{"id":20369,"date":"2024-06-07T11:02:41","date_gmt":"2024-06-07T10:02:41","guid":{"rendered":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges?p=20369"},"modified":"2024-06-07T12:36:27","modified_gmt":"2024-06-07T11:36:27","slug":"terre-sainte-cartographier-le-sacre-au-dela-des-clivages","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/articles\/2024\/terre-sainte-cartographier-le-sacre-au-dela-des-clivages","title":{"rendered":"Terre sainte: cartographier le sacr\u00e9 au-del\u00e0 des clivages"},"content":{"rendered":"<h4><strong>Port\u00e9 par l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg, le projet Holy Networks s\u2019attelle \u00e0 l\u2019\u00e9tude d\u2019un corpus de 400 lieux saints en Palestine. Son but: faire dialoguer les traditions historiographiques et proposer un nouveau cadre interpr\u00e9tatif du sacr\u00e9 dans la r\u00e9gion. <div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div><\/strong><\/h4>\n<p>Bien qu\u2019aujourd\u2019hui travers\u00e9e par les violences et les conflits, la Terre sainte n\u2019en demeure pas moins le terreau d\u2019une d\u00e9votion multis\u00e9culaire pour les fid\u00e8les des trois religions abrahamiques. Derri\u00e8re les lignes de fractures: un r\u00e9seau de lieux saints, objets de v\u00e9n\u00e9ration parfois partag\u00e9s entre juifs, musulmans et chr\u00e9tiens. L\u2019\u00e9tude de ces loca sancta sont au c\u0153ur du projet de recherche Holy Networks, d\u00e9marr\u00e9 en avril 2024 par l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg, et qui r\u00e9unira une dizaine de chercheurs et chercheuses et issu\u00b7e\u00b7s de diff\u00e9rents horizons de recherche, culturels et temporels.<\/p>\n<p>\u00abNotre objectif, par l\u2019\u00e9tude d\u2019un corpus de 400 lieux saints, consiste \u00e0 faire dialoguer les diff\u00e9rentes traditions historiographiques afin de proposer un cadre interpr\u00e9tatif renouvel\u00e9 de la Terre sainte\u00bb, r\u00e9sume Michele Bacci, professeur ordinaire d\u2019histoire de l\u2019art m\u00e9di\u00e9val \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg. Coordinateur de cette recherche pr\u00e9vue sur cinq ans et financ\u00e9e par le Fonds national suisse (SNSF Advanced Grants), il rel\u00e8ve le pont symbolique que permet ce projet, dans une r\u00e9gion o\u00f9 les communaut\u00e9s sont aujourd\u2019hui divis\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Approche transversale<br \/>\n<\/strong>\u00abNotre recherche s\u2019int\u00e9resse notamment \u00e0 la mani\u00e8re dont ces diff\u00e9rentes cultures ont cohabit\u00e9 par le pass\u00e9, dans une r\u00e9gion investie de longue date sur les plans spirituel, culturel, mais aussi politique\u00bb Pour mener ses recherches, effectu\u00e9es essentiellement depuis Fribourg, Michele Bacci et son \u00e9quipe pourront compter sur les riches fonds d\u2019institutions comme le Studium Biblicum Franciscanum ou l\u2019Ecole biblique arch\u00e9ologique fran\u00e7aise \u00e0 J\u00e9rusalem. Dans une Terre sainte d\u00e9j\u00e0 passablement labour\u00e9e par les projets de recherches, Holy Networks se d\u00e9marque par sa transversalit\u00e9 et sa volont\u00e9 de mettre en lien des donn\u00e9es nombreuses, mais qui demeurent souvent fragmentaires. Car c\u2019est un paradoxe: les fouilles et descriptions r\u00e9alis\u00e9es au fil des si\u00e8cles ont g\u00e9n\u00e9r\u00e9 une importante masse de donn\u00e9es, mais ces derni\u00e8res se retrouvent aujourd\u2019hui \u00e9parpill\u00e9es entre diff\u00e9rentes aires culturelles (juive, musulmane, chr\u00e9tienne latine, grecque, arm\u00e9nienne, etc.).<\/p>\n<p><strong>Sept si\u00e8cles sous la loupe<br \/>\n<\/strong>\u00abUne telle recherche est facilit\u00e9e par Internet, gr\u00e2ce \u00e0 la consultation de manuscrits et livres rares en ligne\u00bb, pr\u00e9cise Michele Bacci. Si l\u2019acc\u00e8s aux ressources est ais\u00e9, deux bornes temporelles baliseront le travail des chercheur\u00b7euses. \u00abNous nous pencherons sur la p\u00e9riode islamique post-crois\u00e9e, soit une dur\u00e9e de sept si\u00e8cles qui va de la reconqu\u00eate de J\u00e9rusalem par Salah ad-Din en 1187, \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement du soi-disant statu quo par le sultan ottoman Abd\u00fclmecid en 1852\u00bb, explique Michele Bacci. Ce qui rend cette p\u00e9riode int\u00e9ressante, c\u2019est que les non-musulmans avaient alors l\u2019interdiction d\u2019\u00e9riger de l\u2019architecture nouvelle et de restaurer ce qui existe. Michele Bacci s\u2019int\u00e9resse particuli\u00e8rement \u00e0 la domination mamelouke, du milieu du XIIIe au d\u00e9but du XVIe si\u00e8cle. \u00abA ce moment, les lieux saints se multiplient, mais s\u2019\u00e9mancipent de l\u2019architecture. Si dans les faits, il \u00e9tait interdit aux chr\u00e9tiens et aux juifs de monumentaliser, ceux-ci pouvaient maintenir