{"id":21987,"date":"2025-02-13T10:42:06","date_gmt":"2025-02-13T09:42:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges?p=21987"},"modified":"2025-02-13T10:47:50","modified_gmt":"2025-02-13T09:47:50","slug":"donner-corps-au-mythe-de-pygmalion","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/articles\/2025\/donner-corps-au-mythe-de-pygmalion","title":{"rendered":"Donner corps au mythe de Pygmalion"},"content":{"rendered":"<h4><strong>Dans la cadre de son exposition CORPUS \u2013 Le corps hybride, le Mus\u00e9e d\u2019art et d\u2019histoire Fribourg s\u2019associe \u00e0 la Fondation Equilibre-Nuithonie pour proposer une relecture contemporaine du mythe de Pygmalion. Dimanche 16 f\u00e9vrier 2025, la repr\u00e9sentation sera pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e par deux br\u00e8ves conf\u00e9rences, dont une de Timoth\u00e9e L\u00e9chot, professeur en litt\u00e9rature fran\u00e7aise \u00e0 l\u2019Unifr, sp\u00e9cialiste de Rousseau.<\/strong><\/h4>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<p><strong>Pourquoi <em>Pygmalion<\/em> occupe-t-il une place si particuli\u00e8re dans l\u2019\u0153uvre de Rousseau?<br \/>\n<\/strong>D\u2019une part, Rousseau \u00e9crit rarement pour le th\u00e9\u00e2tre. A chaque fois qu\u2019il s\u2019y essaie, il explore des formes litt\u00e9raires et des th\u00e9matiques qui l\u2019int\u00e9ressent tout particuli\u00e8rement. Dans le cas de <em>Pygmalion<\/em>, r\u00e9dig\u00e9 vers 1762, l\u2019enjeu consiste \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir aux relations entre th\u00e9\u00e2tre et musique: il cherche \u00e0 associer ces deux arts d\u2019une fa\u00e7on distincte de celle que propose l\u2019op\u00e9ra de son temps. D\u2019autre part, le <em>Pygmalion<\/em> de Rousseau remplit une fonction de charni\u00e8re dans l\u2019\u0153uvre de Rousseau. Juste apr\u00e8s la publication retentissante d\u2019un roman (<em>La Nouvelle H\u00e9lo\u00efse<\/em>), d\u2019un trait\u00e9 d\u2019\u00e9ducation (<em>\u00c9mile<\/em>) et d\u2019un essai de philosophie politique (<em>Du contrat social<\/em>), <em>Pygmalion<\/em> appara\u00eet comme un texte plus introspectif. Il met en sc\u00e8ne un artiste fascin\u00e9 par son \u0153uvre, la statue de Galath\u00e9e qui prend vie entre ses mains. Or Rousseau lui-m\u00eame \u00e9prouvait une fascination pour une de ses cr\u00e9ations, l\u2019h\u00e9ro\u00efne Julie de <em>La Nouvelle H\u00e9lo\u00efse<\/em>, presque vivante \u00e0 ses yeux. C\u2019est \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque que l\u2019auteur commence \u00e0 r\u00e9diger ses \u00abm\u00e9moires\u00bb, comme il les appelle alors, qui deviendront <em>Les Confessions<\/em>.<\/p>\n<p><strong>Alors qu\u2019il s\u2019oppose \u00e0 la construction d\u2019un th\u00e9\u00e2tre \u00e0 Gen\u00e8ve, Rousseau choisit d\u2019incarner cette th\u00e9matique sous la forme d\u2019une \u0153uvre th\u00e9\u00e2trale. Pourquoi cette contradiction?<br \/>\n<\/strong>Rousseau juge en effet, contre l\u2019avis de la plupart des philosophes de son temps, que le th\u00e9\u00e2tre contribue \u00e0 la corruption des m\u0153urs: c\u2019est un lieu d\u2019artifice, sinon de mensonge, o\u00f9 les acteurs\u00b7trices et m\u00eame les spectateurs\u00b7trices jouent des r\u00f4les. Rousseau encourage au contraire ses contemporain\u00b7e\u00b7s \u00e0 exprimer des sentiments vrais, sans feindre, sans porter de masques. N\u00e9anmoins, chez lui, le rem\u00e8de se trouve parfois dans le mal. Rousseau assume le paradoxe de publier <em>La Nouvelle H\u00e9lo\u00efse<\/em>, un des plus grands succ\u00e8s de librairie du XVIIIe si\u00e8cle, alors qu\u2019il juge les romans amoureux n\u00e9fastes pour les jeunes gens et pour les jeunes femmes en particulier. De m\u00eame, il pratique parfois l\u2019art dramatique, tout en d\u00e9sapprouvant l\u2019enthousiasme de ses contemporain\u00b7e\u00b7s pour le th\u00e9\u00e2tre. Ces genres \u00e0 succ\u00e8s constituent des canaux efficaces pour toucher un large public et lui offrent l\u2019occasion de d\u00e9ployer une ample r\u00e9flexion sur les ressources et les dangers de l\u2019imagination.<\/p>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"YouTube video player\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/DQlGJ305saE?si=Q8aXFqwj0XNNZlKo\" width=\"560\" height=\"315\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<p><strong>Formellement, son <em>Pygmalion<\/em> repr\u00e9sente une grande nouveaut\u00e9 pour l\u2019\u00e9poque. Pouvez-vous nous expliquer en quoi\u00a0?