{"id":13008,"date":"2021-02-01T16:29:27","date_gmt":"2021-02-01T15:29:27","guid":{"rendered":"https:\/\/www3.unifr.ch\/alma-georges?p=13008"},"modified":"2021-03-02T14:13:02","modified_gmt":"2021-03-02T13:13:02","slug":"campagnes-electorales-suisses-circulez-il-ny-a-rien-a-voir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/articles\/2021\/campagnes-electorales-suisses-circulez-il-ny-a-rien-a-voir","title":{"rendered":"Campagnes \u00e9lectorales suisses: circulez, il n&rsquo;y a rien \u00e0 voir?"},"content":{"rendered":"<h4><strong>La politique suisse ne passionne pas les foules. Manque d&rsquo;incarnation? Concensus mou? D\u00e9bats sans int\u00e9r\u00eats?\u00a0 Non, bien au contraire! L&rsquo;ouvrage de\u00a0 Zo\u00e9 Kergomard, <em>Les partis politiques suisses en campagne \u00e9lectorale, 1947-1983,<\/em> d\u00e9montre que, \u00e0 y regarder de plus pr\u00e8s, la chose publique helv\u00e9tique ne manque pas de sel!<\/strong><\/h4>\n<div id=\"attachment_13017\" style=\"width: 221px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Photo-Zoe\u0301-Kergomard_2018.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-13017\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-13017 size-medium\" src=\"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Photo-Zoe\u0301-Kergomard_2018-211x300.jpg\" alt=\"\" width=\"211\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Photo-Zoe\u0301-Kergomard_2018-211x300.jpg 211w, https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Photo-Zoe\u0301-Kergomard_2018.jpg 511w\" sizes=\"(max-width: 211px) 100vw, 211px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-13017\" class=\"wp-caption-text\">Zo\u00e9 Kergomard, auteur d&rsquo;une th\u00e8se en histoire contemporaine \u00e0 l&rsquo;Unifr<\/p><\/div>\n<p><strong>Moins d&rsquo;un\u00b7e citoyen\u00b7ne sur deux participe aux \u00e9lections en Suisse. Pour quelle raison avez-vous d\u00e9cid\u00e9 de vous pencher sur ce microcosme des campagnes \u00e9lectorales, consid\u00e9r\u00e9s souvent comme des \u00abnon-\u00e9v\u00e8nements\u00bb?<br \/>\n<\/strong>C\u2019est le pari de ce projet : montrer les transformations derri\u00e8re l\u2019impression de grande stabilit\u00e9 voire d\u2019ennui \u2013 une id\u00e9e re\u00e7ue sur l\u2019histoire politique suisse que j\u2019ai beaucoup entendue en Suisse comme ailleurs. Dans la recherche en histoire et en science politique aussi, l\u2019accent a davantage \u00e9t\u00e9 mis sur les votations les plus polarisantes, alors que les campagnes \u00e9lectorales ont longtemps \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9es comme des non-\u00e9v\u00e9nements aux cons\u00e9quences minimes pour la coop\u00e9ration entre les partis, marqu\u00e9e par une culture apparemment ancestrale du \u00ab consensus \u00bb. Et si on se concentre sur les r\u00e9sultats \u00e9lectoraux, c\u2019est s\u00fbr qu\u2019on retient avant tout l\u2019exceptionnelle stabilit\u00e9 des ann\u00e9es 1940 aux ann\u00e9es 1980. Ce serait alors seulement l\u2019offensive \u00e9lectorale et la droitisation de l\u2019Union d\u00e9mocratique du centre (UDC) \u00e0 partir des ann\u00e9es 1990 qui auraient bouscul\u00e9 la paisible vie politique suisse, en introduisant une professionnalisation et une polarisation in\u00e9dites jusque-l\u00e0.<\/p>\n<p><strong>Cela confirme donc cette impression d&rsquo;ennui durant quatre d\u00e9cennies: il ne se passe rien!<br \/>\n<\/strong>Au contraire, cela d\u00e9pend du niveau d&rsquo;analyse car, au fond, comment les partis eux-m\u00eames ont-ils investi ces campagnes \u00e9lectorales, comment ont-ils cherch\u00e9 \u00e0 convaincre les \u00e9lecteurs, et grande nouveaut\u00e9 \u00e0 partir de 1971, les \u00e9lectrices? C\u2019est cette question que nous souhaitions poser. Avec Carolina Rossini, qui a soutenu sa th\u00e8se \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne sur les campagnes des ann\u00e9es 1990-2000, nous avons \u00e9tudi\u00e9 sur le long terme des \u00e9volutions souvent associ\u00e9es aux ann\u00e9es 1990, mais qui trouvent leur origine auparavant, \u00e0 commencer par l\u2019appel des partis \u00e0 des publicitaires et sondeurs ou la croissance des d\u00e9penses de campagne.