l\u2019existant\u00bb, fait remarquer le chercheur. On se met ainsi \u00e0 v\u00e9n\u00e9rer une pierre sur laquelle la Vierge Marie se serait repos\u00e9e lors de la Passion ou un arbre \u00e0 l\u2019ombre duquel la Sainte Famille se serait arr\u00eat\u00e9e. Autant de \u00abportions de paysage\u00bb, qui mat\u00e9rialisent le souvenir d\u2019un \u00e9pisode sacr\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Saintes au carrefour des traditions<br \/>\n<\/strong>Des sites, comme le tombeau de Rachel sur la route de Bethl\u00e9em, sont v\u00e9n\u00e9r\u00e9es par les trois religions abrahamiques. Il arrive que les diff\u00e9rentes traditions r\u00e9investissent ces lieux \u00e0 leur mani\u00e8re. Michele Bacci cite l\u2019exemple, sur le Mont des Oliviers, d\u2019un tombeau attribu\u00e9 \u00e0 trois femmes diff\u00e9rentes. \u00abLes juifs y v\u00e9n\u00e8rent la proph\u00e9tesse Hulda, mentionn\u00e9e dans l\u2019Ancien Testament au temps du roi Josu\u00e9, l\u00e0 o\u00f9 les musulmans c\u00e9l\u00e8brent Rabi\u2019a al-Adawiya, figure soufie du VIIe si\u00e8cle. Les chr\u00e9tiens y prient quant \u00e0 eux sainte P\u00e9lagie d\u2019Antioche, prostitu\u00e9e, actrice et danseuse convertie au christianisme.\u00bb<br \/>\nContrairement \u00e0 la pratique en Occident, o\u00f9 l\u2019on v\u00e9n\u00e8re habituellement des statues, des images ou des objets, la d\u00e9votion en Terre sainte se d\u00e9marque par le fait que l\u2019attention est dirig\u00e9e vers des \u00abmorceaux\u00bb de sol ou de paysage: un trou dans un pavement, un rocher ou un arbre. \u00abComment ces lieux se distinguent-ils de ce qui les entoure\u00a0? C\u2019est cette perspective anthropologique qui nous int\u00e9resse\u00bb, rel\u00e8ve Michele Bacci. Les chercheur\u00b7euses s\u2019arr\u00eateront sur les dispositifs d\u2019encadrement qui indiquaient qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un lieu saint.<\/p>\n<p><strong>Comment se vivait l\u2019exp\u00e9rience du sacr\u00e9?<br \/>\n<\/strong>Outre cette approche \u00aben creux\u00bb, par laquelle un lieu saint se donne \u00e0 voir par ce qui l\u2019entoure, une attention sera mise sur les strat\u00e9gies d\u00e9ploy\u00e9es pour d\u00e9finir la nature sacr\u00e9e de ces endroits (narrative, spatiale, performative, rituelle). Par exemple, concernant les d\u00e9votions, des pri\u00e8res \u00e9taient-elles lues de mani\u00e8re collective? \u00abIl existe une quantit\u00e9 infinie de textes qui n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 recueillis de mani\u00e8re syst\u00e9matique\u00bb, souligne l\u2019universitaire.<\/p>\n<p>Ces morceaux de territoire sacralis\u00e9s ne sont pas isol\u00e9s les uns des autres. Des routes et des chemins qui relient les principaux sites \u00e9merge une topographie sacr\u00e9e dynamique. \u00abDans l\u2019exp\u00e9rience de ces lieux, il y a aussi, pour le p\u00e8lerin, le mouvement qui les relie\u00bb, rappelle Michele Bacci. Dans certains cas, il s\u2019agit d\u2019une pratique m\u00e9morielle, \u00e0 l\u2019image du trac\u00e9 Bethl\u00e9em-J\u00e9rusalem qui permet de \u00abrevivre\u00bb le parcours de Marie, Joseph et l\u2019Enfant J\u00e9sus.<\/p>\n<p><strong>Le mouvement, objet de d\u00e9votion<br \/>\n<\/strong>\u00abPar la fatigue, l\u2019effort, le mouvement devient lui-m\u00eame un objet de d\u00e9votion\u00bb, consid\u00e8re encore le chercheur. Le projet Holy Networks entend d\u2019ailleurs reconstituer cette dimension du corps en d\u00e9placement, que ce soit \u00e0 pied ou \u00e0 cheval, par une simulation digitale qui permettra de se rendre compte de cette temporalit\u00e9. \u00abC\u2019est un travail qui n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 fait!\u00bb, insiste Michele Bacci. Une reconstitution d\u2019autant plus pr\u00e9cieuse que la localisation des loca sancta s\u2019est compliqu\u00e9e par endroits, du fait de l\u2019alt\u00e9ration du paysage. C\u2019est le cas du champ dit \u00abde pois chiches p\u00e9trifi\u00e9s\u00bb, dont on raconte que la Vierge (ou le Christ selon les versions) y aurait transform\u00e9 les pois chiches d\u2019un cultivateur en cailloux. Ce champ aurait exist\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, pour finalement dispara\u00eetre, travers\u00e9 aujourd\u2019hui par le mur de s\u00e9paration. <div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<p><span style=\"color: #ff6600;\">_______<\/span><\/p>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/www.unifr.ch\/lettres\/fr\/faculte\/professeurs\/people\/6925\/a067e\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Michele Bacci<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Port\u00e9 par l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg, le projet Holy Networks s\u2019attelle \u00e0 l\u2019\u00e9tude d\u2019un corpus de 400 lieux saints en Palestine. 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