{"id":16276,"date":"2022-08-18T08:23:14","date_gmt":"2022-08-18T07:23:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges?p=16276"},"modified":"2022-08-24T08:30:20","modified_gmt":"2022-08-24T07:30:20","slug":"un-petit-truc-qui-cloche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/articles\/2022\/un-petit-truc-qui-cloche","title":{"rendered":"Un petit truc qui cloche\u2026"},"content":{"rendered":"<h4><strong>La phrase est correcte. Et pourtant, il y a comme un petit truc qui cloche. M\u00eame s\u2019il ma\u00eetrise d\u2019autres langues \u00e0 des niveaux tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9s, un narrateur\u00b7trice a tendance \u00e0 avoir recours \u00e0 des moyens linguistiques influenc\u00e9s par sa langue dominante. Des chercheur\u00b7se de l\u2019Unifr ont voulu en savoir plus.<br \/>\n<\/strong><\/h4>\n<p>Deux amies boivent un caf\u00e9 \u00e0 la terrasse d\u2019un restaurant. L\u2019une d\u2019entre elles rapporte qu\u2019elle vient d\u2019acheter de nouveaux meubles de jardin. L\u2019autre s\u2019exclame en riant: \u00abMoi aussi, je viens d\u2019en acheter!\u00bb Elle aurait aussi pu dire \u00abJ\u2019ai fait pareil!\u00bb ou encore \u00abJ\u2019en ai aussi achet\u00e9!\u00bb Mais au fond, quelle importance, puisque la signification de ces phrases est identique? Eh bien, non, identique, elle ne l\u2019est pas tout \u00e0 fait. \u00abDans le premier cas, l\u2019emphase est mise sur la personne (\u2018moi aussi\u2019), dans les deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me cas, sur l\u2019action (\u2018fait pareil\u2019, \u2018ai aussi achet\u00e9\u2019)\u00bb, commente Audrey Bonvin. \u00abLes trois tournures sont correctes mais les deux premi\u00e8res sont plut\u00f4t utilis\u00e9es par des locuteurs latins et la troisi\u00e8me par des locuteurs germanophones.\u00bb<br \/>\nPour renforcer la coh\u00e9sion de leurs r\u00e9cits, les locuteurs disposent de moyens linguistiques parfois optionnels, par exemple des particules additives (aussi) ou des adverbes temporels (finalement, enfin). Or, des \u00e9tudes \u2013 men\u00e9es dans le cadre de ce qu\u2019on appelle la recherche sur la structure informationnelle &#8211; ont mis le doigts sur des diff\u00e9rences typologiques entre les langues, que ce soit au niveau de la disponibilit\u00e9 de ces moyens linguistiques ou de la fr\u00e9quence de leur usage. \u00abCela a un impact sur l\u2019organisation des informations produites par les locuteurs\u00bb, explique Raphael Berthel\u00e9, professeur au D\u00e9partement de plurilinguisme et didactique des langues \u00e9trang\u00e8res de l\u2019Unifr. Quant aux productions des apprenant\u00b7e\u00b7s d\u2019une langue \u00e9trang\u00e8re, elles peuvent \u00eatre influenc\u00e9es par les tendances et les outils linguistiques de leur premi\u00e8re langue.<\/p>\n<div id=\"attachment_16293\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/DSC00149-2-scaled.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-16293\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-16293 size-medium\" src=\"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/DSC00149-2-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/DSC00149-2-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/DSC00149-2-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/DSC00149-2-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/DSC00149-2-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/DSC00149-2-2048x1365.jpg 2048w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-16293\" class=\"wp-caption-text\">Audrey Bonvin est assistante dipl\u00f4m\u00e9e et doctorante au D\u00e9partement de plurilinguisme et didactique des langues \u00e9trang\u00e8res de l\u2019Unifr.