{"id":20626,"date":"2024-08-02T07:59:36","date_gmt":"2024-08-02T06:59:36","guid":{"rendered":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges?p=20626"},"modified":"2024-08-28T15:13:39","modified_gmt":"2024-08-28T14:13:39","slug":"pas-dacharnement-therapeutique-mais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/articles\/2024\/pas-dacharnement-therapeutique-mais","title":{"rendered":"Pas d\u2019acharnement th\u00e9rapeutique, mais\u2026"},"content":{"rendered":"<h4><strong>Alors qu\u2019elle figure au c\u0153ur des directives anticip\u00e9es, dont le respect par le corps m\u00e9dical est obligatoire en Suisse depuis 2013, la notion d\u2019acharnement th\u00e9rapeutique recoupe des r\u00e9alit\u00e9s tr\u00e8s diff\u00e9rentes selon les individus, au point de cr\u00e9er des malentendus. Le point avec Clara Podmore, de l\u2019Institut de m\u00e9decine de famille de l\u2019Unifr.\u00a0 <div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div><\/strong><\/h4>\n<p>\u00abEn cas de maladie ou d\u2019accident graves, surtout pas d\u2019acharnement th\u00e9rapeutique!\u00bb Cette phrase, de nombreuses personnes ou membres de la famille la prononcent. Or, lorsqu\u2019elles sont r\u00e9ellement confront\u00e9es \u00e0 une situation de fin de vie, il n\u2019est pas rare qu\u2019elles choisissent de se livrer \u00e0 un combat acharn\u00e9 contre la mort. Quitte \u00e0 opter pour des traitements invasifs dont le succ\u00e8s n\u2019est de loin pas garanti, voire qui, \u00e0 l\u2019inverse, pourraient provoquer des dommages. Ne fonce-t-on pas alors droit sur l\u2019acharnement th\u00e9rapeutique qu\u2019on voulait absolument \u00e9viter?<\/p>\n<p>A l\u2019origine de ce paradoxe figure une d\u00e9licate question de d\u00e9finition. L\u2019acharnement th\u00e9rapeutique, au fond, qu\u00e9saco? \u00abIl n\u2019y a pas de d\u00e9finition absolue\u00bb, avertit Clara Podmore. \u00abJ\u2019irais m\u00eame plus loin: consid\u00e9r\u00e9 hors de son contexte, ce terme ne veut rien dire du tout pour les m\u00e9decins!\u00bb La ma\u00eetresse d\u2019enseignement et de recherche \u00e0 l\u2019Institut de m\u00e9decine de famille de l\u2019Unifr prend deux exemples. D\u2019une part, celui d\u2019un homme de 85 ans particuli\u00e8rement faible hospitalis\u00e9 pour une pneumonie, qui fait un arr\u00eat cardiaque. \u00abM\u00eame s\u2019il a clairement exprim\u00e9 son d\u00e9sir d\u2019aller \u00e0 l\u2019h\u00f4pital et de faire l\u2019objet de soins, une r\u00e9animation pourrait &#8211; si elle est \u00e9valu\u00e9e comme d\u00e9raisonnable par le corps m\u00e9dical &#8211; \u00eatre assimil\u00e9e \u00e0 de l\u2019acharnement th\u00e9rapeutique.\u00bb A l\u2019inverse, le choix d\u2019une personne de 35 ans, m\u00e8re d\u2019enfants en bas \u00e2ge, souffrant d\u2019un cancer particuli\u00e8rement agressif de subir une op\u00e9ration \u00abde la derni\u00e8re chance\u00bb, tout en sachant que cette intervention pr\u00e9sente un bilan b\u00e9n\u00e9fices\/risques n\u00e9gatif, \u00abserait probablement consid\u00e9r\u00e9 aussi bien par ses proches que par les soignants comme ayant du sens, m\u00eame si, d\u2019un point de vue purement m\u00e9dical, cela pourrait \u00eatre assimil\u00e9 \u00e0 de l\u2019acharnement th\u00e9rapeutique\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Un acte tout sauf banal<br \/>\n<\/strong>Selon Clara Podmore, qui officie \u00e9galement en tant que m\u00e9decin de famille au sein d\u2019un cabinet de la r\u00e9gion lausannoise, tout n\u2019est pas \u00e0 jeter dans le terme \u00abacharnement th\u00e9rapeutique\u00bb. Pour une personne atteinte d\u2019une maladie grave et\/ou d\u2019un certain \u00e2ge, \u00abil s\u2019agit d\u2019un bon point de d\u00e9part vers une r\u00e9flexion en profondeur sur ses d\u00e9sirs de fin de vie, ainsi que vers une discussion ouverte et \u00e9clair\u00e9e avec ses proches et son m\u00e9decin.