<\/p>\n<p><strong>Est-ce un sujet tr\u00e8s helv\u00e9tico-centrique?<br \/>\n<\/strong>Pas du tout, en fait! Ce qui m\u2019a tout de suite accroch\u00e9e dans ce projet, c\u2019\u00e9tait justement ce retour historique, au plus pr\u00e8s des acteurs, sur les transformations de la communication politique. Il y a ces derni\u00e8res ann\u00e9es un mouvement transnational de renouvellement de l\u2019histoire politique qui part souvent de l\u2019\u00e9tude \u00abau concret\u00bb des rapports entre partis politiques, citoyennes et citoyens sur le temps long. En Europe de l\u2019Ouest, les chercheuses et chercheurs s\u2019int\u00e9ressent aussi tout particuli\u00e8rement \u00e0 l\u2019apr\u00e8s-guerre, qui sert souvent de contre-miroir nostalgique aux d\u00e9fis que rencontrent les d\u00e9mocraties contemporaines (crise de confiance entre entre repr\u00e9sentant\u00b7e\u00b7s et repr\u00e9sent\u00e9\u00b7e\u00b7s, polarisation, inflation de la communication politique\u2026) Et justement, rien de tout \u00e7a n\u2019est enti\u00e8rement nouveau, on retrouve les m\u00eames \u00e9volutions d\u2019un pays \u00e0 l\u2019autre avec de l\u00e9gers d\u00e9calages dans le temps.<\/p>\n<p><strong>Pour revenir au microcosme suisse, on voit que les partis politiques ont d\u00fb s&rsquo;adapter \u00e0 une \u00e9volution soci\u00e9tale tr\u00e8s importante.<br \/>\n<\/strong>La soci\u00e9t\u00e9 suisse a \u00e9norm\u00e9ment chang\u00e9 entre les ann\u00e9es 1940 et 1980, entre forte croissance \u00e9conomique, urbanisation, arriv\u00e9e de travailleuses et travailleurs du Sud de l\u2019Europe, d\u00e9confessionnalisation de la soci\u00e9t\u00e9, transformation des m\u00e9dias, massification de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019enseignement secondaire et tertiaire, contestations multiples de l\u2019autorit\u00e9 en 1968, nouveaux mouvements sociaux, notamment \u00e9cologistes, qui remettent justement en cause le mod\u00e8le productiviste\u2026 et, last but not least, nouvelles possibilit\u00e9s socio-\u00e9conomiques pour les femmes. Donc au lieu d\u2019en rester \u00e0 l\u2019impression de stabilit\u00e9, on peut plut\u00f4t se demander comment les partis ont adapt\u00e9 leurs campagnes au cours du temps alors qu\u2019en face\u2026 ce n\u2019\u00e9tait vraiment plus les m\u00eames \u00e9lectrices et \u00e9lecteurs.<\/p>\n<p><strong>Et cela d&rsquo;autant plus que vous \u00e9tudiez une p\u00e9riode durant laquelle les femmes \u00e9taient exclues de la vie politique!<br \/>\n<\/strong>Justement, cette ann\u00e9e de comm\u00e9moration des 50 ans du suffrage f\u00e9minin en Suisse nous am\u00e8ne \u00e0 relire l\u2019histoire politique du pays \u00e0 l\u2019aune de cette longue exclusion des femmes hors du champ politique: ce n\u2019est quand m\u00eame pas rien! Tout comme leur entr\u00e9e progressive dans les partis politiques n\u2019a rien d&rsquo;\u00e9vident \u00e0 l\u2019\u00e9poque: une majorit\u00e9 d\u2019hommes est certes d\u2019accord pour qu\u2019elles votent, mais qu\u2019elles parlent \u00e0 la tribune et soient \u00e9lues, c\u2019est une autre affaire. Elles subiront toutes une palette de <em>backlash<\/em> (retour de b\u00e2ton), du sexisme crasse aux remarques condescendantes cach\u00e9es derri\u00e8re de la \u00abgalanterie\u00bb. Comme l\u2019a montr\u00e9 Fabienne Amlinger, c\u2019est en s\u2019organisant au sein des sections f\u00e9minines des partis, mais aussi en unissant leurs forces entre politiciennes de diff\u00e9rents partis qu\u2019elles arriveront petit \u00e0 petit \u00e0 imposer plus de femmes sur les listes \u00e9lectorales. Et ce combat n\u2019a rien perdu de son importance, comme l\u2019ont montr\u00e9 les mobilisations pour une meilleure repr\u00e9sentation politique des femmes apr\u00e8s la gr\u00e8ve f\u00e9ministe de 2019.<\/p>\n<p><strong>Les partis politiques vous ont-ils volontiers, et sans restrictions, donn\u00e9 acc\u00e8s \u00e0 leurs archives?