{"id":22841,"date":"2025-12-17T08:18:38","date_gmt":"2025-12-17T07:18:38","guid":{"rendered":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges?p=22841"},"modified":"2025-12-17T08:18:06","modified_gmt":"2025-12-17T07:18:06","slug":"plaidoyer-pour-une-histoire-polyphonique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/articles\/2025\/plaidoyer-pour-une-histoire-polyphonique","title":{"rendered":"Plaidoyer pour une histoire polyphonique"},"content":{"rendered":"<h4><strong>C\u2019est peu dire que Sara Petrella et Myl\u00e8ne Steity appr\u00e9cient le travail d\u2019\u00e9quipe. Les deux historiennes de l\u2019art de l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg sont les instigatrices de l\u2019ouvrage collectif ABC arts &amp; mus\u00e9es. Histoire coloniale et voix autochtone. Cet ab\u00e9c\u00e9daire, qui \u00e9claire les rapports entre mus\u00e9es, arts et colonialisme, se fait fort de donner la parole \u00e0 une cinquantaine de personnes de tous horizons. <div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<\/strong><\/h4>\n<p>En guise de propos liminaires, Sara Petrella met d\u2019embl\u00e9e les choses au clair: \u00abL\u2019histoire n\u2019\u00e9tant jamais neutre, nous sommes d\u2019avis qu\u2019il convient de multiplier les points de vue pour en comprendre toute la complexit\u00e9.\u00bb Et la collaboratrice scientifique de l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg de citer l\u2019Invention du Nouveau Monde telle que la racontaient les manuels scolaires: \u00abD\u2019\u00e9crire \u201c1492, Christophe Colomb d\u00e9couvre l\u2019Am\u00e9rique\u201d, ce n\u2019est juste plus possible aujourd\u2019hui!\u00bb Il est vrai que cet \u00e9v\u00e9nement historique, celui des \u00abgrandes d\u00e9couvertes\u00bb, a jusqu\u2019\u00e0 peu \u00e9t\u00e9 relat\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re unilat\u00e9rale et europ\u00e9ocentr\u00e9. Ce n\u2019est que tr\u00e8s r\u00e9cemment que les historien\u00b7ne\u00b7s ont commenc\u00e9 \u00e0 prendre en compte l\u2019exp\u00e9rience des populations autochtones dans la relation de cet \u00e9v\u00e9nement si cataclysmique pour elles. Ce courant historiographique, d\u00e9sign\u00e9 sous le terme de postcolonial, a pour ambition d\u2019\u00e9crire l\u2019histoire de mani\u00e8re plus inclusive.<\/p>\n<p><strong>Un colloque qui donne le la<br \/>\n<\/strong>Au diapason de ce constat, les deux chercheuses avaient organis\u00e9 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Neuch\u00e2tel, en 2022, des journ\u00e9es doctorales sur le th\u00e8me de la d\u00e9colonisation des mus\u00e9es. \u00abNous y avions convi\u00e9 non seulement des chercheuses et chercheurs, mais aussi des personnes hors s\u00e9rail acad\u00e9mique ainsi que des intervenant\u00b7e\u00b7s venu\u00b7e\u00b7s des quatre coins de la plan\u00e8te: Congo, Canada, Br\u00e9sil, etc.\u00bb, se rem\u00e9more Myl\u00e8ne Steity. Un \u00abcasting\u00bb tr\u00e8s large dict\u00e9 par un principe auquel elles tiennent comme \u00e0 la prunelle de leurs yeux: celui de \u00abplurivocit\u00e9 de l\u2019histoire\u00bb, meilleure fa\u00e7on, selon elles, de lever les \u0153ill\u00e8res. Le ton \u00e9tait donn\u00e9.<\/p>\n<p><strong>B.a.