\u00bb La g\u00e9n\u00e9raliste le sait par exp\u00e9rience: \u00abUne fois qu\u2019on explique aux personnes \u00e2g\u00e9es en milieu hospitalier qui affirment vouloir \u2018tout\u2019 faire pour rester en vie en cas de probl\u00e8me ce que ce \u2018tout\u2019 implique, la majorit\u00e9 d\u2019entre elles changent d\u2019avis.\u00bb<\/p>\n<p>On touche l\u00e0 \u00e0 l\u2019\u00e9pineuse \u2013 et centrale \u2013 question de la r\u00e9animation, associ\u00e9e \u00e0 de nombreux fantasmes et \u00e0 tout autant d\u2019id\u00e9es erron\u00e9es. \u00abLa r\u00e9animation, c\u2019est la mesure extr\u00eame, celle consistant \u2013 comme son nom l\u2019indique \u2013 \u00e0 r\u00e9animer une personne dont le c\u0153ur a cess\u00e9 de battre.\u00bb Le massage cardiaque, qui est effectu\u00e9 en profondeur au niveau de la poitrine, \u00abest une pratique qui n\u2019est pas anodine, provoquant fr\u00e9quemment des fractures de c\u00f4tes.\u00bb Quant au manque d\u2019oxyg\u00e8ne d\u00fb \u00e0 l\u2019arr\u00eat cardiaque, il peut entra\u00eener des s\u00e9quelles neurologiques. En milieu hospitalier, la r\u00e9animation est d\u2019ailleurs obligatoirement accompagn\u00e9e d\u2019un s\u00e9jour au service de soins intensifs. \u00abUne recherche int\u00e9ressante a explor\u00e9 le niveau de connaissances du grand public autour du succ\u00e8s de la r\u00e9animation et est arriv\u00e9e \u00e0 la conclusion qu\u2019il est bas\u00bb, rapporte Clara Podmore.<\/p>\n<p><strong>Nouvelles obligations l\u00e9gales<br \/>\n<\/strong>Si elle n\u2019est pas nouvelle, la notion d\u2019acharnement th\u00e9rapeutique semble avoir gagn\u00e9 en importance \u2013 ou du moins en visibilit\u00e9 \u2013 en Suisse ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Il faut dire qu\u2019elle figure au c\u0153ur des directives anticip\u00e9es, dont le respect est obligatoire depuis l\u2019entr\u00e9e en vigueur en janvier 2013 du nouveau droit f\u00e9d\u00e9ral de la protection de l\u2019adulte. Pour m\u00e9moire, cette r\u00e9glementation pr\u00e9voit que les dispositions th\u00e9rapeutiques r\u00e9dig\u00e9es par une personne \u2013 notamment au sujet des soins qu\u2019elle souhaiterait recevoir ou pas en cas d\u2019accident grave ou dans la phase terminale d\u2019une maladie \u2013 doivent \u00eatre suivies par le corps m\u00e9dical si cette personne est devenue incapable de discernement. Le cursus de Master en m\u00e9decine de l\u2019Unifr comporte d\u2019ailleurs un enseignement introductif sur les directives anticip\u00e9es.<\/p>\n<p>Plus r\u00e9cemment encore, la crise de la Covid-19 est venue renforcer la sensibilit\u00e9 \u00e0 ces questions. \u00abDans le cadre de la pand\u00e9mie, une pratique s\u2019est \u00e9tendue en milieu hospitalier, celle de demander plus proactivement aux patient\u00b7e\u00b7s \u00e0 leur arriv\u00e9e s\u2019ils souhaitaient, en cas de besoin, \u00eatre intub\u00e9\u00b7e\u00b7s, \u00eatre r\u00e9anim\u00e9\u00b7e\u00b7s, etc.\u00bb. La collaboratrice de l\u2019Institut de m\u00e9decine de famille explique: \u00abL\u2019\u00e9tat des personnes atteintes d\u2019une infection \u00e0 Sars-CoV-2 se d\u00e9t\u00e9riorait tellement vite qu\u2019on craignait ne pas pouvoir les interroger, ne serait-ce que quelques heures plus tard, sur leur volont\u00e9 en mati\u00e8re de soins.\u00bb Malgr\u00e9 l\u2019apaisement de la crise sanitaire, ce questionnement syst\u00e9matique est demeur\u00e9 et a m\u00eame gagn\u00e9 en importance.