{"id":2262,"date":"2016-04-15T09:27:56","date_gmt":"2016-04-15T08:27:56","guid":{"rendered":"http:\/\/www3.unifr.ch\/alma-georges\/?p=2262"},"modified":"2016-04-15T15:17:32","modified_gmt":"2016-04-15T14:17:32","slug":"barca-ou-barsakh","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/articles\/2016\/barca-ou-barsakh","title":{"rendered":"\u00abBar\u00e7a ou Barsakh\u00bb"},"content":{"rendered":"<h4><strong>\u00abRejoindre Barcelone ou p\u00e9rir\u00bb, voil\u00e0 la nouvelle devise de la jeunesse de Dakar. Avec un taux de ch\u00f4mage proche de 25%, les jeunes S\u00e9n\u00e9galais n\u2019ont que deux choix: les petits boulots ou l\u2019\u00e9migration. Explications du Professeur Babacar Fall de passage \u00e0 Fribourg pour une conf\u00e9rence.<\/strong><\/h4>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<p><strong>Durant votre conf\u00e9rence \u00abLes jeunes vuln\u00e9rables: entre l\u2019\u00e9tau de la crise de l\u2019emploi et l\u2019\u00e9migration clandestine\u00bb, vous parlez du ch\u00f4mage qui frappe le S\u00e9n\u00e9gal. Conna\u00eet-on l\u2019origine de cette crise?<br \/>\n<\/strong>Pour bien comprendre, il faut revenir bri\u00e8vement sur l\u2019histoire du travail au S\u00e9n\u00e9gal. Le premier changement capital se produit avec l\u2019\u00e9tablissement des colonies, l\u2019av\u00e8nement des cultures commerciales, notamment l\u2019arachide et plus tard le coton. Jadis valoris\u00e9es dans les soci\u00e9t\u00e9s d\u2019\u00e9conomie de subsistance, les activit\u00e9s manuelles et agricoles sont davantage per\u00e7ues comme d\u00e9gradantes et c\u2019est encore le cas aujourd\u2019hui. De plus, l\u2019agriculture est plus orient\u00e9e vers des fins commerciales au d\u00e9triment des besoins de nourrir les communaut\u00e9s. A partir de 1946, le d\u00e9veloppement industriel est sans pr\u00e9c\u00e9dent jusqu\u2019en 1960, faisant du secteur priv\u00e9 le premier employeur du pays. Entre 1964 et 1990, c\u2019est l\u2019Etat qui devient le premier fournisseur d\u2019emplois, mais, avec la politique d\u2019ajustement structurel adopt\u00e9e suite \u00e0 la crise \u00e9conomique des ann\u00e9es 1980, l\u2019embauche \u00e9tatique se r\u00e9duit de mani\u00e8re drastique. Parall\u00e8lement, entre 1970 et 2013, la population du S\u00e9n\u00e9gal triple. Les jeunes des groupes d\u2019\u00e2ge 15-35 ans (34,9% de la population totale et 57,1% de la population active) sont le plus touch\u00e9s par le ch\u00f4mage. Dans les ann\u00e9es 90, l\u2019\u00e9migration vers l\u2019Europe d\u00e9bute, d\u2019abord par voie terrestre, puis maritime, via les Canaries.<\/p>\n<p><strong>L\u2019Europe repr\u00e9sente-t-elle un Eldorado?<br \/>\n<\/strong>C\u2019est ce que pensent les jeunes S\u00e9n\u00e9galais. Cette image est renforc\u00e9e par la r\u00e9ussite affich\u00e9e par quelques migrants qui reviennent avec suffisamment d\u2019argent pour construire une grande villa et acheter une voiture. Ce n\u2019est plus l\u2019\u00e9ducation qui symbolise le succ\u00e8s, mais l\u2019\u00e9migration. Il ne faut pourtant pas se leurrer: les <em>success-stories<\/em> sont rares et les conditions de travail tiennent plus de la survie que du luxe. D\u2019un salaire d\u2019environ 1000 euros mensuels pour une besogne harassante, ils gardent 200 euros pour \u00abvivre\u00bb et envoient le reste \u00e0 leur famille.