{"id":19535,"date":"2024-01-09T10:24:28","date_gmt":"2024-01-09T09:24:28","guid":{"rendered":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges?p=19535"},"modified":"2024-01-09T10:25:43","modified_gmt":"2024-01-09T09:25:43","slug":"je-me-rendais-compte-que-mon-recit-genait-mes-proches","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/articles\/2024\/je-me-rendais-compte-que-mon-recit-genait-mes-proches?lang=de","title":{"rendered":"\u00abJe me rendais compte que mon r\u00e9cit g\u00eanait mes proches\u00bb"},"content":{"rendered":"<h4><strong>Difficiles \u00e0 chiffrer pr\u00e9cis\u00e9ment en raison du tabou qui les entoure, les violences sexuelles sont une r\u00e9alit\u00e9 tristement r\u00e9pandue en Suisse. Une \u00e9tudiante en psychologie de l\u2019Unifr, elle-m\u00eame abus\u00e9e par un proche durant l\u2019enfance, propose des groupes de parole destin\u00e9s aux victimes. <\/strong><\/h4>\n<div id=\"attachment_19528\" style=\"width: 210px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/Duperrex-scaled.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-19528\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-19528 size-medium\" src=\"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/Duperrex-200x300.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/Duperrex-200x300.jpg 200w, https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/Duperrex-683x1024.jpg 683w, https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/Duperrex-768x1152.jpg 768w, https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/Duperrex-1024x1536.jpg 1024w, https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/Duperrex-1365x2048.jpg 1365w, https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/Duperrex-scaled.jpg 1707w\" sizes=\"(max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-19528\" class=\"wp-caption-text\">Heidi Duperrex, fondatrice de l&rsquo;association Amor Fati<\/p><\/div>\n<p>Ce n\u2019est que la pointe de l\u2019iceberg. En Suisse, environ 350 enfants sont victimes d\u2019inceste chaque ann\u00e9e, selon les r\u00e9sultats d\u2019une enqu\u00eate de la RTS publi\u00e9s en 2019. Mais vu les tabous li\u00e9s au harc\u00e8lement sexuel &#8211; et le peu de cas d\u00e9nonc\u00e9s \u00e0 la police &#8211; les sp\u00e9cialistes partent du principe que le nombre de personnes concern\u00e9es est bien plus important. Le Conseil de l\u2019Europe estime ainsi qu\u2019un mineur sur dix serait touch\u00e9 par l\u2019inceste. Quant aux violences sexuelles dans leur ensemble, elles frapperaient pas moins d\u2019un enfant sur cinq. Chaque classe d\u2019\u00e9cole comporterait donc en moyenne deux \u00e9l\u00e8ves abus\u00e9s, dont un par un membre de sa famille.<\/p>\n<p>Durant des ann\u00e9es, Heidi Duperrex (aujourd\u2019hui \u00e2g\u00e9e de 23 ans) a \u00e9t\u00e9 cette \u00e9l\u00e8ve. Victime d\u2019attouchements de la part de son beau-p\u00e8re d\u00e8s l\u2019\u00e2ge de 7ans, puis de viols d\u00e8s l\u2019\u00e2ge de 10 ans, elle n\u2019est sortie (physiquement) de la spirale des violences sexuelles qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 15 ans, lorsque sa m\u00e8re et son \u00e9poux ont divorc\u00e9. Verbalement, il a fallu attendre encore quatre ans avant que l\u2019adolescente ne parvienne \u00ab\u00e0 lib\u00e9rer sa parole\u00bb. Dans la foul\u00e9e, des personnes proches lui conseillent de porter plainte, ce qu\u2019elle fait en mai 2020. La machine judiciaire se met en branle. D\u00e9marre pour Heidi Duperrex une attente presque intenable, qui dure encore. Condamn\u00e9 en avril 2023 en premi\u00e8re instance \u00e0 12 ans de prison et au versement de 70&rsquo;000 francs, son agresseur a fait appel. Au moment de la r\u00e9daction de cet article, la date du second proc\u00e8s n\u2019avait pas encore \u00e9t\u00e9 fix\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Comme une cocotte-minute<br \/>\n<\/strong>En automne 2020, la jeune femme d\u00e9bute des \u00e9tudes de psychologie \u00e0 l\u2019Unifr. \u00abApr\u00e8s quelques mois, j\u2019ai d\u00fb jeter l\u2019\u00e9ponge; une confrontation avait eu lieu avec mon ex-beau-p\u00e8re et j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s \u00e9branl\u00e9e, je n\u2019arrivais plus \u00e0 aller en cours.