilisez vos langues dans un contexte complexe, bien s\u00fbr que ce sera bon pour votre cerveau! Mais cela aussi, c\u2019est une banalit\u00e9, n\u2019est-ce pas\u00a0? On a tellement tendance \u00e0 glorifier ce bilinguisme qu\u2019on lui accorde toutes sortes de valeurs ajout\u00e9es. On affirme, par exemple, que parler deux langues est excellent pour la carri\u00e8re\u2026 Pourtant, la Ville de Bienne, r\u00e9put\u00e9e pour sa politique exemplaire en faveur du bilinguisme, pr\u00e9sente le plus haut taux d\u2019assist\u00e9s sociaux de Suisse.<\/p>\n<p><strong>D\u2019o\u00f9 vient alors cette vision si tranch\u00e9e?<\/strong><br \/>\nCette c\u00e9l\u00e9bration, \u00e0 mon avis exag\u00e9r\u00e9e, d\u00e9coule en droite ligne de la pol\u00e9mique qui r\u00e9gnait dans les ann\u00e9es 1970-1980, lorsque le bilinguisme \u00e9tait per\u00e7u par certains comme une sorte d\u2019aberration cognitive. On consid\u00e9rait alors quasiment les bilingues comme des handicap\u00e9s. Aujourd\u2019hui, nous avons compl\u00e8tement bascul\u00e9 de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. Mais cette id\u00e9ologisation de tout ce qui touche aux langues, nous emp\u00eache aussi de prendre suffisamment de recul par rapport au d\u00e9bat.<\/p>\n<p><strong>Quels devraient \u00eatre alors les vrais enjeux du d\u00e9bat?<br \/>\n<\/strong>Le r\u00f4le du chercheur est probablement de montrer que certains pr\u00e9suppos\u00e9s que nous admettons sans r\u00e9fl\u00e9chir sont, en fait, probl\u00e9matiques. Par exemple, l\u2019id\u00e9e que partager une langue cr\u00e9e la coh\u00e9sion sociale est une vision r\u00e9ductrice du lien cr\u00e9\u00e9 par le langage. Bien s\u00fbr, parler la m\u00eame langue facilite l\u2019interaction, mais cela va-t-il automatiquement cr\u00e9er beaucoup de coh\u00e9sion dans un groupe? On sait que ce n\u2019est pas le cas. Partager une langue \u2013 pensez \u00e0 la relation entre Tessinois et Italiens ou entre Suisses-allemands et Allemands \u2013 entra\u00eene aussi souvent la volont\u00e9 de se d\u00e9marquer. La th\u00e9orie selon laquelle parler la m\u00eame langue cr\u00e9e un lien \u00e9troit d\u00e9coule, en fait, de l\u2019id\u00e9ologie nationaliste. \u00a0A mon avis, on surestime le r\u00f4le de la langue. Ce n\u2019est pas elle qui vous fa\u00e7onne, mais vous qui l\u2019utilisez comme un outil pour cr\u00e9er quelque chose. Donc si vous appartenez \u00e0 un r\u00e9seau social ou professionnel qui n\u00e9cessite la ma\u00eetrise d\u2019une langue particuli\u00e8re, quelle qu\u2019elle soit, vous d\u00e9velopperez cette ma\u00eetrise, selon vos facult\u00e9s. Combien d\u2019entre nous n\u2019ont rien retir\u00e9 de l\u2019apprentissage d\u2019une deuxi\u00e8me langue durant leur scolarit\u00e9, mais l\u2019ont apprise en quelque mois \u00e0 l\u2019arm\u00e9e ou \u00e0 l\u2019occasion de leur apprentissage. Encore une fois, c\u2019est dans un contexte naturel que les comp\u00e9tences se d\u00e9velopperont selon les besoins.<\/p>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<p><span style=\"color: #ff6600;\">__________<\/span><\/p>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<ul>\n<li><a href=\"http:\/\/www.institut-plurilinguisme.ch\/fr\/collaborateurs\/direction\/Raphael-Berthele\" target=\"_blank\">Page de Raphael Berthele<\/a><\/li>\n<li><a href=\"http:\/\/events.unifr.ch\/cafes-scientifiques\" target=\"_blank\">Site des caf\u00e9s scientifiques de l\u2019Unifr<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour Raphael Berthele, directeur de l\u2019Institut du plurilinguisme, notre soci\u00e9t\u00e9 a d\u00e9velopp\u00e9 une vision unilat\u00e9rale et id\u00e9alis\u00e9e du bilinguisme qui finit par lui nuire. Le sp\u00e9cialiste en d\u00e9battra lors du prochain Caf\u00e9 scientifique, le mercredi 21 septembre. Raphael Berthele, \u00e0 force de d\u00e9bats, vous avez l\u2019impression que la notion de bilinguisme est aujourd\u2019hui biais\u00e9e\u2026 Le probl\u00e8me, c\u2019est qu\u2019on a d\u00e9velopp\u00e9 une vision na\u00efve du bilinguisme: une personne parfaitement comp\u00e9tente dans deux langues, c\u2019est tr\u00e8s rare. Les politiques \u00e9ducationnelles cherchent \u00e0 atteindre cet esp\u00e8ce de st\u00e9r\u00e9otype id\u00e9al, alors qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9, le bilinguisme se vit de mani\u00e8re extr\u00eamement dynamique et d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e. 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