<\/p>\n<p>Disposer de directives claires \u00e9manant des patient\u00b7e\u00b7s, de leur entourage ou de leur m\u00e9decin de famille constitue certes un outil pr\u00e9cieux pour les soignant\u00b7e\u00b7s confront\u00e9\u00b7e\u00b7s \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de prendre, parfois dans l\u2019urgence, une d\u00e9cision th\u00e9rapeutique radicale. Cela ne les dispense pas pour autant de proc\u00e9der \u00e0 une \u00e9valuation de l\u2019\u00e9quit\u00e9 et de la pertinence des mesures en question. Cela ne leur \u00e9vite pas non plus de faire l\u2019objet, dans certains cas, du courroux des proches des patient\u00b7e\u00b7s. Il y a trois ans, la veuve d\u2019un homme soign\u00e9 au CHUV s\u2019est ainsi retourn\u00e9e contre l\u2019h\u00f4pital pour ne pas avoir respect\u00e9 les directives anticip\u00e9es de son \u00e9poux et proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 ce qu\u2019elle consid\u00e9rait comme de l\u2019acharnement th\u00e9rapeutique. Clara Podmore comprend bien la r\u00e9volte de cette femme. \u00abMais il faut souligner que du c\u00f4t\u00e9 des m\u00e9decins, il y a toujours une peur qu\u2019on leur reproche de ne pas en avoir fait assez, de ne pas avoir sauv\u00e9 une personne.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Projet de soins anticip\u00e9<br \/>\n<\/strong>Malgr\u00e9 la popularisation des directives anticip\u00e9es dans notre pays, \u00ab\u00e0 l\u2019heure actuelle, les patient\u00b7e\u00b7s hospitalis\u00e9\u00b7e\u00b7s en ayant r\u00e9dig\u00e9 sont encore minoritaires\u00bb, souligne la m\u00e9decin. Encore plus minoritaires sont ceux \u00abqui ont eu le courage de briser le tabou avec leurs familles, de partager clairement et en toute s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 leur vision de l\u2019acharnement th\u00e9rapeutique\u00bb. Mais aussi, plus largement, \u00ableurs souhaits dans diff\u00e9rents cas de figure, par exemple celui de d\u00e9c\u00e9der \u00e0 la maison \u00e0 tout prix ou de vivre le plus longtemps possible\u00bb. On parle alors de \u00abprojet de soins anticip\u00e9\u00bb.<\/p>\n<p>Le sc\u00e9nario id\u00e9al, selon Clara Podmore? \u00abR\u00e9gler le plus de choses possibles en amont, lorsqu\u2019on est encore en forme; r\u00e9unir ses proches et son g\u00e9n\u00e9raliste \u2013 qui sera en mesure de clarifier les notions m\u00e9dicales &#8211; autour d\u2019un caf\u00e9, dans une ambiance conviviale, et parler de tout \u00e7a sereinement.\u00bb Alors que de nombreux EMS exigent d\u00e9sormais que leurs r\u00e9sident\u00b7e\u00b7s aient consign\u00e9 des dispositions de fin de vie, ces derni\u00e8res \u00absont souvent r\u00e9dig\u00e9es \u00e0 la va-vite lors de l\u2019entr\u00e9e dans l\u2019\u00e9tablissement, qui est d\u00e9j\u00e0 en soi un moment hyper compliqu\u00e9 pour les patient\u00b7e\u00b7s et leurs familles\u00bb. M\u00eame si parler ouvertement de la mort peut \u00eatre douloureux, la doctoresse en est convaincue: \u00abLe fait d\u2019avoir pu discuter \u00e0 l\u2019avance et suivre des directives anticip\u00e9es aide les familles dans leur processus de deuil.\u00bb<\/p>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<span style=\"color: #ff6600;\">_________<\/span><\/p>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/www.unifr.ch\/med\/imf\/fr\/institut\/team\/people\/387179\/eb33f\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Clara Podmore<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alors qu\u2019elle figure au c\u0153ur des directives anticip\u00e9es, dont le respect par le corps m\u00e9dical est obligatoire en Suisse depuis 2013, la notion d\u2019acharnement th\u00e9rapeutique recoupe des r\u00e9alit\u00e9s tr\u00e8s diff\u00e9rentes selon les individus, au point de cr\u00e9er des malentendus. Le point avec Clara Podmore, de l\u2019Institut de m\u00e9decine de famille de l\u2019Unifr.\u00a0 \u00abEn cas de maladie ou d\u2019accident graves, surtout pas d\u2019acharnement th\u00e9rapeutique!\u00bb Cette phrase, de nombreuses personnes ou membres de la famille la prononcent. 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