{"id":22421,"date":"2025-06-17T12:19:19","date_gmt":"2025-06-17T11:19:19","guid":{"rendered":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges?p=22421"},"modified":"2025-06-30T07:49:47","modified_gmt":"2025-06-30T06:49:47","slug":"des-milliers-de-monnaies-romaines-sortent-de-lombre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/articles\/2025\/des-milliers-de-monnaies-romaines-sortent-de-lombre?lang=de","title":{"rendered":"Des milliers de monnaies romaines sortent de l\u2019ombre"},"content":{"rendered":"<h4><strong>La Chaire francophone d\u2019histoire de l\u2019Antiquit\u00e9 de l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg a r\u00e9uni pr\u00e8s de 2000 pi\u00e8ces de monnaies datant de l\u2019\u00e9poque romaine dans une base de donn\u00e9es num\u00e9rique. Longtemps invisibles, elles deviennent aujourd\u2019hui accessibles aux numismates du monde entier. C\u00e9dric Br\u00e9laz, professeur d\u2019histoire de l\u2019Antiquit\u00e9 et directeur scientifique du projet, nous en explique tout l\u2019int\u00e9r\u00eat. <div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<\/strong><\/h4>\n<p><strong>Comment vous est venue l\u2019id\u00e9e de cr\u00e9er cette base de donn\u00e9es numismatique?<br \/>\n<\/strong>Les humanit\u00e9s num\u00e9riques sont aujourd\u2019hui tr\u00e8s en vogue dans les sciences humaines, \u00e0 tel point que le Fonds national suisse exige d\u00e9sormais la cr\u00e9ation de bases de donn\u00e9es pour tout projet qu\u2019il finance. Dans certains cas, cela a du sens, dans d\u2019autres beaucoup moins. Mais pour la numismatique, c\u2019est r\u00e9ellement pertinent. Dans le cadre de ce projet, nous avons affaire \u00e0 des milliers de pi\u00e8ces, souvent tr\u00e8s similaires, diss\u00e9min\u00e9es entre plusieurs institutions: le Mus\u00e9e d\u2019art et d\u2019histoire de Fribourg, le Mus\u00e9e de Morat, le Mus\u00e9e Bible+Orient de notre Universit\u00e9. Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, elles \u00e9taient peu ou pas \u00e9tudi\u00e9es, et rarement publi\u00e9es dans leur int\u00e9gralit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>L\u2019objectif est-il de r\u00e9aliser des analyses statistiques?<br \/>\n<\/strong>Avant tout, cette base permet une diffusion des donn\u00e9es bien plus ergonomique que les publications traditionnelles. Pendant longtemps \u2014 et encore aujourd\u2019hui \u2014 les pi\u00e8ces \u00e9taient publi\u00e9es dans des catalogues imprim\u00e9s, avec des planches de photographies souvent de qualit\u00e9 m\u00e9diocre. Gr\u00e2ce aux outils num\u00e9riques, on acc\u00e8de plus facilement \u00e0 l\u2019information, et l\u2019on peut effectivement produire des analyses, croiser les donn\u00e9es, interroger un corpus de pi\u00e8ces sur divers crit\u00e8res. Il faut garder \u00e0 l\u2019esprit que ces objets sont rarement uniques: les monnaies \u00e9taient frapp\u00e9es \u00e0 des centaines de milliers d\u2019exemplaires. L\u2019un des grands b\u00e9n\u00e9fices, c\u2019est qu\u2019un chercheur ou une chercheuse, en Am\u00e9rique du Nord par exemple, peut d\u00e9sormais consulter ces pi\u00e8ces sans avoir \u00e0 se d\u00e9placer.<\/p>\n<p><strong>A qui s\u2019adresse cette base de donn\u00e9es?<br \/>\n<\/strong>Il y a deux publics cibles. D\u2019une part, un public \u00e9rudit, passionn\u00e9 par le patrimoine. C\u2019est d\u2019ailleurs une mission fondamentale de l\u2019Universit\u00e9: jouer un r\u00f4le de passeur entre les collections publiques et la soci\u00e9t\u00e9. D\u2019autre part, cette base vise \u00e9videmment la communaut\u00e9 scientifique. De nombreuses pi\u00e8ces conserv\u00e9es ici \u00e9chappaient jusqu\u2019alors aux radars de la recherche internationale, faute de publication. Or, les chercheurs et chercheuses en numismatique ont besoin d\u2019acc\u00e9der \u00e0 un maximum de sp\u00e9cimens. Cette base fribourgeoise leur offre une nouvelle source de donn\u00e9es pr\u00e9cieuse.