<\/p><\/div>\n<p><strong>Perspective comparative<br \/>\n<\/strong>Raphael Berthel\u00e9 dirige un projet centr\u00e9 sur la structure informationnelle chez les locuteurs\u00b7trices bilingues, dont la partie principale s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e entre 2017 et 2021. Cette recherche, soutenue par le FNS, a d\u00e9bouch\u00e9 sur deux th\u00e8ses, \u00e9crites par Giulia Berchio et Audrey Bonvin . Les doctorantes se sont pench\u00e9es respectivement sur le bilinguisme italien-allemand et fran\u00e7ais-allemand. Dans le cadre de leur \u00e9tude, les chercheuses ont pass\u00e9 au crible les \u00e9nonc\u00e9s produits dans des narratifs oraux r\u00e9colt\u00e9s aupr\u00e8s d\u2019environ 250 participants, ainsi que la mani\u00e8re dont ils sont reli\u00e9s, ce \u00e0 l\u2019aide du film s\u00e9quenc\u00e9 \u00abFinite Story\u00bb (Dimroth 2006). \u00abDes \u00e9tudes sur la structure informationnelle, portant entre autres sur les m\u00eames langues que notre projet, ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9tranger\u00bb, commente Audrey Bonvin. \u00abNotre recherche visait d\u2019une part \u00e0 observer si nous obtenions des r\u00e9sultats similaires en Suisse aupr\u00e8s de locuteurs quasi-monolingues; d\u2019autre part, nous souhaitions pousser un peu plus loin et int\u00e9grer cette notion de bilinguisme.\u00bb Raphael Berthel\u00e9 ajoute que \u00abla Suisse, zone de contact entre vari\u00e9t\u00e9s linguistiques germaniques et romanes, est un terrain id\u00e9al pour ce genre d\u2019exp\u00e9rimentations, puisque m\u00eame le discours des personnes quasi-monolingues pr\u00e9sente des traces d\u2019autres langues\u00bb. Sans compter le fait qu\u2019en ayant recours \u00e0 deux paires de langues \u2013 fran\u00e7ais\/allemand et italien\/allemand -, une perspective comparative est possible. \u00abC\u2019est pourquoi la m\u00eame m\u00e9thodologie a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e dans les deux th\u00e8ses\u00bb, pr\u00e9cise Giulia Berchio.<\/p>\n<div id=\"attachment_16311\" style=\"width: 264px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/20220819_182343.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-16311\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-16311 size-medium\" src=\"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/20220819_182343-e1661149903245-254x300.jpg\" alt=\"\" width=\"254\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/20220819_182343-e1661149903245-254x300.jpg 254w, https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/20220819_182343-e1661149903245-867x1024.jpg 867w, https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/20220819_182343-e1661149903245-768x907.jpg 768w, https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/20220819_182343-e1661149903245-1300x1536.jpg 1300w, https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/20220819_182343-e1661149903245.jpg 1360w\" sizes=\"(max-width: 254px) 100vw, 254px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-16311\" class=\"wp-caption-text\">Giulia Berchio est collaboratrice scientifique \u00e0 l\u2019Institut de plurilinguisme et \u00e0 la P\u00e4dagogische Hochschule Graub\u00fcnden.<\/p><\/div>\n<p><strong>Des nuances inconscientes<br \/>\n<\/strong>Dans le cadre de l\u2019\u00e9tude principale, l\u2019\u00e9quipe r\u00e9unie autour du professeur Berthel\u00e9 a constat\u00e9 qu\u2019en mati\u00e8re de structure informationnelle, les quasi-monolingues de Suisse se comportent de fa\u00e7on similaire \u00e0 leurs homologues \u00e9trangers, \u00e0 quelques exceptions pr\u00e8s, surtout lorsque l\u2019on compare l\u2019allemand et le suisse-allemand. \u00abEn ce qui concerne les personnes bilingues, par contre, notre hypoth\u00e8se de d\u00e9part n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 int\u00e9gralement confirm\u00e9e\u00bb, rapporte Audrey Bonvin. \u00abNous pensions que plus leur dominance \u00e9tait forte dans l\u2019une des langues, plus leurs choix discursifs \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire leur recours \u00e0 des moyens linguistiques sp\u00e9cifiques \u00e0 cette langue &#8211; \u00e9taient marqu\u00e9s; or, cela ne semble pas \u00eatre le cas, du moins en ce qui concerne l\u2019usage de la plupart des moyens linguistiques analys\u00e9s.