\u00bb La crise Covid-19 en rajoute une couche. \u00abCertes, j\u2019\u00e9tais suivie par une psychologue et entour\u00e9e d\u2019amis \u00e0 qui je pouvais parler\u00bb, se souvient-elle. \u00abMais j\u2019avais l\u2019impression de devoir constamment mettre des filtres lorsque je racontais mon histoire.\u00bb Elle pr\u00e9cise: \u00abAvec mes proches, je m\u2019auto-censurais car je me rendais bien compte que mon r\u00e9cit les g\u00eanait; quant \u00e0 la psy, elle me manifestait plut\u00f4t de la piti\u00e9 que de la compr\u00e9hension.\u00bb<br \/>\nL\u2019ann\u00e9e suivante, Heidi Duperrex se r\u00e9inscrit en cursus de psychologie. \u00abHeureusement, cette fois, j\u2019arrivais \u00e0 travailler; par contre, c\u00f4t\u00e9 priv\u00e9, l\u2019attente devenait difficile \u00e0 g\u00e9rer, je me sentais comme une cocotte-minute sur le point d\u2019exploser.\u00bb L\u2019\u00e9tudiante en est convaincue: \u00e9changer avec des personnes qui ont un v\u00e9cu similaire au sien lui ferait du bien. Mais elle a beau prendre contact avec plusieurs organismes sp\u00e9cialis\u00e9s dans l\u2019aide aux victimes de violences ou dans la mise sur pied de groupes de parole, elle fait chou blanc: aucun n\u2019est en mesure de lui proposer une offre correspondant \u00e0 ses besoins. \u00abD\u00e9but 2022, j\u2019ai eu un d\u00e9clic: je vais cr\u00e9er mon propre groupe de parole!\u00bb<\/p>\n<p>Faisant fi de l\u2019avis de sa psychologue, qui lui d\u00e9conseille un tel projet \u2013 \u00abelle craignait que le fait d\u2019\u00eatre publiquement associ\u00e9e \u00e0 la th\u00e9matique de l\u2019inceste ne soit trop lourd \u00e0 porter pour moi\u00bb &#8211; Heidi Duperrex imagine Amor Fati, une association dont le but est de venir en aide aux victimes d\u2019abus sexuels et \u00e0 leurs proches. \u00abIl me fallait un espace pour accueillir l\u2019association, ainsi que le groupe de parole; je me suis adress\u00e9e \u00e0 Fri Up (ndlr: organe fribourgeois de soutien \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019entreprises), qui m\u2019a redirig\u00e9e vers l\u2019Innovation Lab Fribourg.\u00bb Con\u00e7ue pour les jeunes innovateurs, notamment les personnes en cours de formation (universitaire ou HES), cette structure vise \u00e0 les soutenir dans la concr\u00e9tisation de leur projet entrepreneurial. Outre de l\u2019aide de l\u2019Innovation Lab (mise \u00e0 disposition de locaux), la fondatrice d\u2019Amor Fati a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de celle du r\u00e9seau B\u00e9n\u00e9volat Fribourg (\u00e9laboration des statuts de l\u2019association) et de la LAVI (animation du groupe de parole). C\u00f4t\u00e9 publicit\u00e9, apr\u00e8s de modestes d\u00e9buts sur Instagram, la jeune femme a profit\u00e9 du buzz g\u00e9n\u00e9r\u00e9 en terre fribourgeoise par une interview accord\u00e9e \u00e0 une radio parisienne. \u00abD\u00e8s l\u2019ouverture des inscriptions au premier groupe de parole, en juin 2022, il y avait assez de participant\u00b7e\u00b7s, voire trop.\u00bb<\/p>\n<p><strong>La boxe comme d\u00e9fouloir<br \/>\n<\/strong>Une fois par mois, les personnes qui se sentent concern\u00e9es par la th\u00e9matique des abus sexuels \u2013 \u00abquel que soit leur sexe, leur \u00e2ge ou leur fa\u00e7on de d\u00e9finir les abus sexuels\u00bb &#8211; se r\u00e9unissent en petit groupe afin d\u2019\u00e9changer de fa\u00e7on confidentielle, dans un cadre bienveillant et s\u00e9curisant. \u00abNous commen\u00e7ons par un tour de table sur les \u00e9motions actuelles des participant\u00b7e\u00b7s puis travaillons des th\u00e8mes sp\u00e9cifiques \u2013 par exemple la peur des hommes, les cauchemars ou les ressources \u2013 \u00e0 travers les exp\u00e9riences et conseils de chacun\u00b7e.\u00bb Le groupe est co-anim\u00e9 par une infirmi\u00e8re disposant d\u2019une exp\u00e9rience en psychiatrie. \u00abLorsqu\u2019elle travaillait en milieu hospitalier, Charlotte a constat\u00e9 qu\u2019on intervient souvent trop tard, lorsque les victimes d\u2019abus sexuels sont d\u00e9j\u00e0 au bout du rouleau, m\u00e9dicalis\u00e9es, etc.