-ba de l\u2019ab\u00e9c\u00e9daire<br \/>\n<\/strong>Comme il est souvent l\u2019usage apr\u00e8s les colloques, les deux chercheuses d\u00e9cident de garder une trace des th\u00e9matiques abord\u00e9es. L\u2019ab\u00e9c\u00e9daire leur appara\u00eet vite comme le choix \u00e9ditorial laissant la plus grande marge de man\u0153uvre: \u00abD\u2019une part, ce format nous permet d\u2019accueillir tous les mots, du moment qu\u2019ils sont li\u00e9s \u00e0 la th\u00e9matique de la d\u00e9colonisation; de l\u2019autre, le r\u00e9cit n\u2019\u00e9tant pas lin\u00e9aire, nous pouvons donner une tribune \u00e0 de nombreuses personnes.\u00bb<\/p>\n<p>Et, de fait, leur ab\u00e9c\u00e9daire ressemble \u00e0 un v\u00e9ritable patchwork, mais dont tous les morceaux dessinent une seule et m\u00eame histoire. Ainsi, on trouvera, par exemple, trois entr\u00e9es \u00e0 la lettre A: l\u2019une pour \u00abAlphabet\u00bb, au sujet d\u2019un alphabet jug\u00e9 raciste peint sur le mur d\u2019une \u00e9cole bernoise, la seconde pour \u00abAmazone\u00bb, sur les m\u00e9moires des Agooji\u00e9e, r\u00e9giment militaire f\u00e9minin du Royaume du Dahomey, et, le troisi\u00e8me, pour \u00abArchives\u00bb, o\u00f9 il est question d\u2019un fonds d\u2019archives documentant le parcours de femmes africaines vers l\u2019\u00e9criture.<\/p>\n<p><strong>Des mus\u00e9es bient\u00f4t exsangues?<br \/>\n<\/strong>Plusieurs entr\u00e9es de l\u2019ab\u00e9c\u00e9daire abordent \u00e9galement le th\u00e8me de la \u00abd\u00e9colonisation des mus\u00e9es\u00bb et de la restitution des objets vol\u00e9s qui en d\u00e9coule. \u00abOn me demande tr\u00e8s souvent si nos institutions mus\u00e9ales risquent de se vider, r\u00e9agit Sara Petrella, mais cette crainte est compl\u00e8tement infond\u00e9e! Il faut savoir que seul 3 \u00e0 4% des objets d\u2019une collection sont visibles, le reste se trouve en r\u00e9serve et il ne sera donc jamais possible de tout restituer.\u00bb Mieux encore, \u00e0 en croire les deux historiennes de l\u2019art, toutes les demandes de restitution constituent pour les mus\u00e9es de formidables opportunit\u00e9s de se renouveler. \u00abAu Mus\u00e9e d\u2019ethnographie de Gen\u00e8ve, la restitution de deux objets avait occasionn\u00e9 plusieurs jours de c\u00e9r\u00e9monies, se rem\u00e9more Sara Petrella, il y avait des repr\u00e9sentant\u00b7e\u00b7s des communaut\u00e9s sources, des journalistes, des reportages \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. Les autochtones \u00e9taient si heureux qu\u2019ils avaient m\u00eame offert des objets en \u00e9change. Le mus\u00e9e y a beaucoup gagn\u00e9 et, surtout, a \u00e9tabli une relation qui va durer!\u00bb<\/p>\n<p><strong>Casting \u00e9clectique et \u00e9thique<br \/>\n<\/strong>En compl\u00e9ment de l\u2019usuel appel \u00e0 contributions, les chercheuses ont contact\u00e9 des personnes de confiance pour nourrir leur ouvrage de perspectives vari\u00e9es: artistes et repr\u00e9sentant\u00b7e\u00b7s des communaut\u00e9s autochtones, historien\u00b7ne\u00b7s, directeurs\u00b7trices de mus\u00e9e, arch\u00e9ologues, po\u00e8tes, \u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s,\u00a0 etc. Le faisceau s\u2019est ensuite tout naturellement \u00e9largi par bouche-\u00e0-oreille. \u00abDans le fond, nous nous sommes dit que plus on est de fous plus on rit, souligne Myl\u00e8ne Steity, et, surtout, pas besoin d\u2019\u00eatre professeur\u00b7e d\u2019universit\u00e9 pour avoir son mot \u00e0 dire!\u00bb Ultime crit\u00e8re de s\u00e9lection: les contributeurs\u00b7trices se devaient de respecter une certaine \u00e9thique de travail: \u00abNous souhaitions des personnes qui traitent correctement leurs coll\u00e8gues, des personnes honn\u00eates, qui ne cachent rien.