<\/p>\n<p><strong>L\u2019\u00e9migration clandestine repr\u00e9sente donc un vrai probl\u00e8me\u2026<br \/>\n<\/strong>Oui. L\u2019Europe tente de limiter ce flux, mais tant qu\u2019elle aura besoin de main-d\u2019\u0153uvre bon march\u00e9 dans les secteurs agricoles et touristiques, il y aura toujours des jeunes pr\u00eats \u00e0 braver tous les dangers pour assurer une petite rentr\u00e9e d\u2019argent \u00e0 leurs proches rest\u00e9s au pays. La d\u00e9cision de partir n\u2019est pas individuelle, mais familiale; elle implique un sacrifice important, \u00e9motionnel d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et financier de l\u2019autre, pour payer le voyage. De nombreux propri\u00e9taires et capitaines de bateaux ont d\u2019ailleurs rapidement compris que ces transports clandestins pouvaient \u00eatre un v\u00e9ritable business. De marins, ils sont devenus passeurs, en particulier d\u00e8s les ann\u00e9es 80, quand l\u2019industrie de la p\u00eache s\u2019est \u00e9croul\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>C\u2019est l\u2019occasion qui fait le larron?<br \/>\n<\/strong>La n\u00e9cessit\u00e9 surtout. Face \u00e0 une situation de crise, on se d\u00e9brouille comme on peut. C\u2019est sur ce terreau que se d\u00e9veloppe le secteur \u00abinformel\u00bb, compos\u00e9 de petits boulots et de menus services rendus en milieu urbain principalement. C\u2019est le refuge de 85% des jeunes. Le syst\u00e8me LMD \u00ablicence \u2013 ma\u00eetrise \u2013 doctorat\u00bb est d\u00e9tourn\u00e9 en \u00ablutte \u2013 musique \u2013 danse\u00bb, r\u00e9v\u00e9lant le renversement des valeurs. Les \u00e9tudes n\u2019assurant plus la s\u00e9curit\u00e9 d\u2019un emploi, la jeunesse d\u00e9s\u0153uvr\u00e9e n\u2019a pas d\u2019autre choix que d\u2019entrer dans la marginalisation: les gagne-pains pr\u00e9caires ou l\u2019\u00e9migration, qui repr\u00e9sente parfois l\u2019\u00aboption du d\u00e9sespoir\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Que faire pour freiner l\u2019\u00e9migration?<br \/>\n<\/strong>Du c\u00f4t\u00e9 europ\u00e9en, on doit s\u2019engager \u00e0 assouplir les conditions d\u2019immigration, afin de garantir officiellement une mobilit\u00e9 plus fluide, un va-et-vient entre les deux continents. Le durcissement des modalit\u00e9s d\u2019acc\u00e8s \u00e0 L\u2019Europe n\u2019est pas une solution viable. En effet, tant que certains pays auront besoin de travailleurs sous-pay\u00e9s parce qu\u2019ill\u00e9gaux, les plus courageux ou les plus d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s entreprendront l\u2019odyss\u00e9e. Actuellement, quand un clandestin arrive en Europe, il travaille et se cache pour rester le plus longtemps possible. Pas question de rentrer au S\u00e9n\u00e9gal sans l\u2019assurance de pouvoir revenir.<\/p>\n<p><strong>Y a-t-il des solutions pour combattre le ch\u00f4mage?<br \/>\n<\/strong>Tout est question d\u2019\u00e9quilibre. Premi\u00e8rement, les programmes en faveur des jeunes, propos\u00e9s dans le cadre de l\u2019accompagnement aux pays en voie de d\u00e9veloppement, doivent \u00eatre augment\u00e9s. Deuxi\u00e8mement, une red\u00e9finition du syst\u00e8me \u00e9ducatif est indispensable. Actuellement, l\u2019apprentissage technique n\u2019est absolument pas valoris\u00e9. Les adolescents apprennent un m\u00e9tier \u00absur le tas\u00bb, sans qualification. Une formation aux normes leur permettrait d\u2019offrir des services professionnels comp\u00e9titifs. Enfin, il faudrait faciliter l\u2019acc\u00e8s aux cr\u00e9dits et aux terres pour les jeunes entrepreneurs, qui deviendraient des \u00abcr\u00e9ateurs de richesse\u00bb. Une telle option contribuerait largement \u00e0 promouvoir les secteurs agricoles et industriels au d\u00e9triment du secteur informel.<\/p>\n<p><strong>Avez-vous propos\u00e9 ces id\u00e9es \u00e0 votre gouvernement?