{"id":18008,"date":"2023-04-18T10:49:41","date_gmt":"2023-04-18T09:49:41","guid":{"rendered":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges?p=18008"},"modified":"2023-05-05T12:38:23","modified_gmt":"2023-05-05T11:38:23","slug":"luniversite-ce-lieu-de-pouvoir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/articles\/2023\/luniversite-ce-lieu-de-pouvoir","title":{"rendered":"L\u2019universit\u00e9, ce lieu de pouvoir"},"content":{"rendered":"<h4><strong>Docteure en neurobiologie, Ad\u00e8le B. Combes a men\u00e9 l\u2019enqu\u00eate sur l\u2019\u00e9tendue du harc\u00e8lement moral et sexuel subi par les doctorant\u00b7e\u00b7s en France. Elle en a pr\u00e9sent\u00e9 les r\u00e9sultats r\u00e9v\u00e9lateurs, lors d\u2019une table ronde organis\u00e9e par le Syndicat du secteur public. <div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<\/strong><\/h4>\n<p>\u00abSi en th\u00e8se tu ne souffres pas, c\u2019est que ce n\u2019est pas une bonne th\u00e8se.\u00bb Cette affirmation, Ad\u00e8le B. Combes l\u2019a entendue plusieurs fois au cours de son enqu\u00eate sur les conditions des jeunes chercheuses et chercheurs dans les universit\u00e9s fran\u00e7aises. Fin mars, elle \u00e9tait de passage en Suisse romande pour pr\u00e9senter le fruit de son travail, un ouvrage intitul\u00e9 \u00abComment l\u2019universit\u00e9 broie les jeunes chercheurs\u00bb, \u00e0 l\u2019occasion de tables rondes dont la premi\u00e8re s\u2019est tenue \u00e0 Fribourg, avant Lausanne et Gen\u00e8ve. Le Syndicat du secteur public (SSP) avait invit\u00e9 l\u2019autrice et chercheuse fran\u00e7aise dans le cadre de sa campagne \u00abStable jobs \u2013 better science\u00bb. Lanc\u00e9e au niveau national, celle-ci r\u00e9clame de meilleures conditions pour la rel\u00e8ve acad\u00e9mique suisse. \u00abJ\u2019ai termin\u00e9 ma th\u00e8se en neurobiologie en 2017, en plein mouvement #MeToo, raconte Ad\u00e8le B. Combes. Je me suis alors rendu compte que ce que j\u2019avais v\u00e9cu dans mon labo n\u2019\u00e9tait pas propre \u00e0 l\u2019\u00e9quipe au sein de laquelle j\u2019avais \u00e9volu\u00e9.\u00bb Voyant appara\u00eetre des commentaires concordant sur les conditions de travail pr\u00e9caires des doctorant\u00b7e\u00b7s dans diff\u00e9rentes universit\u00e9s, elle fouille la litt\u00e9rature existante sans trouver de travaux s\u2019int\u00e9ressant \u00e0 la probl\u00e9matique.<\/p>\n<p><strong>1877 doctorant\u00b7e\u00b7s interrog\u00e9\u00b7e\u00b7s<br \/>\n<\/strong>\u00abJ\u2019ai alors d\u00e9cid\u00e9 de mener ma propre enqu\u00eate.\u00bb Forte d\u2019une exp\u00e9rience de cheffe de projet en communication en sant\u00e9, elle \u00e9labore un questionnaire pour en savoir plus sur les situations auxquelles sont confront\u00e9s les doctorant\u00b7e\u00b7s: violences psychologiques, violences physiques, n\u00e9gligence, harc\u00e8lement\u2026 La chercheuse le transmet \u00e0 150 universit\u00e9s en France. Seules trois lui r\u00e9pondent et le font suivre \u00e0 leurs jeunes chercheuses et chercheurs. \u00abC\u2019est finalement gr\u00e2ce aux r\u00e9seaux sociaux que le questionnaire a circul\u00e9 et j\u2019ai obtenu des r\u00e9ponses de 1877 personnes, de toutes les fili\u00e8res.