{"id":22732,"date":"2025-11-18T11:01:33","date_gmt":"2025-11-18T10:01:33","guid":{"rendered":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges?p=22732"},"modified":"2025-11-18T11:01:51","modified_gmt":"2025-11-18T10:01:51","slug":"les-bacteries-font-toujours-de-la-resistance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/articles\/2025\/les-bacteries-font-toujours-de-la-resistance","title":{"rendered":"Les bact\u00e9ries font (toujours) de la r\u00e9sistance"},"content":{"rendered":"<h4><strong>De mieux en mieux connue et combattue, l\u2019antibior\u00e9sistance continue n\u00e9anmoins \u00e0 faire des ravages \u00e0 travers la plan\u00e8te. Le point sur les nouvelles approches avec Laurent Poirel, le directeur du NARA. <div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div><\/strong><\/h4>\n<p>Les ann\u00e9es se suivent et se ressemblent. Du 18 au 24 novembre 2025, la Semaine mondiale pour un bon usage des antibiotiques encourage une fois de plus les professionnel\u00b7le\u00b7s de la sant\u00e9 \u2013 mais aussi les d\u00e9cideurs\u00b7euses et le grand public \u2013 \u00e0 adopter de bonnes pratiques en la mati\u00e8re. Cet appel a-t-il encore du sens? Malheureusement oui, estiment les sp\u00e9cialistes.<\/p>\n<div id=\"attachment_22728\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Poirel-scaled.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-22728\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-22728\" src=\"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Poirel-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Poirel-300x300.jpg 300w, https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Poirel-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Poirel-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Poirel-768x768.jpg 768w, https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Poirel-1536x1536.jpg 1536w, https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Poirel-2048x2048.jpg 2048w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-22728\" class=\"wp-caption-text\">Laurent Poirel<br \/>\u00a9 St\u00e9phane Schmutz \/ STEMUTZ.COM<\/p><\/div>\n<p>Certes, le ph\u00e9nom\u00e8ne de la r\u00e9sistance aux antibiotiques est plus largement connu et m\u00e9diatis\u00e9 qu\u2019il y a 10 ans, observe Laurent Poirel. De m\u00eame, la progression galopante de l\u2019antibior\u00e9sistance \u00abs\u2019est un peu calm\u00e9e\u00bb, admet le directeur du NARA, le Centre national de r\u00e9f\u00e9rence pour la d\u00e9tection pr\u00e9coce et la surveillance de nouvelles r\u00e9sistances aux antibiotiques. Une structure qui, pour m\u00e9moire, est affili\u00e9e \u00e0 la Section de m\u00e9decine de l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg. Mais ce fl\u00e9au, que l\u2019on surnomme parfois \u00abmenace fant\u00f4me\u00bb ou \u00abpand\u00e9mie silencieuse\u00bb, est toujours en augmentation.<\/p>\n<p><strong>Un cercle vicieux<br \/>\n<\/strong>Petit rappel contextuel pour commencer. \u00abLes bact\u00e9ries r\u00e9sistantes aux antibiotiques sont un ph\u00e9nom\u00e8ne naturel, qui n\u2019est pas probl\u00e9matique en soi car dans des conditions normales, elles restent minoritaires.\u00bb Le hic? Lorsque les antibiotiques sont trop ou mal utilis\u00e9s, et que les conditions d\u2019hygi\u00e8nes ne sont pas optimales, ces bact\u00e9ries r\u00e9sistantes prolif\u00e8rent. Le chercheur cite l\u2019exemple de pays dans lesquels les antibiotiques sont disponibles sans ordonnance en pharmacie, voire dans le commerce de d\u00e9tail, et parfois ing\u00e9r\u00e9s pour traiter un simple refroidissement.<\/p>\n<p>\u00abTant que les gens ne bougaient pas trop, l\u2019antibior\u00e9sistance \u00e9tait canalis\u00e9e \u00e0 une \u00e9chelle locale. Il y a une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, les migrations, mais aussi les voyages, se sont intensifi\u00e9s.\u00bb Les bact\u00e9ries r\u00e9sistantes ont ainsi commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre diss\u00e9min\u00e9es aux quatre coins de la Plan\u00e8te, y compris dans des pays beaucoup plus restrictifs en mati\u00e8re de prescriptions d\u2019antibiotiques \u2013 et plus stricts en mati\u00e8re d\u2019hygi\u00e8ne &#8211; tels que la Suisse. D\u2019isol\u00e9e, la probl\u00e9matique est devenue globale.