{"id":16130,"date":"2022-06-29T14:19:05","date_gmt":"2022-06-29T13:19:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges?p=16130"},"modified":"2022-06-29T14:28:35","modified_gmt":"2022-06-29T13:28:35","slug":"retrouver-une-dignite-sociale-sans-objectif-fixe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/articles\/2022\/retrouver-une-dignite-sociale-sans-objectif-fixe","title":{"rendered":"Retrouver une dignit\u00e9 sociale, sans objectif fix\u00e9"},"content":{"rendered":"<h4><strong>\u00abL\u2019utilit\u00e9 de l\u2019inutilit\u00e9.\u00bb Ce th\u00e8me \u00e9nigmatique \u00e9tait celui de la semaine de l\u2019\u00e9thique, mise sur pied au d\u00e9but juin par Vivianne Ch\u00e2tel, responsable du Master sp\u00e9cialis\u00e9 \u00e9thique, responsabilit\u00e9 et d\u00e9veloppement du D\u00e9partement de travail social, politiques sociales et d\u00e9veloppement global. En point d\u2019orgue, une table ronde a r\u00e9uni les directeurs de trois institutions qui proposent des prises en charge innovantes des personnes en marge de notre soci\u00e9t\u00e9. Des mod\u00e8les diff\u00e9rents, mais qui replacent les b\u00e9n\u00e9ficiaires et leurs besoins au centre des pr\u00e9occupations.<\/strong><\/h4>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<p>\u00abPour certaines personnes, les mesures d\u2019insertion par le travail m\u00e8nent syst\u00e9matiquement \u00e0 l\u2019\u00e9chec.\u00bb Un constat que font de nombreuses institutions \u0153uvrant aupr\u00e8s de personnes en situation de marginalit\u00e9. Certaines ont d\u00e9cid\u00e9 de remettre en question leur approche. Trois d\u2019entre elles \u00e9taient pr\u00e9sentes \u00e0 Fribourg, \u00e0 l\u2019occasion de la semaine de l\u2019\u00e9thique du Master sp\u00e9cialis\u00e9 \u00e9thique, responsabilit\u00e9 et d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>Outre ce constat de base, ces trois institutions ont en commun des d\u00e9marches mettant de c\u00f4t\u00e9 les objectifs \u00e0 atteindre pour se pr\u00e9occuper d\u2019abord d\u2019insertion sociale et d\u2019accompagnement \u00e0 la dignit\u00e9. \u00abCertains ont oubli\u00e9 comment on entre en relation avec d\u2019autres ou comment on se nourrit\u00bb, a relev\u00e9 Nour Ahmat Brahim, directeur de l\u2019Association pour le logement des sans-abri (ALSA), \u00e0 Mulhouse (FR).<\/p>\n<p>Pour approcher ces populations extr\u00eamement pr\u00e9caires, l\u2019ALSA a d\u00e9velopp\u00e9 des strat\u00e9gies. \u00abAvec un camping-car, qui nous sert de bureau mobile, nous nous postons dans les quartiers, explique Nour Ahmat Brahim. Notre objectif n\u2019est pas de les mettre dans des abris d\u2019urgence, mais de les aider \u00e0 int\u00e9grer un de nos logements &#8211; en soutenant les d\u00e9marches pour y avoir droit, notamment la constitution d\u2019un dossier &#8211; et \u00e0 fr\u00e9quenter nos permanences de jour.\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019ASLA propose en effet plusieurs mesures dont un restaurant social et des activit\u00e9s telles que le th\u00e9\u00e2tre, des ateliers d\u2019\u00e9criture, des sorties dans un jardin communautaire\u2026 \u00abLa personne peut y rencontrer d\u2019autres gens et d\u00e9velopper de nouvelles comp\u00e9tences. R\u00e9apprendre les interactions sociales. Dans un premier temps, nous ne parlons pas d\u2019insertion professionnelle. On essaie d\u2019\u00eatre au plus proche de la personne pour construire quelque chose ensemble et lui faire retrouver la confiance.\u00bb<\/p>\n<p><strong>\u00abUn cadre non cadrant\u00bb<br \/>\n<\/strong>Initi\u00e9 en 2016, le projet ISA (pour Insertion sociale active) de l\u2019OSEO (\u0152uvre suisse d\u2019entraide ouvri\u00e8re) Valais offre lui aussi un \u00abcadre non cadrant\u00bb en proposant des activit\u00e9s du domaine artistique. \u00abNos b\u00e9n\u00e9ficiaires viennent vers nous sur base volontaire, rel\u00e8ve Guillaume Sonnati, responsable du programme. Nous les \u2039remettons\u203a en marche par la r\u00e9activation de comp\u00e9tences sociales, comme la collaboration ou la concentration. Le bien-\u00eatre de la personne est ici central.