<br \/>\n<\/strong>Avec des enseignants des Universit\u00e9s suisses de Fribourg et de Lausanne, des chercheurs r\u00e9sidents de l\u2019IEA de Nantes et d&rsquo;universit\u00e9s au S\u00e9n\u00e9gal, en C\u00f4te d\u2019Ivoire et au Mali, nous pr\u00e9parons un projet de recherche sur l\u2019emploi, la formation professionnelle et le d\u00e9veloppement durable en Afrique occidentale francophone. Ce projet sera soumis \u00e0 la Fondation nationale suisse des Sciences (Swiss National Science Foundation). Nous sommes quelques-uns \u00e0 penser que l\u2019investissement consenti dans la politique publique n\u2019est pas en phase avec les priorit\u00e9s \u00e9conomiques. Il y a une certaine d\u00e9bauche de ressources pour une moindre efficacit\u00e9: l\u2019enseignement sup\u00e9rieur ne correspond pas aux exigences du march\u00e9 de l\u2019emploi et l\u2019importance donn\u00e9e \u00e0 la formation professionnelle est trop faible. Il faut donc valoriser et mettre en place des apprentissages techniques. Le but de ce projet multidisciplinaire est de convaincre les d\u00e9cideurs de modifier l\u2019orientation du syst\u00e8me \u00e9ducatif pour freiner le ch\u00f4mage et l\u2019\u00e9migration.<\/p>\n<p><strong>Qu\u2019est-ce qui vous motive \u00e0 poursuivre le combat?<br \/>\n<\/strong>Tout d\u2019abord, je suis persuad\u00e9 que l\u2019\u00e9ducation repr\u00e9sente l\u2019unique alternative permettant de cr\u00e9er une masse critique en phase avec les besoins et les d\u00e9fis de l\u2019\u00e9conomie durable. Ensuite \u2013 et surtout \u2013 parce que la jeunesse est au c\u0153ur de tous les enjeux des soci\u00e9t\u00e9s actuelles.<\/p>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<span style=\"color: #ff6600;\">__________<\/span><br \/>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<p>Babacar Fall est directeur du Centre de recherche sur les m\u00e9tiers et la m\u00e9moire en Afrique de l\u2019<a href=\"https:\/\/www.ucad.sn\/\" target=\"_blank\">Universit\u00e9 Cheikh Anta Diop<\/a> de Dakar, S\u00e9n\u00e9gal. En 2008, il est nomm\u00e9 docteur Honoris Causa de l\u2019<a href=\"https:\/\/www.univ-lehavre.fr\/\" target=\"_blank\">Universit\u00e9 du Havre<\/a> et obtient pour son habilitation le titre de PH.D \u00e0 l\u2019<a href=\"http:\/\/www.uva.nl\/en\/home\" target=\"_blank\">Universit\u00e9 d\u2019Amsterdam <\/a>en 2010. Sp\u00e9cialiste de l\u2019histoire du travail en Afrique de l\u2019ouest francophone, il conduit des recherches sur les migrations, les innovations p\u00e9dagogiques et les r\u00e9formes en \u00e9ducation.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.iea-nantes.fr\/fr\/resident\/babacar_fall\" target=\"_blank\">Babacar Fall<\/a> est aussi chercheur r\u00e9sident de l\u2019<a href=\"http:\/\/www.iea-nantes.fr\/\" target=\"_blank\">Institut d\u2019\u00e9tudes avanc\u00e9es de Nantes <\/a>(IEA), avec lequel l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg a conclu un <a href=\"http:\/\/www.unifr.ch\/ius\/besson\/activites\/collaboration-avec-linstitut-detudes-avancees-de-nantes\" target=\"_blank\">accord de coop\u00e9ration<\/a> en d\u00e9cembre 2013, sous le patronage du <a href=\"http:\/\/www.sbfi.admin.ch\/org\/index.html?lang=fr\" target=\"_blank\">Secr\u00e9tariat d&rsquo;Etat \u00e0 la formation, la recherche et l&rsquo;innovation <\/a>(SEFRI). Dans ce cadre, l&rsquo;Unifr et l&rsquo;IEA d\u00e9veloppent une collaboration sur les cadres institutionnels de la vie en soci\u00e9t\u00e9 (droit, langue, religion), la notion d&rsquo;humanisme et son r\u00f4le dans le paysage scientifique actuel, ainsi que l&rsquo;interdisciplinarit\u00e9 en sciences humaines et sociales.<\/p>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00abRejoindre Barcelone ou p\u00e9rir\u00bb, voil\u00e0 la nouvelle devise de la jeunesse de Dakar. Avec un taux de ch\u00f4mage proche de 25%, les jeunes S\u00e9n\u00e9galais n\u2019ont que deux choix: les petits boulots ou l\u2019\u00e9migration. Explications du Professeur Babacar Fall de passage \u00e0 Fribourg pour une conf\u00e9rence. 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