\u00bb 64 % \u00e9taient des femmes, 36 % des hommes, moins de 1 % des personnes non-binaires. Les r\u00e9ponses obtenues montrent que 25\u00a0% des jeunes ont \u00e9t\u00e9 confront\u00e9s \u00e0 des situations \u00e0 connotation sexuelle ou sexiste; cette proportion monte \u00e0 33\u00a0% si on ne consid\u00e8re que les r\u00e9ponses des femmes. Pas moins de 6\u00a0% ont indiqu\u00e9 avoir subi du harc\u00e8lement (8\u00a0% des femmes). 52\u00a0% des hommes et 57\u00a0% des femmes disent avoir ressenti des violences psychologiques.<\/p>\n<p><strong>Des chiffres confirm\u00e9s \u00e0 l\u2019international<br \/>\n<\/strong>\u00abJ\u2019ai \u00e9t\u00e9 choqu\u00e9e par ces taux \u00e9lev\u00e9s et je me suis demand\u00e9 si mon questionnaire comportait des biais, note Ad\u00e8le B. Combes. Mais d\u2019autres \u00e9tudes r\u00e9alis\u00e9es au niveau international r\u00e9v\u00e8lent des indices similaires.\u00bb Et de mentionner une enqu\u00eate men\u00e9e par Ipsos pour la Fondation L\u2019Or\u00e9al. Conduite aupr\u00e8s de 5200 scientifiques de 117 pays, elle r\u00e9v\u00e8le que 49 % des femmes scientifiques disent avoir \u00e9t\u00e9 confront\u00e9es \u00e0 au moins une situation de harc\u00e8lement sexuel au cours de leur carri\u00e8re. Pour compl\u00e9ter cette enqu\u00eate chiffr\u00e9e, Ad\u00e8le B. Combes m\u00e8ne une s\u00e9rie d\u2019interviews et recueille ainsi des t\u00e9moignages. L\u2019autrice affiche quelques citations tir\u00e9es de ces entretiens, parmi elles: \u00abMon directeur me rabaisse continuellement, en particulier quand mes r\u00e9sultats ne correspondent pas \u00e0 ses propres hypoth\u00e8ses.\u00bb \u00abLa norme est de travailler tous les jours. Il n\u2019existe pas d\u2019obligation formelle, mais on le fait tous.\u00bb<\/p>\n<p><strong>33\u00a0% souffrent de d\u00e9pression<br \/>\n<\/strong>Dans son questionnaire, la chercheuse avait \u00e9galement ins\u00e9r\u00e9 une liste de sympt\u00f4mes pour conna\u00eetre les impacts sur la sant\u00e9 engendr\u00e9s par ces conditions pr\u00e9caires. \u00ab89 % des r\u00e9pondant\u00b7e\u00b7s ont coch\u00e9 au moins un crit\u00e8re!\u00bb 64 % disent souffrir du syndrome de l\u2019imposteur, 63% de troubles du sommeil, 33 % de d\u00e9pression, 29 % de phobies li\u00e9es \u00e0 leur travail. \u00abQuand on voit ces chiffres, il est \u00e9vident que ce sujet doit sortir des universit\u00e9s et qu\u2019il doit \u00eatre pris en main par la soci\u00e9t\u00e9 et par la politique.\u00bb Depuis que son livre est sorti, Ad\u00e8le B. Combes a re\u00e7u de nombreux t\u00e9moignages \u00e9manant \u00e9galement d\u2019autres pays, dont la Suisse. Lors de la table ronde qui s\u2019est tenue \u00e0 Fribourg, la chercheuse fran\u00e7aise \u00e9tait entour\u00e9e d\u2019Antoine Chollet, membre du Groupe Hautes \u00c9coles du SSP Vaud, et de Magali Jenny, anthropologue. Cette derni\u00e8re r\u00e9colte actuellement des t\u00e9moignages sur le monde acad\u00e9mique suisse en vue d\u2019une publication \u00e0 para\u00eetre, \u00abAcademic Jungle\u00bb, qu\u2019elle co-signera avec Diletta Guidi, historienne de l\u2019art et politiste.<\/p>\n<p><strong>Enqu\u00eate en cours pour la Suisse<br \/>\n<\/strong>\u00abC\u2019est un sujet que je porte depuis ma propre th\u00e8se\u00bb, rel\u00e8ve Magali Jenny, qui dit avoir longtemps souffert du syndrome de la page blanche apr\u00e8s son doctorat. \u00abJe n\u2019arrivais m\u00eame plus \u00e0 ouvrir un livre.