\u00bb<br \/>\nLes chercheuses ne se sont n\u00e9anmoins pas arr\u00eat\u00e9es l\u00e0. \u00abNous \u00e9tions aussi Int\u00e9ress\u00e9es \u00e0 d\u00e9couvrir si les diff\u00e9rences subtiles induites dans la narration par ces choix discursifs sont per\u00e7ues par des locuteurs natifs\u00bb, rel\u00e8ve Giulia Berchio. Prenons l\u2019exemple d\u2019un r\u00e9cit en suisse allemand d\u2019une personne bilingue italien\/suisse-allemand: ce r\u00e9cit pr\u00e9sente quelques nuances qu\u2019on pourrait rattacher \u00e0 un style italophone. Mais est-ce qu\u2019une personne suisse al\u00e9manique monolingue remarquerait une telle nuance? Pour cela, une \u00e9tude d\u2019\u00e9valuations de plusieurs r\u00e9cits a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9e. Les premiers r\u00e9sultats de cette recherche, qui est toujours en cours, \u00absugg\u00e8rent d\u00e9j\u00e0 que ces subtiles diff\u00e9rences langagi\u00e8res ne sont pas consciemment observ\u00e9es lorsqu\u2019on \u00e9coute le r\u00e9cit en direct\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Pistes pratiques<br \/>\n<\/strong>Vu l\u2019int\u00e9r\u00eat grandissant port\u00e9 aux styles discursifs dans l\u2019enseignement des langues \u00e9trang\u00e8res \u00e0 des niveaux plus avanc\u00e9s, ainsi que dans le domaine de la traduction, cette \u00e9tude, qui explore des diff\u00e9rences typologiques et stylistiques, pourrait apporter des pistes pratiques int\u00e9ressantes. \u00abLe traitement de ces nuances langagi\u00e8res pourrait int\u00e9resser les personnes poursuivant un objectif de perfectionnement linguistique dans leur deuxi\u00e8me ou leur troisi\u00e8me langue, ainsi que les traducteurs\u00b7trices\u00bb, rel\u00e8ve Giulia Berchio. \u00abEn outre, notre approche pourrait \u00eatre vue, \u00e0 tous les niveaux d\u2019apprentissage, comme une aide au d\u00e9veloppement de la sensibilit\u00e9 linguistique tout court\u00bb, en particulier dans des contextes comme celui de la Suisse, fortement influenc\u00e9s par la cohabitation de plusieurs langues.<br \/>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<span style=\"color: #ff6600;\">_________<\/span><br \/>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<ul>\n<li class=\"mceTemp\"><a href=\"https:\/\/www.unifr.ch\/pluriling\/fr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">D\u00e9partement de plurilinguisme et didactique des langues \u00e9trang\u00e8res<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<div class=\"mceTemp\"><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La phrase est correcte. Et pourtant, il y a comme un petit truc qui cloche. M\u00eame s\u2019il ma\u00eetrise d\u2019autres langues \u00e0 des niveaux tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9s, un narrateur\u00b7trice a tendance \u00e0 avoir recours \u00e0 des moyens linguistiques influenc\u00e9s par sa langue dominante. Des chercheur\u00b7se de l\u2019Unifr ont voulu en savoir plus. Deux amies boivent un caf\u00e9 \u00e0 la terrasse d\u2019un restaurant. L\u2019une d\u2019entre elles rapporte qu\u2019elle vient d\u2019acheter de nouveaux meubles de jardin. L\u2019autre s\u2019exclame en riant: \u00abMoi aussi, je viens d\u2019en acheter!\u00bb Elle aurait aussi pu dire \u00abJ\u2019ai fait pareil!\u00bb ou encore \u00abJ\u2019en ai aussi achet\u00e9!\u00bb Mais au fond, quelle<\/p>\n","protected":false},"author":53,"featured_media":16278,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":true,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[75],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16276"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-json\/wp\/v2\/users\/53"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=16276"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16276\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16329,"href":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16276\/revisions\/16329"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-json\/wp\/v2\/media\/16278"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=16276"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=16276"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=16276"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}