{"id":15350,"date":"2022-02-15T15:43:10","date_gmt":"2022-02-15T14:43:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges?p=15350"},"modified":"2022-03-29T13:01:00","modified_gmt":"2022-03-29T12:01:00","slug":"deux-microbiologistes-fribourgeois-comptent-parmi-les-scientifiques-les-plus-influents","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/articles\/2022\/deux-microbiologistes-fribourgeois-comptent-parmi-les-scientifiques-les-plus-influents?lang=de","title":{"rendered":"Deux microbiologistes fribourgeois comptent parmi les scientifiques les plus influents"},"content":{"rendered":"<h4><strong>Selon la soci\u00e9t\u00e9 Clarivate analytics, Patrice Nordmann (MD, PhD) et Laurent Poirel (PhD), de l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg et du Centre national de r\u00e9f\u00e9rence pour la d\u00e9tection pr\u00e9coce des r\u00e9sistances \u00e9mergentes aux antibiotiques, font partie des scientifiques dont l\u2019influence, en termes de publication, est la plus forte au monde. Entretien crois\u00e9 avec deux chercheurs, honor\u00e9s mais au triomphe modeste.<\/strong><\/h4>\n<p><strong>A en croire le dernier classement<em> Highly Cited Researchers<\/em> du cabinet Clarivate Analytics (2021) vous figurez parmi les 1% des chercheuses et chercheurs dont les travaux des dix derni\u00e8res ann\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 les plus cit\u00e9s par leurs pairs dans leur discipline. Ce nombre est de 102 pour la Suisse toutes disciplines scientifiques confondues dont vous deux pour l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg. F\u00e9licitations!<\/strong><br \/>\n<strong>Laurent Poirel:<\/strong> Je ne suis pas un grand partisan de ce type de classement qui, \u00e0 mon sens, ne veut pas dire grand-chose. Nos coll\u00e8gues dans la discipline savent qui fait vraiment bien les choses, tant en termes de quantit\u00e9 que de qualit\u00e9. Je prends donc cela avec beaucoup de recul. Cela dit, il faut tout de m\u00eame trouver des marqueurs pour \u00e9valuer les chercheuses et chercheurs. Prendre en compte les citations permet de mesurer l\u2019int\u00e9r\u00eat non pas du public, mais de celui des sp\u00e9cialistes du domaine. Cela nous conforte dans l\u2019id\u00e9e que nos travaux sont de qualit\u00e9 et int\u00e9ressants. Qu\u2019ils soient si souvent cit\u00e9s d\u00e9montrent que nos pairs s\u2019en sont inspir\u00e9s pour avancer eux-m\u00eames dans leurs recherches.<\/p>\n<p><strong>C\u2019est tout de m\u00eame un motif de fiert\u00e9?<\/strong><br \/>\n<strong>Patrice Nordmann:<\/strong> Est-ce que nous en tirons une grande gloire? Honn\u00eatement, non!<br \/>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"YouTube video player\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/uIHVcy_vn3c\" width=\"560\" height=\"315\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><br \/>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<p><strong>Sans vous enlever le m\u00e9rite qui vous revient, ce bon classement est-il d\u00fb en partie au fait que votre domaine de recherche, celui des bact\u00e9ries r\u00e9sistantes aux antibiotiques, est tr\u00e8s porteur?<\/strong><br \/>\n<strong>Patrice Nordmann:<\/strong> La r\u00e9sistance aux antibiotiques est, avec les infections virales respiratoires, parmi les th\u00e9matiques m\u00e9dicales les plus importantes, du fait de la raret\u00e9 des nouveaux antibiotiques mis sur le march\u00e9 et de l\u2019\u00e9mergence de nouvelles r\u00e9sistances. Cela dit, j\u2019ai aussi la faiblesse de penser que notre \u00e9quipe est tr\u00e8s active, avec des collaboratrices et collaborateurs qui travaillent \u00a0d\u2019arrache pied avec un souci constant d\u2019obtention de r\u00e9sultats tangibles.<\/p>\n<p><strong>Ce classement vous permettra-il d\u2019obtenir plus de fonds, voire de recruter les meilleur\u00b7e\u00b7s chercheuses et chercheurs?<\/strong><br \/>\n<strong>Laurent Poirel:<\/strong> J\u2019ose esp\u00e9rer que cela change quelque chose, m\u00eame si on n\u2019en est pas toujours convaincu, notamment du point de vue de l\u2019impact financier. En revanche, cela peut nous permettre d\u2019attirer de jeunes talents, qui recherchent dans ces classements les laboratoires les plus dynamiques.