\u00bb Quand elle a constat\u00e9 ce mouvement de prise de parole, elle a saisi l\u2019occasion pour reprendre le sujet et men\u00e9 \u00e0 son tour une enqu\u00eate. Et d\u2019encourager d\u2019autres t\u00e9moins \u00e0 s\u2019exprimer. De son c\u00f4t\u00e9, Antoine Chollet est revenu sur l\u2019actualit\u00e9 r\u00e9cente de l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne, o\u00f9 un professeur de renom a \u00e9t\u00e9 licenci\u00e9 apr\u00e8s des accusations de harc\u00e8lement. \u00abLe combat a dur\u00e9 des ann\u00e9es. Les universit\u00e9s sont des lieux de pouvoir et de hi\u00e9rarchie. Pour faire \u00e9voluer les choses, il faut cr\u00e9er des collectifs et des entit\u00e9s o\u00f9 les choses peuvent \u00eatre dites et discut\u00e9es.\u00bb Parmi les autres solutions \u00e9voqu\u00e9es figure \u00e9galement l\u2019engagement des hi\u00e9rarchies pour aller vers davantage d\u2019\u00e9thique dans la recherche. \u00abMais comment impl\u00e9menter ces mesures sans remettre en cause la structure universitaire?\u00bb, a questionn\u00e9 une participante.<\/p>\n<p><strong>Mieux conna\u00eetre le cadre l\u00e9gal<br \/>\n<\/strong>Autre suggestion \u00e9mise par un membre du public: \u00abTr\u00e8s souvent, les doctorant\u00b7e\u00b7s ne connaissent pas le cadre l\u00e9gal dans lequel s\u2019inscrit leur travail. Qu\u2019est-ce que je peux d\u00e9noncer? Qu\u2019est-ce qui de l\u2019ordre de l\u2019acceptable ou non? Une formation en d\u00e9but de carri\u00e8re pourrait \u00eatre utile.\u00bb Un avis que partage Ad\u00e8le B. Combes: \u00abCes connaissances seraient non seulement utiles pour les chercheuses et chercheurs par rapport \u00e0 ce qu\u2019ils vivent, mais aussi par rapport \u00e0 ce dont ils sont les t\u00e9moins.\u00bb Pour tous les intervenant\u00b7e\u00b7s, l\u2019omerta qui r\u00e8gne sur les conditions de th\u00e8se doit \u00eatre bris\u00e9e. \u00abLa recherche doit \u00eatre reconnue comme un travail, a soulign\u00e9 Antoine Chollet. En tant qu\u2019employeurs, le directeur de th\u00e8se et l\u2019universit\u00e9 ont des devoirs envers les chercheuses et les chercheurs.\u00bb<br \/>\nDepuis la sortie de son livre, Ad\u00e8le B. Combes le constate: son ouvrage n\u2019est pas bien per\u00e7u par les universit\u00e9s. \u00abOn m\u2019a d\u00e9j\u00e0 dit \u00e0 plusieurs reprises que sa publication nuit \u00e0 la recherche. Cette fa\u00e7on de penser montre qu\u2019on pr\u00e9f\u00e8re encore cacher les dysfonctionnements plut\u00f4t que d\u2019en parler et d\u2019y rem\u00e9dier. La crainte est une atteinte \u00e0 l\u2019image de l\u2019institution. Alors qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 une universit\u00e9 qui prend des mesures pour prot\u00e9ger ses \u00e9tudiant\u00b7e\u00b7s assume son r\u00f4le et prend ses responsabilit\u00e9s.\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Docteure en neurobiologie, Ad\u00e8le B. Combes a men\u00e9 l\u2019enqu\u00eate sur l\u2019\u00e9tendue du harc\u00e8lement moral et sexuel subi par les doctorant\u00b7e\u00b7s en France. Elle en a pr\u00e9sent\u00e9 les r\u00e9sultats r\u00e9v\u00e9lateurs, lors d\u2019une table ronde organis\u00e9e par le Syndicat du secteur public. \u00abSi en th\u00e8se tu ne souffres pas, c\u2019est que ce n\u2019est pas une bonne th\u00e8se.\u00bb Cette affirmation, Ad\u00e8le B. Combes l\u2019a entendue plusieurs fois au cours de son enqu\u00eate sur les conditions des jeunes chercheuses et chercheurs dans les universit\u00e9s fran\u00e7aises. 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