<\/p>\n<p>\u00abIl existe un r\u00e9servoir de pays et r\u00e9gions bien identifi\u00e9s, dont l\u2019Inde, le Pakistan, l\u2019Afrique du Nord, l\u2019Asie du Sud-Est ou encore les Balkans, o\u00f9 l\u2019antibior\u00e9sistance est particuli\u00e8rement forte\u00bb, poursuit le sp\u00e9cialiste. Or, les personnes qui migrent le plus sont souvent issues de ces m\u00eames pays et r\u00e9gions, \u00abdans lesquels les conditions sanitaires sont par ailleurs souvent insuffisantes\u00bb. On fait donc face \u00e0 un cercle vicieux.<\/p>\n<p>Laurent Poirel tient \u00e0 pr\u00e9ciser qu\u2019il n\u2019est pas question de jeter la pierre aux mauvais \u00e9l\u00e8ves. \u00abOn peut comprendre que dans des pays en guerre, qui font face \u00e0 des catastrophes naturelles \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition ou dont le niveau socio-\u00e9conomique est bas, le \u2018bon usage\u2019 des antibiotiques ne soit pas consid\u00e9r\u00e9 comme une priorit\u00e9.\u00bb Reste qu\u2019une fois que les bact\u00e9ries r\u00e9sistantes deviennent pr\u00e9dominantes, \u00abil est tr\u00e8s difficile d\u2019emp\u00eacher leur diss\u00e9mination, notamment dans les h\u00f4pitaux\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Nouvelles mol\u00e9cules, nouvelles approches<br \/>\n<\/strong>Par sa mission de vigilance, le NARA contribue justement \u00e0 \u00e9viter que de telles bact\u00e9ries ne se propagent en Suisse, surtout lorsqu\u2019il s\u2019agit de souches multir\u00e9sistantes (BMR), qui sont consid\u00e9r\u00e9es comme des menaces majeures en terre helv\u00e9tique. Le centre cr\u00e9\u00e9 en 2017 \u00e0 Fribourg fait figure d\u2019expert centralis\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire que \u00ables laboratoires du pays ont l\u2019obligation de nous envoyer \u00e0 des fins d\u2019analyse et de surveillance les BMR qu\u2019ils identifient\u00bb.<\/p>\n<p>La structure, qui dispose d\u2019un deuxi\u00e8me site au CHUV et collabore avec l\u2019H\u00f4pital universitaire de Zurich, est \u00e9galement en mesure de proposer des tests de sensibilit\u00e9 pour les nouveaux antibiotiques. Ce en particulier lorsque les m\u00e9thodes correspondantes ne sont pas encore disponibles dans les laboratoires de r\u00e9f\u00e9rence. \u00abIl y a une dizaine d\u2019ann\u00e9es, la situation \u00e9tait un peu cauchemardesque puisque le d\u00e9veloppement de nouvelles mol\u00e9cules ne suivait pas la cadence par rapport \u00e0 la hausse de la r\u00e9sistance des bact\u00e9ries.\u00bb Heureusement, \u00ables choses sont en train de changer et des antibiotiques prometteurs arrivent sur le march\u00e9\u00bb.<\/p>\n<p>Tous les espoirs ne reposent n\u00e9anmoins pas sur la d\u00e9couverte de nouvelles mol\u00e9cules antibiotiques \u00e9chappant aux m\u00e9canismes de r\u00e9sistance existants, qui sont difficiles \u00e0 mettre au point, souligne Laurent Poirel. D\u2019autres approches de plus en plus pouss\u00e9es sont \u00e9valu\u00e9es en parall\u00e8le \u00e0 l\u2019\u00e9chelle internationale, par exemple le recours \u00e0 des inhibiteurs d\u2019enzymes afin de pallier le probl\u00e8me de la d\u00e9gradation des antibiotiques par ces enzymes. \u00abCe proc\u00e9d\u00e9 pourrait permettre de donner une nouvelle vie \u00e0 certains antibiotiques devenus obsol\u00e8tes.\u00bb<\/p>\n<p>Des vaccins (permettant de pr\u00e9venir les infections caus\u00e9es par les bact\u00e9ries r\u00e9sistantes) sont \u00e9galement \u00e0 l\u2019\u00e9tude. \u00abLa recherche \u00e0 ce sujet, qui est tr\u00e8s compliqu\u00e9e en raison de la vitesse des mutations, prendra encore beaucoup de temps\u00bb, pr\u00e9dit cependant l\u2019observateur.