\u00bb C\u2019est dans la salle de boxe qu\u2019elles fr\u00e9quentent toutes les deux que les jeunes femmes ont fait connaissance. \u00abPour moi, la boxe, c\u2019est l\u2019activit\u00e9 qui me permet de sortir tout ce qui doit sortir\u00bb, rapporte Heidi Duperrex. D\u2019ailleurs, l\u2019association Amor Fati propose, en partenariat avec un club de boxe anglaise, des cours \u00e0 tarif pr\u00e9f\u00e9rentiel aux personnes d\u00e9sireuses de \u00abse d\u00e9fouler et laisser libre cours \u00e0 leurs \u00e9motions dans un cadre soutenant\u00bb. Lorsque les finances le permettront, \u00abnous souhaiterions \u00e9largir la palette des activit\u00e9s offertes, par exemple au yoga, \u00e0 la fr\u00e9quentation de \u00abrage rooms\u00bb, etc.\u00bb Selon l\u2019\u00e9tudiante de l\u2019Unifr, trouver une activit\u00e9 qui aide \u00e0 g\u00e9rer les \u00e9motions fait partie des r\u00e9flexes de base que devrait adopter une victime de violences sexuelles. \u00abLes possibilit\u00e9s sont infinies: \u00e7a peut \u00eatre la danse, aller crier dans la for\u00eat\u2026\u00bb Outre l\u2019\u00e9change avec des personnes ayant v\u00e9cu la m\u00eame exp\u00e9rience \u2013 par exemple via un groupe de parole -, Heidi Duperrex recommande vivement de consulter un psychologue, \u00abqui apporte des d\u00e9finitions \u00e9clairantes sur ce qui est en train de se passer \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur\u00bb. Surtout, elle encourage \u00e0 \u00abremplir sa bo\u00eete \u00e0 outils, tester ce qui fait du bien et ne pas rester fig\u00e9 dans sa t\u00eate, car on pourrait \u00eatre tent\u00e9 de se faire du mal\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Aussi des abuseuses<br \/>\n<\/strong>Un an et demi apr\u00e8s le lancement de l\u2019association, sa fondatrice tire un bilan r\u00e9jouissant. \u00abNous avons de plus en plus d\u2019inscriptions, au point qu\u2019il va falloir envisager une nouvelle formule afin que le groupe de parole ne devienne pas trop grand.\u00bb Autre source de satisfaction: l\u2019\u00e2ge des participants, qui tend \u00e0 se diversifier. \u00abIl oscille d\u00e9sormais entre 20 et 55 ans, ce qui permet de s\u2019inspirer mutuellement; alors que les plus \u00e2g\u00e9s ont davantage d\u2019exp\u00e9rience de vie, les plus jeunes ont tendance \u00e0 avoir une parole plus libre.\u00bb C\u00f4t\u00e9 genre aussi, la diversit\u00e9 est au rendez-vous. \u00abJ\u2019avoue qu\u2019au d\u00e9but, le groupe ciblait les femmes.\u00bb Rapidement, Heidi Duperrex a r\u00e9alis\u00e9 \u00abqu\u2019il y a aussi des abuseuses\u00bb et a ouvert son groupe de parole aux hommes. Avec un bonus inattendu: \u00abLa plupart des femmes qui ont \u00e9t\u00e9 ou sont victimes d\u2019abus ont peur des hommes; le fait d\u2019\u00eatre en contact r\u00e9gulier avec des hommes qui sont eux-m\u00eames victimes les aide \u00e0 surmonter cette crainte.\u00bb<\/p>\n<p>En collaboration avec l\u2019association Amor Fati, l\u2019Unifr propose un groupe de parole destin\u00e9 aux victimes de violences sexuelles. Il est anim\u00e9 par des psychologues du Centre de Psychologie de la Sant\u00e9. Inscriptions: association.amorfati@gmail.com<\/p>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<span style=\"color: #ff6600;\">________<br \/>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div><\/span><\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/association-amorfati.ch\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Amor Fati<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Difficiles \u00e0 chiffrer pr\u00e9cis\u00e9ment en raison du tabou qui les entoure, les violences sexuelles sont une r\u00e9alit\u00e9 tristement r\u00e9pandue en Suisse. Une \u00e9tudiante en psychologie de l\u2019Unifr, elle-m\u00eame abus\u00e9e par un proche durant l\u2019enfance, propose des groupes de parole destin\u00e9s aux victimes. Ce n\u2019est que la pointe de l\u2019iceberg. En Suisse, environ 350 enfants sont victimes d\u2019inceste chaque ann\u00e9e, selon les r\u00e9sultats d\u2019une enqu\u00eate de la RTS publi\u00e9s en 2019. 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