<br \/>\n<strong>Patrice Nordmann:<\/strong> Il n\u2019y a pas d\u2019effets concrets de ces classements, si ce n\u2019est indirects. Il est certain que les financements nationaux et internationaux sont li\u00e9s \u00e0 la qualit\u00e9 et la quantit\u00e9 des publications<\/p>\n<p><strong>Mais ce classement vous donne-t-il au moins une notori\u00e9t\u00e9 et une l\u00e9gitimit\u00e9 pour mieux diffuser des messages de pr\u00e9vention?<\/strong><br \/>\n<strong>Patrice Nordmann:<\/strong> Oui, mais nos messages s\u2019adressent davantage aux autorit\u00e9s qu\u2019au public, car ce dernier utilise de mani\u00e8re raisonn\u00e9e les antibiotiques prescrits par les m\u00e9decins en Suisse; Nous avons eu la chance que la Conf\u00e9d\u00e9ration nous fasse confiance pour la cr\u00e9ation du NARA en 2017, le Centre de r\u00e9f\u00e9rence pour la d\u00e9tection pr\u00e9coce des r\u00e9sistances \u00e9mergentes aux antibiotiques. Il s\u2019agit d\u2019un atout important pour le Canton et pour l\u2019Universit\u00e9. Ainsi nous recevons quotidiennement toutes les souches tr\u00e8s r\u00e9sistantes provenant des h\u00f4pitaux universitaires et cliniques suisses, ce qui permet de les \u00e9tudier en d\u00e9tails pour avoir une vue g\u00e9n\u00e9rale et pr\u00e9cise de ce qui se passe dans le pays. De ce point de vue-l\u00e0, cette notori\u00e9t\u00e9 nous a permis de recevoir un financement via l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de la sant\u00e9 public (OFSP).<\/p>\n<p><strong>J\u2019imagine qu\u2019un tel classement d\u00e9montre \u00e9galement que les deniers publics sont utilis\u00e9s \u00e0 judicieusement?<\/strong><br \/>\n<strong>Laurent Poirel:<\/strong> Absolument. La tr\u00e8s grande partie de nos ressources nous est fournie par le contribuable. Nous avons donc la mission de faire les choses qui vont avoir des r\u00e9percussions sur les avanc\u00e9es technologiques, m\u00e9dicamenteuses et scientifiques en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p><strong>Comment cela se traduit-il?<\/strong><br \/>\n<strong>Laurent Poirel:<\/strong> Nos donn\u00e9es int\u00e9ressent les industriels, car elles leur permettent de comprendre pourquoi l\u2019un de leurs antibiotiques ne fonctionne plus. En s\u2019y r\u00e9f\u00e9rant, ils pourront d\u00e9velopper de nouveaux m\u00e9dicaments sans risquer de s\u2019\u00e9garer dans de dispendieuses recherches, dont le succ\u00e8s ne peut d\u2019ailleurs jamais \u00eatre garantie.<br \/>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<div style=\"background-color: orange; font-size: 100%; padding: 1em;\"><strong>Des scientifiques sur le qui-vive<br \/>\n<\/strong>Une \u00e9tude r\u00e9cente publi\u00e9e dans la revue <em>The Lancet<\/em> est venu rappeler, s\u2019il \u00e9tait besoin, que les bact\u00e9ries r\u00e9sistances aux antibiotiques constitue une v\u00e9ritable menace sanitaire mondiale, un fl\u00e9au ayant provoqu\u00e9 la mort de plus d\u2019 1,2 millions de personnes en 2019, essentiellement dans les pays en voie de d\u00e9veloppement. Chez nous, en revanche, il s\u2019agit d\u2019un probl\u00e8me import\u00e9: \u00abNous ne pouvons pas exclure qu\u2019une personne puisse ramener, par exemple apr\u00e8s \u00e0 une hospitalisation \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, des bact\u00e9ries r\u00e9sistantes qui ont vu le jour suite aux mauvaises pratiques locales\u00bb, d\u00e9plore Patrice Nordmann.\u00bb D\u2019o\u00f9 l\u2019importance du NARA, centre de r\u00e9f\u00e9rence auquel il incombe de d\u00e9tecter l\u2019\u00e9mergence de bact\u00e9ries r\u00e9sistantes aux antibiotiques sur le territoire helv\u00e9tique, de comprendre les nouveaux m\u00e9canismes en jeu, puis de tester les mol\u00e9cules \u00e0 disposition pour permettre aux m\u00e9decins de traiter l\u2019infection. \u00abIls ne peuvent pas toujours se tenir au courant des derni\u00e8res th\u00e9rapeutiques et des d\u00e9tails des r\u00e9sistances \u00e9mergentes , explique Patrice Nordmann, c\u2019est notre r\u00f4le de les conseiller.\u00bbDans le centre, Patrice Nordmann et Laurent Poirel mettent aussi au point de nouveaux tests de diagnostic pour permettre le rep\u00e9rage rapide des germes et d\u2019administrer rapidement le traitement le plus efficace aux patient\u00b7e\u00b7s. \u00abCela nous permet ensuite de prendre les mesures qui conviennent pour \u00e9viter une diss\u00e9mination des bact\u00e9ries, ajoute Laurent Poirel, par exemple en sugg\u00e9rant l\u2019isolement du porteur.