<\/p>\n<p><strong>Des virus exterminateurs de bact\u00e9ries<br \/>\n<\/strong>Un autre outil th\u00e9rapeutique &#8211; connu depuis longtemps mais laiss\u00e9 de c\u00f4t\u00e9 durant des d\u00e9cennies en raison notamment de la popularit\u00e9 des antibiotiques &#8211; refait parler de lui: la phagoth\u00e9rapie. Son principe? Utiliser des phages, \u00e0 savoir des virus qui ciblent sp\u00e9cifiquement les bact\u00e9ries sans attaquer les cellules humaines. Concr\u00e8tement, les phages se fixent \u00e0 la surface des bact\u00e9ries, dans lesquelles ils injectent leur patrimoine g\u00e9n\u00e9tique, leur permettant de se multiplier. Les jeunes phages ainsi cr\u00e9\u00e9s d\u00e9truisent alors les bact\u00e9ries de l\u2019int\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Dans notre pays, la th\u00e9rapie par les phages n\u2019est pas autoris\u00e9e, sauf en cas d\u2019urgence \u00e0 titre de dernier recours, c\u2019est-\u00e0-dire en cas d\u2019\u00e9chec des traitements traditionnels. Le cas \u00e9ch\u00e9ant, des r\u00e8gles tr\u00e8s strictes encadrent son utilisation. Le Forum Phagoth\u00e9rapie, qui a d\u00e9marr\u00e9 ses activit\u00e9s en 2025 gr\u00e2ce \u00e0 un soutien Agora du Fonds national suisse, vise justement \u00e0 d\u00e9battre d\u2019un \u00e9ventuel assouplissement de la l\u00e9gislation \u00e0 ce sujet.<\/p>\n<p>\u00abLa phagoth\u00e9rapie est complexe car la majorit\u00e9 des phages sont sp\u00e9cifiques, donc ne combattent qu\u2019un type de bact\u00e9ries au sein d\u2019une m\u00eame esp\u00e8ce\u00bb, commente Laurent Poirel. Pour traiter un\u00b7e patient\u00b7e, il faut donc isoler la bact\u00e9rie responsable de l\u2019infection et trouver un phage capable d\u2019en venir \u00e0 bout, gr\u00e2ce \u00e0 une \u00e9valuation au laboratoire. Autre probl\u00e8me: comme pour les antibiotiques, les bact\u00e9ries peuvent assez facilement d\u00e9velopper une r\u00e9sistance aux phages. \u00abSous oublier les aspects \u00e9thiques: les phages sont des organismes vivants, que l\u2019on injecte \u00e0 des humains.\u00bb<\/p>\n<p>Selon le directeur du NARA, cette th\u00e9rapie est tr\u00e8s int\u00e9ressante \u00e0 titre compassionnel, lorsque plus aucun antibiotique ne fait de l\u2019effet. \u00abA plus large \u00e9chelle, elle pourrait \u00e9galement s\u2019av\u00e9rer utile pour le traitement de certaines infections sp\u00e9cifiques, en particulier cutan\u00e9es ou ost\u00e9o-articulaires, mais \u00e9galement pulmonaires.\u00bb<\/p>\n<p>Mais pour ce faire, \u00abil faudrait que de grandes \u00e9tudes cliniques soient r\u00e9alis\u00e9es, donc que l\u2019industrie s\u2019int\u00e9resse davantage \u00e0 la phagoth\u00e9rapie\u00bb. A moins, bien s\u00fbr, que l\u2019on ne parvienne \u00e0 d\u00e9velopper des \u00absuperphages\u00bb capables de combattre diff\u00e9rents types de bact\u00e9ries. \u00abQui sait, peut-\u00eatre l\u2019intelligence artificielle facilitera-t-elle les avanc\u00e9es dans ce domaine d\u2019ici quelques ann\u00e9es?\u00bb<\/p>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<span style=\"color: #ff6600;\">_________<\/span><\/p>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/www.unifr.ch\/med\/nara\/fr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Centre national de r\u00e9f\u00e9rence pour la d\u00e9tection pr\u00e9coce et la surveillance de nouvelles r\u00e9sistances aux antibiotiques (NARA)<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.unifr.ch\/directory\/fr\/people\/18315\/05421\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Laurent Poirel<\/a> , directeur du NARA . Cette structure est affili\u00e9e \u00e0 la Section de m\u00e9decine de l\u2019Unifr.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De mieux en mieux connue et combattue, l\u2019antibior\u00e9sistance continue n\u00e9anmoins \u00e0 faire des ravages \u00e0 travers la plan\u00e8te. Le point sur les nouvelles approches avec Laurent Poirel, le directeur du NARA. Les ann\u00e9es se suivent et se ressemblent. Du 18 au 24 novembre 2025, la Semaine mondiale pour un bon usage des antibiotiques encourage une fois de plus les professionnel\u00b7le\u00b7s de la sant\u00e9 \u2013 mais aussi les d\u00e9cideurs\u00b7euses et le grand public \u2013 \u00e0 adopter de bonnes pratiques en la mati\u00e8re. Cet appel a-t-il encore du sens? Malheureusement oui, estiment les sp\u00e9cialistes. 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