<\/p>\n<p><strong>Ces pi\u00e8ces avaient-elles d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9es?<br \/>\n<\/strong>Non, il a fallu tout reprendre depuis le d\u00e9but. Pour la collection du Mus\u00e9e d\u2019art et d\u2019histoire, cela repr\u00e9sente environ 1500 pi\u00e8ces, majoritairement romaines. Un inventaire sommaire existait, r\u00e9alis\u00e9 par des collaborateur\u00b7trice\u00b7s du mus\u00e9e et du Service arch\u00e9ologique de l\u2019Etat de Fribourg. Nous avons men\u00e9 ce travail dans le cadre de mes cours de numismatique, avec les \u00e9tudiantes et \u00e9tudiants. L\u2019une d\u2019elles, Julie Python, y a m\u00eame consacr\u00e9 son m\u00e9moire de master et une autre, Alicia Lehmann, travaille actuellement sur ce mat\u00e9riel.<\/p>\n<p><strong>Cela a d\u00fb \u00eatre un vrai travail de b\u00e9n\u00e9dictin!<br \/>\n<\/strong>Effectivement! Il a fallu identifier chaque pi\u00e8ce \u2014 c\u2019est ce qu\u2019on appelle la d\u00e9termination \u2014, les d\u00e9crire pr\u00e9cis\u00e9ment, \u00e9valuer leur \u00e9tat de conservation et les rattacher \u00e0 des types d\u00e9j\u00e0 connus dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e. Ce travail a \u00e9t\u00e9 compl\u00e9t\u00e9 par des photographies de tr\u00e8s haute qualit\u00e9, r\u00e9alis\u00e9es par un photographe professionnel ici \u00e0 Fribourg.<\/p>\n<p><strong>Y a-t-il des pi\u00e8ces particuli\u00e8rement remarquables dans cette collection?<br \/>\n<\/strong>Ma r\u00e9ponse peut para\u00eetre paradoxale: non, il n\u2019y a pas de pi\u00e8ce v\u00e9ritablement exceptionnelle, et c\u2019est justement ce qui fait l\u2019int\u00e9r\u00eat de la collection. La numismatique ne s\u2019int\u00e9resse pas seulement aux objets rares ou esth\u00e9tiques. Elle repose aussi \u2014 et peut-\u00eatre surtout \u2014 sur l\u2019\u00e9tude des pi\u00e8ces ordinaires, tr\u00e8s largement diffus\u00e9es dans l\u2019ensemble de l\u2019Empire romain. Les petites pi\u00e8ces en bronze, de faible valeur, servaient aux achats quotidiens. Elles sont souvent corrod\u00e9es, en mauvais \u00e9tat, mais leur int\u00e9r\u00eat scientifique est majeur. Elles permettent d\u2019\u00e9tudier les r\u00e9seaux de diffusion mon\u00e9taire et les usages \u00e9conomiques. Cela dit, il y a aussi quelques pi\u00e8ces remarquables, comme cette monnaie en or issue d\u2019un tr\u00e9sor d\u00e9couvert \u00e0 Portalban au d\u00e9but du XX\u1d49 si\u00e8cle. Elle constitue le fleuron de la collection du Mus\u00e9e d\u2019art et d\u2019histoire. Mais, d\u2019un point de vue scientifique, les plus belles pi\u00e8ces ne sont pas n\u00e9cessairement les plus importantes.<\/p>\n<p><strong>Qu\u2019en est-il du contexte arch\u00e9ologique de ces monnaies?<br \/>\n<\/strong>C\u2019est un vrai probl\u00e8me. La plupart des collections ont \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9es \u00e0 partir de donations priv\u00e9es d\u00e8s la fin du XVIII\u1d49 si\u00e8cle. A Fribourg, certaines pi\u00e8ces proviennent m\u00eame de dons faits par des officiers fribourgeois au service du roi de France qui avaient re\u00e7u des monnaies du Cabinet des m\u00e9dailles \u00e0 Paris. A l\u2019exception des pi\u00e8ces du tr\u00e9sor de Portalban, nous ne connaissons pas le contexte arch\u00e9ologique pr\u00e9cis des objets. Or, cela constitue une perte d\u2019informations historiques consid\u00e9rable. On ignore le lieu exact de d\u00e9couverte, les objets associ\u00e9s et on ne peut donc pas dater l\u2019enfouissement avec pr\u00e9cision. Il y a un enjeu \u00e9thique majeur: le march\u00e9 de l\u2019art numismatique est l\u00e9gal, mais les pi\u00e8ces qui y circulent proviennent parfois de fouilles ill\u00e9gales.<\/p>\n<p><strong>Est-ce que cette base pourrait int\u00e9resser des collectionneurs priv\u00e9s\u202f?