<br \/>\n<\/strong>En effet, <em>Pygmalion<\/em> invente un genre qui se d\u00e9veloppera apr\u00e8s sa mort et qu\u2019on appellera plus tard le m\u00e9lodrame. Tandis que l\u2019op\u00e9ra associe traditionnellement th\u00e9\u00e2tre et chant, Rousseau renonce au chant sans renoncer \u00e0 la musique instrumentale. Celle-ci s\u2019entrem\u00eale aux paroles du personnage de Pygmalion, exprimant quelque chose de ses \u00e9motions que les mots ne suffisent pas \u00e0 formuler. Cette nouvelle fa\u00e7on de mettre en dialogue la voix et la musique a suscit\u00e9 des critiques, mais elle a conquis de nombreux auditeurs\u00b7trices. Rousseau \u00e9tait connu comme compositeur, avant d\u2019acqu\u00e9rir une immense c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 comme homme de lettres. Dans <em>Pygmalion<\/em>, il compose lui-m\u00eame quelques intervalles musicaux, mais il d\u00e9l\u00e8gue l\u2019essentiel de ce travail au compositeur lyonnais Horace Coignet. L\u2019exclusion du chant s\u2019inscrit dans le prolongement des r\u00e9flexions de Rousseau sur la musique fran\u00e7aise. Le philosophe estime en effet que la langue fran\u00e7aise n\u2019est pas m\u00e9lodieuse et que le chant fran\u00e7ais n\u2019est par cons\u00e9quent \u00abqu\u2019un aboiement continuel\u00bb. Sa courte pi\u00e8ce musicale lui offre l\u2019opportunit\u00e9 de concilier le pouvoir \u00e9vocateur de musique et l\u2019expressivit\u00e9 de la langue hors du domaine du chant.<\/p>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"YouTube video player\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/zMZAN_FC2Q0?si=q3pvHITsz8w_gbmJ\" width=\"560\" height=\"315\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<p><strong>Votre conf\u00e9rence pr\u00e9c\u00e9dera une r\u00e9interpr\u00e9tation contemporaine du mythe. Quelle approche en a-t-on aujourd\u2019hui?<br \/>\n<\/strong>Le mythe de Pygmalion se trouve dans les M\u00e9tamorphoses d\u2019Ovide, mais il conna\u00eet de nombreuses r\u00e9\u00e9critures litt\u00e9raires et r\u00e9interpr\u00e9tations artistiques. Sp\u00e9cialiste des relations entre litt\u00e9rature et sculpture, Nathalie Kremer montrera que la figure de Pygmalion a fortement aliment\u00e9 le mythe moderne du g\u00e9nie cr\u00e9ateur. Quant \u00e0 la repr\u00e9sentation elle-m\u00eame, je la d\u00e9couvrirai en m\u00eame temps que les autres spectateurs\u00b7trices. Je crois savoir qu\u2019elle explorera en particulier la th\u00e9matique du fantasme: l\u2019irr\u00e9pressible d\u00e9sir de Pygmalion a le pouvoir de transformer la pierre en chair, de m\u00e9tamorphoser une statue en femme, manifestant avec force le pouvoir de notre imagination.<\/p>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<span style=\"color: #ff6600;\">__________<\/span><\/p>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<p>Trois repr\u00e9sentations de <em>Pygmalion<\/em> seront propos\u00e9es dans la magnifique salle du lapidaire du Mus\u00e9e d\u2019art et d\u2019histoire Fribourg le vendredi 14 f\u00e9vrier 2025 \u00e0 20h00, ainsi que samedi 15 et dimanche 16 f\u00e9vrier \u00e0 18h00. Cette derni\u00e8re sera pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e \u00e0 16h15 d\u2019une double conf\u00e9rence par Nathalie Kremer, ma\u00eetresse de conf\u00e9rence \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Sorbonne Nouvelle et membre de l\u2019Institut Universitaire de France, qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la litt\u00e9rature du XVIIIe si\u00e8cle, \u00e0 la th\u00e9orie de l\u2019art classique et \u00e0 la critique d\u2019art aux XVIIIe et XIXe si\u00e8cles, et par Timoth\u00e9e L\u00e9chot, professeur assistant \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg, dont les sp\u00e9cialisations sont la litt\u00e9rature du XVIIIe si\u00e8cle, la po\u00e9sie classique, le journalisme d\u2019Ancien R\u00e9gime et Jean-Jacques Rousseau en particulier.<br \/>\n<strong>Plus d\u2019infos:<\/strong> <a href=\"http:\/\/www.equilibre-nuithonie.ch\/fr\/spectacles\/pygmalion\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">www.equilibre-nuithonie.ch\/fr\/spectacles\/pygmalion\u00a0<\/a><\/p>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans la cadre de son exposition CORPUS \u2013 Le corps hybride, le Mus\u00e9e d\u2019art et d\u2019histoire Fribourg s\u2019associe \u00e0 la Fondation Equilibre-Nuithonie pour proposer une relecture contemporaine du mythe de Pygmalion. Dimanche 16 f\u00e9vrier 2025, la repr\u00e9sentation sera pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e par deux br\u00e8ves conf\u00e9rences, dont une de Timoth\u00e9e L\u00e9chot, professeur en litt\u00e9rature fran\u00e7aise \u00e0 l\u2019Unifr, sp\u00e9cialiste de Rousseau. Pourquoi Pygmalion occupe-t-il une place si particuli\u00e8re dans l\u2019\u0153uvre de Rousseau? D\u2019une part, Rousseau \u00e9crit rarement pour le th\u00e9\u00e2tre. A chaque fois qu\u2019il s\u2019y essaie, il explore des formes litt\u00e9raires et des th\u00e9matiques qui l\u2019int\u00e9ressent tout particuli\u00e8rement. 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