\u00bb<\/p>\n<p>Projet pilote de la ville de Sion et limit\u00e9 \u00e0 15 places en 2016, ISA est devenu un mandat de prestation du canton en 2021, avec d\u00e9sormais 42 places. \u00abL\u2019id\u00e9e que l\u2019insertion sociale ne doit pas se limiter au travail a essaim\u00e9 ailleurs en Valais\u00bb, se r\u00e9jouit Guillaume Sonnati.<\/p>\n<p>Une \u00e9tude a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e par la HES-SO Valais pour conna\u00eetre les incidences d\u2019une telle prise en charge. La plus-value est confirm\u00e9e non seulement pour le bien-\u00eatre des b\u00e9n\u00e9ficiaires, mais \u00e9galement sur leurs frais m\u00e9dicaux, qui ont drastiquement baiss\u00e9.<\/p>\n<p>\u00abDe moins en moins de personnes en situation de marginalit\u00e9 arrivent \u00e0 se r\u00e9ins\u00e9rer par le travail, note Guillaume Sonnati. Le type de prise en charge propos\u00e9 par ISA \u00e9tait innovant quand on a commenc\u00e9. Deviendra-t-il majoritaire? La question est ouverte.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Garantir le droit \u00e0 l\u2019autod\u00e9termination<br \/>\n<\/strong>Accueillant une population de personnes toxicod\u00e9pendantes, le Tremplin propose \u00e9galement une prise en charge adapt\u00e9e au rythme de ses b\u00e9n\u00e9ficiaires. \u00abSans travail, avec une sant\u00e9 chancelante et une estime d\u2019eux-m\u00eames quasi nulle, ils ont tr\u00e8s peu de relations sociales, explique C\u00e9dric Fazan, directeur. Comme ils d\u00e9rangent, ils n\u2019ont plus de place dans l\u2019espace public\u2026 Et, comme ils ont int\u00e9gr\u00e9 ce rejet, ils sont devenus auto-exclusifs.\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Unknown.jpeg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft wp-image-16135 \" src=\"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Unknown-300x300.jpeg\" alt=\"\" width=\"322\" height=\"322\" srcset=\"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Unknown-300x300.jpeg 300w, https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Unknown-1024x1024.jpeg 1024w, https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Unknown-150x150.jpeg 150w, https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Unknown-768x768.jpeg 768w, https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Unknown-1536x1536.jpeg 1536w, https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Unknown-2048x2048.jpeg 2048w\" sizes=\"(max-width: 322px) 100vw, 322px\" \/><\/a>Depuis plusieurs ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0, le Tremplin a d\u00e9cid\u00e9 de stimuler le changement sans pression et sans d\u00e9lai. \u00abAvec un \u00e9l\u00e9ment central selon nous: garantir leur droit \u00e0 l\u2019autod\u00e9termination.\u00bb L\u2019approche propos\u00e9e rend les b\u00e9n\u00e9ficiaires co-constructeurs des lieux qu\u2019ils occupent.<\/p>\n<p>\u00abOn brasse m\u00eame de la bi\u00e8re avec des personnes en situation d\u2019addiction, ce qui nous a valu pas mal de critiques, mais qui a sa raison d\u2019\u00eatre\u00bb, affirme C\u00e9dric Fazan. Constatant que ses b\u00e9n\u00e9ficiaires consommaient des bi\u00e8res de mauvaise qualit\u00e9 et \u00e0 un taux d\u2019alcool \u00e9lev\u00e9, d\u00e8s qu\u2019ils \u00e9taient hors de l\u2019institution, le Tremplin a d\u00e9cid\u00e9 de cr\u00e9er une bi\u00e8re au go\u00fbt prononc\u00e9, mais moins alcoolis\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00abSa consommation est autoris\u00e9e dans notre restaurant. Ce qui rend un droit qu\u2019ils n\u2019avaient plus \u00e0 nos b\u00e9n\u00e9ficiaires de boire un verre, en compagnie.\u00bb Le brassage de la bi\u00e8re est m\u00eame devenu un atelier. \u00abCela change le rapport au produit. Et on constate aussi un regain d\u2019estime de soi chez ces personnes.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Une \u00abclaque\u00bb pour les professionnel\u00b7le\u00b7s<\/strong><br \/>\nAnimateur de cette table ronde, Marc-Henry Soulet, professeur \u00e0 la Chaire de travail social \u00e0 l\u2019Unifr, a demand\u00e9 comment se positionnaient les professionnel\u00b7le\u00b7s par rapport \u00e0 ces prises en charge. \u00abC\u2019est une claque, a r\u00e9pondu C\u00e9dric Fazan. Par rapport \u00e0 ce qu\u2019on apprend durant les \u00e9tudes, avec des objectifs mesurables et des buts \u00e0 atteindre. Mais si on remet la personne au centre et qu\u2019on tient compte de ses besoins \u00e0 elle, le changement est \u00e9vident.