{"id":19496,"date":"2023-12-20T07:45:48","date_gmt":"2023-12-20T06:45:48","guid":{"rendered":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges?p=19496"},"modified":"2023-12-20T09:07:41","modified_gmt":"2023-12-20T08:07:41","slug":"les-chaebols-geants-controverses-de-leconomie-sud-coreenne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/articles\/2023\/les-chaebols-geants-controverses-de-leconomie-sud-coreenne?lang=de","title":{"rendered":"Les chaebols, g\u00e9ants controvers\u00e9s de l\u2019\u00e9conomie sud-cor\u00e9enne"},"content":{"rendered":"<h4><strong>Samsung, Hyundai ou LG group. Fers de lance de la croissance du pays asiatique aux mains de puissantes familles, ces groupes sont per\u00e7us de mani\u00e8re ambivalente par la population cor\u00e9enne, observe le chercheur en finance fribourgeois Romain Ducret, laur\u00e9at du prix Vigener remis lors du Dies academicus 2023 \u00e0 Fribourg. <div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<\/strong><\/h4>\n<p>Une crevette parmi des baleines. Voil\u00e0 comment les Sud-Cor\u00e9en\u00b7nes d\u00e9crivent la position g\u00e9ographique et \u00e9conomique de leur pays. Entre deux g\u00e9ants: la Chine et le Japon. Dans les ann\u00e9es 1950, au sortir de la guerre de Cor\u00e9e et apr\u00e8s des d\u00e9cennies d\u2019occupation japonaise, la \u00abcrevette\u00bb a mauvaise mine. Totalement d\u00e9truit, le pays conna\u00eetra pourtant une croissance impressionnante durant la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle et jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui. Si le pays de la K-Pop et de Squid game exporte sa culture et soigne son soft power, il s\u2019est surtout impos\u00e9 comme puissance \u00e9conomique.<\/p>\n<div id=\"attachment_19488\" style=\"width: 235px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/RDucret.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-19488\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-19488\" src=\"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/RDucret-225x300.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/RDucret-225x300.jpg 225w, https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/RDucret-768x1024.jpg 768w, https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/RDucret.jpg 1104w\" sizes=\"(max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-19488\" class=\"wp-caption-text\">Romain Ducret, laur\u00e9at du prix Vigener<\/p><\/div>\n<p>\u00abPublicit\u00e9s, enseignes lumineuses, b\u00e2timents. Dans les rues de S\u00e9oul, les signes de ce bond \u00e9conomique sont omnipr\u00e9sents\u00bb, observe le Fribourgeois Romain Ducret. Chercheur au sein de la Chaire de finance et gouvernance d\u2019entreprise de l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg, il a travaill\u00e9 sur ce qu\u2019on appelle le \u00abmiracle\u00bb cor\u00e9en.<\/p>\n<p><strong>Le cas parlant du Covid-19<br \/>\n<\/strong>Sa th\u00e8se de doctorat, intitul\u00e9e <em>The Korean market and business groups: Three essays on the pricing, valuation and policies of Korean listed firms<\/em> lui a valu le prix Vigener, remis lors du Dies Academicus 2023 \u00e0 Fribourg. Au c\u0153ur de ses recherches: les <em>chaebols<\/em>. Un mot form\u00e9 par les racines chinoises <em>chae<\/em> (finance) et <em>bol<\/em> (groupe de personnes) pour d\u00e9crire ces structures autant essentielles que clivantes dans le pays. Groupe le plus important, Samsung repr\u00e9sente aujourd\u2019hui \u00e0 lui seul environ 20 % du PIB sud-cor\u00e9en. \u00abLa question des <em>chaebols<\/em> divise en Cor\u00e9e\u00bb, fait remarquer Romain Ducret. Dans l\u2019opinion publique, leur puissance \u00e9conomique suscite tour \u00e0 tour la m\u00e9fiance et la confiance; probl\u00e8me pour les uns, solution pour les autres. Cette ambivalence, le chercheur l\u2019a per\u00e7ue sur