<br \/>\n<\/strong>Ce n\u2019est pas l\u2019objectif premier, mais ce serait un d\u00e9veloppement id\u00e9al. Un collectionneur priv\u00e9, rest\u00e9 anonyme, nous a d\u00e9j\u00e0 confi\u00e9 une tr\u00e8s belle collection de 323 pi\u00e8ces qu\u2019il a acquises l\u00e9galement. Il en reste propri\u00e9taire, bien s\u00fbr, mais il nous a permis de les \u00e9tudier avec les \u00e9tudiant-e-s, ce qui est une opportunit\u00e9 pr\u00e9cieuse. J\u2019ai d\u2019ailleurs organis\u00e9 un colloque d\u00e9but avril sur cette question. Des collectionneuses et collectionneurs \u00e9taient pr\u00e9sent\u00b7e\u00b7s et je leur ai lanc\u00e9 un appel: si certains souhaitent nous confier leurs pi\u00e8ces \u00e0 des fins scientifiques ou didactiques, ce serait formidable. L\u2019id\u00e9al serait bien s\u00fbr qu\u2019ils en fassent don \u00e0 l\u2019Universit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Comment cette base a-t-elle \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e techniquement?<br \/>\n<\/strong>Elle a vu le jour gr\u00e2ce \u00e0 un soutien du Fonds d\u2019innovation p\u00e9dagogique de la Facult\u00e9 des lettres et des sciences humaines. La r\u00e9alisation technique a \u00e9t\u00e9 assur\u00e9e par la Direction informatique de l\u2019Universit\u00e9, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment par son service d\u00e9di\u00e9 aux bases de donn\u00e9es \u00e9ducatives en la personne de M. Alrick Deillon. Elle fonctionne tr\u00e8s bien, mais l\u2019\u00e9tape suivante, que j\u2019ai \u00e9voqu\u00e9e lors du colloque, serait de l\u2019int\u00e9grer aux grandes plateformes internationales d\u00e9j\u00e0 existantes. Il existe des bases majeures comme celle de l\u2019American Numismatic Society \u00e0 New York, du Cabinet des m\u00e9dailles \u00e0 Paris, des Mus\u00e9es de Berlin ou du British Museum. L\u2019objectif serait que notre base fribourgeoise, modeste mais solide, puisse rejoindre ce r\u00e9seau. Ce serait \u00e0 la fois un aboutissement et un point de d\u00e9part vers un projet de plus grande ampleur.<\/p>\n<p><strong>La communaut\u00e9 scientifique pourrait-elle remettre en question certaines de vos d\u00e9terminations?<br \/>\n<\/strong>Absolument, et c\u2019est m\u00eame souhaitable. L\u2019un des avantages du num\u00e9rique, par rapport \u00e0 l\u2019imprim\u00e9, est que les donn\u00e9es peuvent \u00eatre mises \u00e0 jour en continu. C\u2019est une force, mais aussi un pi\u00e8ge: tout semble toujours provisoire, et cela peut nuire \u00e0 la rigueur. Cela dit, nous restons ouverts \u00e0 la discussion. Si des coll\u00e8gues rep\u00e8rent des erreurs ou souhaitent corriger certains points, ce serait extr\u00eamement pr\u00e9cieux. La base a vocation \u00e0 \u00e9voluer, \u00e0 s\u2019enrichir et \u00e0 devenir un v\u00e9ritable outil collaboratif au service de la recherche.<\/p>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n_________<br \/>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<ul>\n<li><strong>Photo d&rsquo;illustration:<\/strong> Aureus de Vespasien repr\u00e9sentant le portrait de Titus, atelier de Rome, 75 ap. J.-C. Tr\u00e9sor de Portalban, Mus\u00e9e d&rsquo;art et d&rsquo;histoire de Fribourg, n\u00b0 inv. 16336.<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/eddb.unifr.ch\/nafo\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Base de donn\u00e9es<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.unifr.ch\/hist\/fr\/departement\/team\/people\/199032\/23c3d\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">C\u00e9dric Br\u00e9laz<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Chaire francophone d\u2019histoire de l\u2019Antiquit\u00e9 de l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg a r\u00e9uni pr\u00e8s de 2000 pi\u00e8ces de monnaies datant de l\u2019\u00e9poque romaine dans une base de donn\u00e9es num\u00e9rique. Longtemps invisibles, elles deviennent aujourd\u2019hui accessibles aux numismates du monde entier. C\u00e9dric Br\u00e9laz, professeur d\u2019histoire de l\u2019Antiquit\u00e9 et directeur scientifique du projet, nous en explique tout l\u2019int\u00e9r\u00eat. 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