\u00bb<\/p>\n<p>Le recrutement de personnel ne semble pas poser plus de probl\u00e8mes qu\u2019ailleurs. \u00abLes gens connaissent notre d\u00e9marche et savent \u00e0 quoi s\u2019attendre, indique Nour Ahmat Brahim. Mais nous devons travailler pour maintenir ce mode d\u2019intervention et garder toujours \u00e0 l\u2019esprit la question \u2039Comment laisser sa place \u00e0 l\u2019autre?\u203a. Sans quoi on retombe dans nos habitudes.\u00bb<\/p>\n<p>Le revers de la m\u00e9daille n\u2019est-il pas que les b\u00e9n\u00e9ficiaires se complaisent dans des mesures comme celles-ci et s\u2019y installent?, a encore interrog\u00e9 le Professeur Marc-Henry Soulet. \u00ab\u00c7a peut arriver, reconna\u00eet Guillaume Sonnati. Et on peut l\u2019accepter si la personne a 62 ou 63 ans. Pour les jeunes, on va leur proposer d\u2019explorer d\u2019autres espaces.\u00bb<\/p>\n<p>Quant \u00e0 savoir comment de tels projets sont per\u00e7us par les autorit\u00e9s, notamment lorsqu\u2019il s\u2019agit de trouver des financements, les actrices et acteurs pr\u00e9sent\u00b7e\u00b7s admettent que ce n\u2019est pas forc\u00e9ment facile de convaincre. \u00abNous devons montrer ce que nous faisons, l\u2019expliquer, argue C\u00e9dric Fazan. Et revendiquer le droit de nos b\u00e9n\u00e9ficiaires \u00e0 \u00eatre dans cette soci\u00e9t\u00e9.\u00bb<\/p>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<span style=\"color: #ff6600;\">__________<\/span><\/p>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<ul>\n<li>La <a href=\"https:\/\/www.unifr.ch\/edu\/fr\/news\/agenda\/?eventid=11459\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Semaine de l&rsquo;\u00e9thique<\/a>, organis\u00e9e par <a href=\"https:\/\/www.unifr.ch\/travsoc\/fr\/#\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">D\u00e9partement de travail social, politiques sociales et d\u00e9veloppement global<\/a>\u00a0s&rsquo;est tenue du 31 mai au 6 juin 2022.<\/li>\n<li>Image <span class=\"\">\u00a9<\/span><span class=\"\">\u00a0OSEO Valais \/ Mesure ISA \/ Adawaya Jadoua<\/span><\/li>\n<\/ul>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00abL\u2019utilit\u00e9 de l\u2019inutilit\u00e9.\u00bb Ce th\u00e8me \u00e9nigmatique \u00e9tait celui de la semaine de l\u2019\u00e9thique, mise sur pied au d\u00e9but juin par Vivianne Ch\u00e2tel, responsable du Master sp\u00e9cialis\u00e9 \u00e9thique, responsabilit\u00e9 et d\u00e9veloppement du D\u00e9partement de travail social, politiques sociales et d\u00e9veloppement global. En point d\u2019orgue, une table ronde a r\u00e9uni les directeurs de trois institutions qui proposent des prises en charge innovantes des personnes en marge de notre soci\u00e9t\u00e9. Des mod\u00e8les diff\u00e9rents, mais qui replacent les b\u00e9n\u00e9ficiaires et leurs besoins au centre des pr\u00e9occupations. \u00abPour certaines personnes, les mesures d\u2019insertion par le travail m\u00e8nent syst\u00e9matiquement \u00e0 l\u2019\u00e9chec.\u00bb Un constat que font de<\/p>\n","protected":false},"author":73,"featured_media":16134,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":true,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[85,115,75],"tags":[585,128],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16130"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-json\/wp\/v2\/users\/73"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=16130"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16130\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16144,"href":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16130\/revisions\/16144"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-json\/wp\/v2\/media\/16134"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=16130"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=16130"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=16130"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}