\u00bbAvec certain\u00b7e\u00b7s coll\u00e8gues europ\u00e9ens, ils ont \u00e9galement cr\u00e9\u00e9, en 2021, l\u2019Institut europ\u00e9en des r\u00e9sistances \u00e9mergentes aux antibiotiques, concernant les r\u00e9sistantes \u00e9mergentes aux antibiotiques qui groupent des unit\u00e9s en Allemagne, en Italie, au Portugal et en France. \u00abNous avons ainsi une vue plus globale de la situation sur le continent europ\u00e9en et des collaborations tr\u00e8s int\u00e9ressantes\u00bb, se r\u00e9jouit Patrice Nordmann.<\/div>\n<div style=\"background-color: orange; font-size: 100%; padding: 1em;\"><strong>Une probl\u00e9matique dont se d\u00e9tourne les grands groupes <\/strong><br \/>\nPour \u00e9viter les d\u00e9c\u00e8s provoqu\u00e9s par les r\u00e9sistances, 300 en Suisse et 33&rsquo;000 dans l\u2019Union europ\u00e9enne selon l\u2019OFSP, il faudrait, pour reprendre les termes de Patrice Nordmann, \u00abtoujours avoir un coup d\u2019avance\u00bb, autrement dit d\u00e9velopper des antibiotiques de nouvelle g\u00e9n\u00e9ration plus efficaces encore. Or, les grands groupes pharmaceutiques ne s\u2019y aventurent que peu, faute de retour sur investissement rapide. L\u2019argent reste, comme souvent, le nerf de la guerre. \u00abL\u2019industriel qui d\u00e9veloppe un nouvel antibiotique se voit confront\u00e9 \u00e0 un double probl\u00e8me, illustre Patrice Nordmann, tout d\u2019abord, des r\u00e9sistances crois\u00e9es peuvent appara\u00eetre avant m\u00eame que le traitement soit mise en vente sur le march\u00e9, ce qui annihile tous les efforts. Ensuite, les m\u00e9decins risquent de n\u2019utiliser ce m\u00e9dicament que pour les cas extr\u00eames et donc en quantit\u00e9 vendue tr\u00e8s faible. Il y a un v\u00e9ritable probl\u00e8me de march\u00e9 et donc de rentabilit\u00e9 imm\u00e9diate.\u00bb<\/div>\n<div style=\"background-color: orange; font-size: 100%; padding: 1em;\"><strong>Juguler le probl\u00e8me \u00e0 d\u00e9faut de le r\u00e9soudre compl\u00e8tement<\/strong><br \/>\nAu contraire du covid, qui est une infection aig\u00fce, relativement simple \u00e0 identifier d\u2019un point de vue clinique et biologique, la r\u00e9sistance aux antibiotiques implique une multitude de petits m\u00e9canismes, de bact\u00e9ries diff\u00e9rentes qui \u00e9mergent \u00e0 bas bruit et donc beaucoup plus difficiles \u00e0 d\u00e9tecter. Un malade aura la m\u00eame symptomatologie clinique, qu\u2019il soit affect\u00e9 par une bact\u00e9rie sensible ou r\u00e9sistante. \u00abDonc dans un cas, on a une pand\u00e9mie aig\u00fce dont on viendra \u00e0 bout, j\u2019en suis convaincu, et, dans l\u2019autre, la diffusion lente et sournoise de nombreuses souches bact\u00e9riennes, beaucoup plus complexe \u00e0 contr\u00f4ler\u00bb, conclut Patrice Nordmann.<\/div>\n<div style=\"background-color: orange; font-size: 100%; padding: 1em;\"><strong>Le NARA en bref<br \/>\nDate de cr\u00e9ation:<\/strong> 1er janvier 2017<br \/>\n<strong>Nombre de collaborateurs:<\/strong> 7<br \/>\n<strong>Nombre d\u2019\u00e9chantillons trait\u00e9s en 2021:<\/strong> plus de 800<br \/>\n<strong>Financement:<\/strong> OFSP<\/div>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<span style=\"color: #ff6600;\">_________<\/span><\/p>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/www.unifr.ch\/med\/nara\/fr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">NARA<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.unifr.ch\/med\/fr\/section\/departments\/omi\/people\/18406\/222cc\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Patrice Nordmann<\/a> est professeur au D\u00e9partement de m\u00e9decine et directeur du Nara.<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.unifr.ch\/med\/fr\/section\/personnel\/all\/people\/18315\/05421\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Laurent Poirel<\/a> est ma\u00eetre assistant au D\u00e9partement de m\u00e9decine.<\/li>\n<\/ul>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Selon la soci\u00e9t\u00e9 Clarivate analytics, Patrice Nordmann (MD, PhD) et Laurent Poirel (PhD), de l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg et du Centre national de r\u00e9f\u00e9rence pour la d\u00e9tection pr\u00e9coce des r\u00e9sistances \u00e9mergentes aux antibiotiques, font partie des scientifiques dont l\u2019influence, en termes de publication, est la plus forte au monde. 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