les march\u00e9s boursiers lors de la pand\u00e9mie. Avec l\u2019effondrement du march\u00e9 au d\u00e9but de la crise, les investisseurs sont soudain devenus frileux avec les <em>chaebols<\/em>. \u00abCertains investisseurs se souvenaient de la crise asiatique de 1997 et craignaient que des groupes ne connaissent des faillites en s\u00e9rie\u00bb, explique le chercheur. En revanche, une fois l\u2019orage pass\u00e9, au moment de la reprise, le fait d\u2019\u00eatre associ\u00e9 aux <em>chaebols<\/em> et \u00e0 leur puissance \u00e9conomique \u00e9tait au contraire consid\u00e9r\u00e9 comme un avantage. Ces groupes aux activit\u00e9s tr\u00e8s diversifi\u00e9s (Samsung compte 63 firmes affili\u00e9es en 2023) offrent en effet une stabilit\u00e9, permettant d\u2019allouer et d\u2019optimiser les ressources en leur sein. \u00abLa majorit\u00e9 des <em>chaebols<\/em> est rest\u00e9e aux mains des familles fondatrices. Elles exercent leur contr\u00f4le via des structures particuli\u00e8rement complexes comme des participations crois\u00e9es. Ce qui veut dire qu\u2019au sein du groupe, une entreprise A d\u00e9tient des parts de l\u2019entreprise B. Ces pratiques posent des probl\u00e8mes de gouvernance\u00bb, d\u00e9crit Romain Ducret. <a href=\"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/DSC_3899-scaled.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignnone wp-image-19487 size-large\" src=\"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/DSC_3899-1024x458.jpg\" alt=\"\" width=\"680\" height=\"304\" srcset=\"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/DSC_3899-1024x458.jpg 1024w, https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/DSC_3899-300x134.jpg 300w, https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/DSC_3899-768x343.jpg 768w, https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/DSC_3899-1536x687.jpg 1536w, https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/DSC_3899-2048x916.jpg 2048w\" sizes=\"(max-width: 680px) 100vw, 680px\" \/><\/a><\/p>\n<p><strong>Liens \u00e9troits et opaques avec les politiques<br \/>\n<\/strong>Le d\u00e9veloppement des <em>chaebols<\/em> remonte aux ann\u00e9es 1960. A cette p\u00e9riode, le g\u00e9n\u00e9ral Park Chung-hee, \u00e0 la t\u00eate du pays, s\u2019entoure d\u2019entrepreneurs et leur donne mission de relancer l\u2019\u00e9conomie en \u00e9change de certains avantages. Profitant de plans de relances \u00e9conomiques, nombre d\u2019entreprises commencent \u00e0 investir dans l\u2019industrie lourde et chimique d\u00e8s les ann\u00e9es 1970. Ce qui explique qu\u2019aujourd\u2019hui encore, la Cor\u00e9e reste l\u2019un des acteurs importants du march\u00e9, comme la construction navale. D\u00e8s le d\u00e9part, <em>chaebols<\/em> et politiques cultivent donc des liens \u00e9troits, mais aussi opaques. Leur domination dans le paysage \u00e9conomique cor\u00e9en commence \u00e0 d\u00e9ranger. \u00abDans les ann\u00e9es\u00a01980, les autorit\u00e9s deviennent plus strictes, les <em>chaebols<\/em> \u00e9tant accus\u00e9s d\u2019emp\u00eacher toute forme de concurrence\u00bb, rel\u00e8ve le chercheur. Ces mesures n\u2019emp\u00eachent toutefois pas les scandales d\u2019\u00e9clater. Et ce jusqu\u2019\u00e0 r\u00e9cemment, comme en 2017, avec la destitution sur fond de scandales de corruption de la pr\u00e9sidente du pays, Park Geun-hye, fille du g\u00e9n\u00e9ral Park. La d\u00e9fiance d\u2019une partie de la population \u00e0 l\u2019encontre des <em>chaebols<\/em> s\u2019est accrue avec la crise asiatique de 1997. D\u00e9butant en Asie du Sud-Est, la crise s\u2019est propag\u00e9e dans les pays environnants. En Cor\u00e9e du Sud, cela reste un traumatisme encore bien pr\u00e9sent dans l\u2019identit\u00e9 des Cor\u00e9en\u00b7nes; un moment charni\u00e8re aussi dans le lien que la population entretient avec les <em>chaebols<\/em>. \u00abAvant la crise, ceux-ci se finan\u00e7aient au moyen de la dette et profitaient de cr\u00e9dits \u00e0 moindre co\u00fbt, ils ont \u00e9t\u00e9 accus\u00e9s d\u2019avoir propag\u00e9 la crise dans le pays\u00bb, souligne Romain Ducret.