{"id":23613,"date":"2026-09-04T10:34:43","date_gmt":"2026-09-04T09:34:43","guid":{"rendered":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges?p=23613"},"modified":"2026-09-04T10:39:00","modified_gmt":"2026-09-04T09:39:00","slug":"le-tilleul-de-morat-est-mort-vive-le-tilleul-de-morat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/articles\/2026\/le-tilleul-de-morat-est-mort-vive-le-tilleul-de-morat","title":{"rendered":"Le tilleul de Morat est mort, vive le tilleul de Morat!"},"content":{"rendered":"<h4><strong>Un nouveau descendant du l\u00e9gendaire tilleul de Morat prend racine dans le quartier du Bourg, \u00e0 Fribourg. Il est le fruit d\u2019un sauvetage entrepris il y a plus de cinquante ans. <div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div><\/strong><\/h4>\n<p>Le patrimoine g\u00e9n\u00e9tique du l\u00e9gendaire tilleul de Morat se porte comme un charme. Et plut\u00f4t 30 fois qu\u2019une! Les boutures r\u00e9alis\u00e9es dans les ann\u00e9es 1970 par le Jardin botanique de l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg prosp\u00e8rent jusque dans les jardins du pape \u00e0 Castel Gandolfo. Le dernier rejeton authentifi\u00e9 a \u00e9t\u00e9 plant\u00e9 ce printemps \u00e0 l\u2019intersection de la route et de la rue des Alpes, \u00e0 Fribourg, \u00e0 l\u2019occasion des 550 ans de la bataille de Morat. Mais ce n\u2019\u00e9tait pas gagn\u00e9 d\u2019avance.<\/p>\n<p>Le bouturage d\u2019un arbre pluricentenaire \u00e0 la sant\u00e9 chancelante est une op\u00e9ration al\u00e9atoire. Une exposition en plein air retrace l\u2019histoire de l\u2019arbre embl\u00e9matique et le sauvetage de son patrimoine g\u00e9n\u00e9tique. R\u00e9alis\u00e9e par la Ville de Fribourg, en collaboration avec le Jardin botanique, elle a \u00e9t\u00e9 inaugur\u00e9e en juin, lors de la plantation de la nouvelle pousse, et restera visible jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9dition 2026 de la course Morat-Fribourg, le 4 octobre.<\/p>\n<p><strong>L\u2019Universit\u00e9 \u00e0 la rescousse<br \/>\n<\/strong>D\u00e8s les ann\u00e9es 1960, l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 du v\u00e9n\u00e9rable tilleul \u00e9tait devenu pr\u00e9occupant. Enserr\u00e9 au milieu de la route des Alpes, il subissait la densification du trafic et la pollution. Les jardiniers de la ville essaient d\u2019abord de le revitaliser en lui injectant de l\u2019engrais. En 1969, Jakob Gauch, chef jardinier de l\u2019Institut de botanique de l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg, alerte ses coll\u00e8gues de la Soci\u00e9t\u00e9 suisse de dendrologie \u00e0 propos de la sant\u00e9 du vieux tilleul. Il y a urgence: pour le sauver, il faut le multiplier. De jeunes rameaux sont pr\u00e9lev\u00e9s et greff\u00e9s \u00e0 des tilleuls sains, sans grand succ\u00e8s.<\/p>\n<p>A l\u2019approche des 500 ans de la victoire des Conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s sur Charles le T\u00e9m\u00e9raire, la pression augmente pour offrir un avenir \u00e0 ce t\u00e9moin feuillu et l\u00e9gendaire. L\u2019Institut de botanique de l\u2019Universit\u00e9 est sollicit\u00e9. Sur recommandation du professeur Hans Meier, alors chef de l\u2019Institut, des essais de bouturage sont men\u00e9s d\u00e8s 1973. La technique a l\u2019avantage de pr\u00e9server le patrimoine g\u00e9n\u00e9tique du tilleul originel.<\/p>\n<p>Un assistant-docteur, le p\u00e8re Alo\u00efs Schmid, dirige les op\u00e9rations. Il venait d\u2019achever une th\u00e8se de doctorat sur le sujet du bouturage et le r\u00f4le des hormones dans ce processus. \u00abC\u2019\u00e9tait les d\u00e9buts de l\u2019utilisation des hormones de synth\u00e8se pour une telle op\u00e9ration, explique Alain M\u00fcller, actuel responsable technique du Jardin botanique de l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg. Le p\u00e8re Schmid a proc\u00e9d\u00e9 par une technique de trempage rapide, quelques secondes, dans un liquide concentr\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Booster aux hormones<br \/>\n<\/strong>Le bouturage du tilleul est possible, m\u00eame si l\u2019essence ne compte pas parmi les plus faciles \u00e0 multiplier de cette mani\u00e8re. Et plus l\u2019arbre vieillit, moins ses tissus sont capables de se reprogrammer pour produire des racines. Le traitement hormonal permet de stimuler cette capacit\u00e9.<\/p>\n<p>Pour le vieux tilleul de Morat, les essais du p\u00e8re Schmid, men\u00e9s \u00e0 des fins de sauvegarde plut\u00f4t que dans le cadre d\u2019une recherche scientifique, n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 document\u00e9s dans le d\u00e9tail. \u00abDes traces \u00e9crites existent: il explique son mode op\u00e9ratoire, mais il n\u2019y pr\u00e9cise ni le dosage des hormones ni le temps de trempage\u00bb, rel\u00e8ve Alain M\u00fcller.