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Une approche empreinte d\u2019humilit\u00e9<br \/>\n<\/strong>Loin de se consid\u00e9rer comme le pinacle de l\u2019\u00e9volution historiographique, les deux historiennes de l\u2019art reconnaissent volontiers que leur travail pourra aussi, un jour, pr\u00eater flanc \u00e0 la critique. \u00abDemain, on nous reprochera nos travers ou nos biais, reconna\u00eet Myl\u00e8ne Steity, ce que nous avons fait est un \u00e9tat des lieux. Pour nous, l\u2019histoire implique \u00e9galement de savoir s\u2019arr\u00eater et laisser l\u2019autre poursuivre ou terminer le r\u00e9cit \u00e0 notre place, se donner la parole les uns les autres. Ecoli\u00e8re, c\u2019est ce que je ne retrouvais pas dans mes manuels scolaires.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Par-del\u00e0 de la tour d\u2019ivoire acad\u00e9mique<br \/>\n<\/strong>Fi\u00e8res du r\u00e9sultat final, heureuses de ces collaborations fructueuses et des liens cr\u00e9\u00e9s, Sara Petrella et Myl\u00e8ne Steity n\u2019ont pas tout \u00e0 fait mis un point final \u00e0 cet ab\u00e9c\u00e9daire. Elles souhaitent d\u00e9sormais cr\u00e9er une exposition virtuelle sur le th\u00e8me des arts et mus\u00e9es, toujours dans une perspective inclusive et didactique, avec des artistes autochtones et des chercheuses et chercheurs. \u00abNotre r\u00eave, c\u2019est que cette plateforme num\u00e9rique soit en libre acc\u00e8s pour toutes et pour tous, pas uniquement pour les sp\u00e9cialistes\u00bb, concluent les deux chercheuses.<\/p>\n<p>Petrella, S., &amp; Steity, M. (dirs.). (2025). <a href=\"http:\/\/ABC arts &amp; mus\u00e9es: Histoire coloniale et voix autochtones.\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ABC arts &amp; mus\u00e9es: Histoire coloniale et voix autochtones.<\/a> Zurich-Gen\u00e8ve : \u00c9ditions Seismo.<br \/>\nPetrella, S., &amp; Steity, M. (dirs.). (2025). ABC Arts &amp; Museums: Colonial History and Indigenous Voices. Berlin: De Gruyter (\u00e0 para\u00eetre 2025).<br \/>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<span style=\"color: #ff6600;\">_________<\/span><\/p>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/www.unifr.ch\/directory\/fr\/people\/367255\/09a86\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Sara Petrella<\/a> est historienne des arts \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg. Apr\u00e8s une th\u00e8se de doctorat \u00e0 Gen\u00e8ve, elle a travaill\u00e9 dans plusieurs universit\u00e9s en Suisse et au Canada, tout en participant \u00e0 des projets culturels aupr\u00e8s de mus\u00e9es, centres culturels autochtones et ONG.<\/li>\n<li>Myl\u00e8ne Steity est doctorante en mus\u00e9ologie et historienne de l\u2019art dipl\u00f4m\u00e9e de l\u2019Universit\u00e9 de Neuch\u00e2tel. Elle travaille en qualit\u00e9 de charg\u00e9e de recherche \u00e0 la Direction g\u00e9n\u00e9rale de la culture de l\u2019Etat de Vaud et collabore avec plusieurs institutions mus\u00e9ales suisses.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est peu dire que Sara Petrella et Myl\u00e8ne Steity appr\u00e9cient le travail d\u2019\u00e9quipe. Les deux historiennes de l\u2019art de l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg sont les instigatrices de l\u2019ouvrage collectif ABC arts &amp; mus\u00e9es. Histoire coloniale et voix autochtone. Cet ab\u00e9c\u00e9daire, qui \u00e9claire les rapports entre mus\u00e9es, arts et colonialisme, se fait fort de donner la parole \u00e0 une cinquantaine de personnes de tous horizons. 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