<\/p>\n<p><strong>Critiqu\u00e9s mais vitaux pour le pays<br \/>\n<\/strong>Au-del\u00e0 du d\u00e9g\u00e2t d\u2019image et de la baisse de popularit\u00e9, la crise elle-m\u00eame secoue les <em>chaebols<\/em>. \u00abDes groupes ont r\u00e9sist\u00e9 et se sont renforc\u00e9s. C\u2019est le cas pour Samsung, LG et SK. D\u2019autres en revanche ont disparu\u00bb, continue le chercheur. Il s\u2019agissait pour certains de groupes important, \u00e0 l\u2019exemple de Daewoo, actif tant dans la construction navale, les voitures, l\u2019\u00e9lectronique ou le b\u00e2timent. Endett\u00e9, le groupe se verra dissous par le gouvernement en 1999, d\u2019autres groupes rachetant certaines de ses entreprises, \u00e0 l\u2019image de l\u2019am\u00e9ricain General Motors qui reprendra la filiale automobile. Si les <em>chaebols<\/em> restent clivants au sein de la soci\u00e9t\u00e9, ils n\u2019en demeurent pas moins une force \u00e9conomique de premier plan. Des groupes comme Samsung restent vitaux pour le pays. Certains, comme LG, sont devenus des holdings pour gagner en transparence. Leur avenir suit \u00e9galement les contours de la politique internationale. \u00abLes tensions entre la Chine et les Etats-Unis ont projet\u00e9 la Cor\u00e9e du Sud sur le devant de la sc\u00e8ne \u00e9conomique\u00bb, analyse le chercheur. Avec sa production de circuits int\u00e9gr\u00e9s et de batteries, la Cor\u00e9e permet de soulager les Occidentaux de leur d\u00e9pendance \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la Chine. <a href=\"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/DSC_4582.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignnone wp-image-19486 size-large\" src=\"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/DSC_4582-1024x408.jpg\" alt=\"\" width=\"680\" height=\"271\" srcset=\"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/DSC_4582-1024x408.jpg 1024w, https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/DSC_4582-300x120.jpg 300w, https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/DSC_4582-768x306.jpg 768w, https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/DSC_4582-1536x613.jpg 1536w, https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/DSC_4582-2048x817.jpg 2048w\" sizes=\"(max-width: 680px) 100vw, 680px\" \/><\/a><br \/>\nCes derni\u00e8res ann\u00e9es, les joint-ventures se sont multipli\u00e9s entre les Etats-Unis et le Pays du matin calme, lequel muscle sa pr\u00e9sence dans le domaine de l\u2019armement, devenant l\u2019un des dix plus grands exportateurs. Pour autant, il serait exag\u00e9r\u00e9 de faire de la Cor\u00e9e du Sud un pays pro-occidental. \u00abCelle-ci privil\u00e9gie une certaine neutralit\u00e9 \u00e9conomique\u00bb, nuance le chercheur, impressionn\u00e9 par la forte conscience identitaire de la population. \u00abIl existe une tension entre l\u2019aspiration au mod\u00e8le occidental et un attachement aux valeurs confuc\u00e9ennes et \u00e0 la culture traditionnelle. Mais ce qui domine, c\u2019est la fiert\u00e9 d\u2019\u00eatre Cor\u00e9en\u00b7ne.\u00bb<br \/>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<span style=\"color: #ff6600;\">________<br \/>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div><\/span><\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/www.unifr.ch\/cgf\/fr\/chaire\/equipe\/romain-ducret.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Romain Ducret<\/a><\/li>\n<li>Photos: Romain Ducret<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Samsung, Hyundai ou LG group. 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