<\/p>\n<p>\u00abJe plonge ensuite ces fragments dans des solutions hormonales de compositions et de concentrations diff\u00e9rentes. J\u2019utilise principalement l\u2019acide indolylbutyrique, seul ou en m\u00e9lange avec d\u2019autres hormones. [\u2026] en variant l\u2019application des hormones\u00bb, d\u00e9crit le p\u00e8re Schmid dans un article publi\u00e9 dans le Bulletin de la Soci\u00e9t\u00e9 fribourgeoise des sciences naturelles, en 1975.<\/p>\n<p><strong>Patrimoine sauv\u00e9 et essaim\u00e9<br \/>\n<\/strong>Le succ\u00e8s, lui, est au rendez-vous. Le 25 septembre 1974, le Conseil communal de Fribourg annonce \u00e0 la presse que la culture des boutures est une r\u00e9ussite. Reste \u00e0 les faire pousser. Le p\u00e8re Schmid poursuit sa mission, avec l\u2019aide du chef jardinier de l\u2019Institut de botanique, Jakob Gauch, et de celui de la ville de Fribourg, Jean Wieland. En 1975, les jeunes tilleuls les plus vigoureux mesurent 60 centim\u00e8tres. Quatre ans plus tard, ce sont des arbres robustes de quatre m\u00e8tres de haut. La post\u00e9rit\u00e9 du tilleul de Morat est assur\u00e9e.<\/p>\n<p>L\u2019arbre originel, lui, survit tant bien que mal et passe le demi-mill\u00e9naire de la bataille de Morat. Un v\u00e9hicule finit par le renverser en 1983. Pour le remplacer, une bouture est plant\u00e9e sur la place de l\u2019H\u00f4tel-de-Ville. Quant \u00e0 l\u2019emplacement historique de l\u2019arbre, au centre de la route des Alpes, il est marqu\u00e9 par une sculpture.<\/p>\n<p>Par mesure de pr\u00e9caution, Alo\u00efs Schmid avait multipli\u00e9 les boutures. Certaines ont \u00e9t\u00e9 offertes par la Ville de Fribourg, notamment \u00e0 Morat, \u00e0 Bulle, \u00e0 Grandson ou encore aux abords de la \u00abVoie Suisse\u00bb, au sud du lac des Quatre-Cantons. Une autre prosp\u00e8re m\u00eame dans les jardins pontificaux de Castel Gandolfo, en Italie. Elle avait \u00e9t\u00e9 offerte lors de la visite du pape Jean-Paul II, en 1984.<\/p>\n<p>Le p\u00e8re Schmid a lui aussi fait des donations \u00e0 des communes qui lui \u00e9taient ch\u00e8res. \u00abIl y a peut-\u00eatre eu une trentaine de boutures, ajoute Alain M\u00fcller. On a sans doute perdu la trace de certaines d\u2019entre elles.\u00bb Le Jardin botanique a \u00e9tabli une liste pour tenter d\u2019en localiser un maximum.<\/p>\n<p><strong>556 ans d\u2019histoire<br \/>\n<\/strong>Quant \u00e0 la l\u00e9gende, elle rapporte qu\u2019un messager aurait \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 par les Conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s pour annoncer leur victoire contre Charles le T\u00e9m\u00e9raire lors de la bataille de Morat, en 1476. Arriv\u00e9 sur la place de l\u2019H\u00f4tel-de-Ville, il aurait annonc\u00e9 la bonne nouvelle avant de s\u2019\u00e9crouler. La branche de tilleul qu\u2019il portait aurait \u00e9t\u00e9 plant\u00e9e \u00e0 l\u2019endroit m\u00eame de sa mort, en souvenir de cette victoire.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, le tilleul de Morat \u00e9tait l\u00e9g\u00e8rement plus ancien que les guerres de Bourgogne. Des \u00e9crits mentionnent sa plantation en 1470. Le lien entre le tilleul et la bataille de Morat appara\u00eet, lui, pour la premi\u00e8re fois dans un r\u00e9cit de voyage, en 1720. D\u2019autres \u00e9crivains et po\u00e8tes participeront \u00e0 la propagation du mythe, parmi eux: Voltaire, en 1755, et Alexandre Dumas, en 1834.<\/p>\n<p>Le dernier rejeton authentifi\u00e9 de l\u2019arbre historique a \u00e9t\u00e9 offert par le Jardin botanique \u00e0 la Ville de Fribourg en juin, \u00e0 l\u2019occasion du 550e anniversaire de la bataille de Morat. Plant\u00e9 \u00e0 la jonction de la route des Alpes et de la rue des Alpes, il trouve sa place dans le quartier historique du Bourg, non loin de l\u2019H\u00f4tel-de-Ville. Il renforce ainsi, au c\u0153ur de la ville, une m\u00e9moire arbor\u00e9e que perp\u00e9tue \u00e9galement la course Morat-Fribourg.<\/p>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<span style=\"color: #ff6600;\">_______<br \/>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ul>\n<li><span style=\"color: #000000;\">Exposition temporaire en plein air, visible jusqu\u2019au 4 octobre 2026, \u00e0 la jonction de la route des Alpes et de la rue des Alpes, \u00e0 Fribourg<\/span><\/li>\n<li><span style=\"color: #000000;\">Photo: Le p\u00e8re Alo\u00efs Schmid, ici admirant des boutures de feuillus, venait de terminer une th\u00e8se portant sur le bouturage des feuillus indig\u00e8nes lorsque la ville a sollicit\u00e9 l\u2019appui de l\u2019Universit\u00e9 pour sauver le tilleul de Morat \u00a9 Jardin botanique de l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg<\/span><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un nouveau descendant du l\u00e9gendaire tilleul de Morat prend racine dans le quartier du Bourg, \u00e0 Fribourg. 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