<br \/>\n<\/strong>C\u2019est une question tr\u00e8s importante et assez probl\u00e9matique je dois dire. Contrairement \u00e0 d\u2019autres pays (notamment l\u2019Allemagne), le d\u00e9p\u00f4t des archives des partis politiques n\u2019est pas institutionnalis\u00e9 en Suisse, ce qui d\u2019un point de vue \u00e9thique pose la question de la transparence de leurs actions (et en particulier de leurs finances). Pour les chercheuses et chercheurs, cela implique des situations et des d\u00e9marches tr\u00e8s vari\u00e9es. Par conscience de leur position longtemps minoritaire, les socialistes et le mouvement ouvrier sont exemplaires dans ce domaine, avec l\u2019action d\u2019institutions comme les Archives sociales suisses \u00e0 Zurich, l\u2019Association pour l\u2019\u00e9tude de l\u2019histoire du mouvement ouvrier (AEHMO), la Fondazione Pellegrini Canevascini per la storia sociale della Svizzera italiana (FPC). Parmi les partis bourgeois au niveau f\u00e9d\u00e9ral, les seuls fonds comparables sont ceux du PDC, qui a longtemps aussi eu cette conscience d\u2019\u00eatre minoritaire. Ils sont accessibles sur autorisation aux Archives sociales suisses, mais il y a eu des cas de refus que le parti n\u2019a pas \u00e0 justifier. Les archives des partis agrariens sont accessibles seulement sur autorisation aupr\u00e8s des secr\u00e9tariats de l\u2018UDC. L\u2019incertitude qui en r\u00e9sulte repr\u00e9sente un frein cons\u00e9quent \u00e0 la recherche. Je n\u2019ai pas obtenu d\u2019autorisation de consultation de la part du parti f\u00e9d\u00e9ral, mais au moins des partis zurichois et bernois o\u00f9 j\u2019ai \u00e9t\u00e9 bien re\u00e7ue. La politique archivistique du PLR est encore moins claire. J\u2019ai aussi essuy\u00e9 des refus concernant les archives les plus r\u00e9centes du parti f\u00e9d\u00e9ral. A c\u00f4t\u00e9 de la question tr\u00e8s sensible de la transparence vis-\u00e0-vis des finances partisanes, je m\u2019interroge sur un certain laisser-aller en la mati\u00e8re. Dans le cas de l\u2019UDC comme du PRD, il faut noter que l\u2018archivage \u00abmaison\u00bb dans les secr\u00e9tariats ne permet pas aux partis d\u2019assurer une bonne conservation des documents. C\u2019est dommage pour la recherche, mais aussi pour la d\u00e9mocratie suisse et les partis eux-m\u00eames. Apr\u00e8s, quand on travaille sur la vie politique suisse c\u2019est de toute fa\u00e7on bien de varier les sources, et j\u2019ai donc aussi consult\u00e9 les catalogues d\u2019affiches et de tracts, les sources audiovisuelles, la presse (notamment partisane), et des fonds priv\u00e9s, notamment ceux du publicitaire Victor Cohen qui conseillait d\u00e9j\u00e0 le PS dans les ann\u00e9es 1940!<\/p>\n<p><strong>Vos recherches vous ont-elles permis de d\u00e9nicher quelques perles?<\/strong><br \/>\nIl y en aurait beaucoup! Mais je pense notamment \u00e0 un publicitaire biennois pionnier des sondages d\u2019opinion, Pierre-Andr\u00e9 Gygi, qui donnait des conseils assez truculents aux Radicaux dans les ann\u00e9es 1950, le tout retranscrit en dialecte pour rajouter de l\u2019authenticit\u00e9: selon lui, il faudrait flatter \u00ab\u00a0le Suisse\u00a0\u00bb dans le sens du poil pour qu\u2019il se sente \u00ab\u00a0bon seigneur\u00a0\u00bb, tout en lui expliquant avec patience le seul vote \u00ab\u00a0viril\u00a0\u00bb possible: voter pour la liste radicale sans la modifier\u2026. Et en 1971, les partis sont paniqu\u00e9s par l\u2019arriv\u00e9e des femmes dont ils peinent \u00e0 anticiper le vote. Donc ils rivalisent d\u2019invention pour d\u00e9clarer leur \u00abamour\u00bb aux nouvelles \u00e9lectrices (qu\u2019ils oublieront peu de temps apr\u00e8s), mais certains ne font vraiment pas dans la subtilit\u00e9: entre un programme qui appelle \u00e0 r\u00e9aliser \u00abl\u2019\u00e9galit\u00e9 de la femme (sic)\u00bb ou une brochure qui explique aux femmes la politique suisse avec une m\u00e9taphore fil\u00e9e: la cuisine\u2026<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff6600;\">__________<\/span><\/p>\n<ul>\n<li><span style=\"font-family: Times New Roman,serif; font-size: medium;\"><a href=\"https:\/\/bit.ly\/3cvBxzw\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Vernissage en ligne du livre le 3 f\u00e9vrier \u00e0 18h00 (en fran\u00e7ais) et le 9 f\u00e9vrier \u00e0 18h00 (en allemand)<\/a><br \/>\n<\/span><\/li>\n<li><span style=\"font-family: Times New Roman,serif; font-size: medium;\">\u00a0Zo\u00e9 Kergomard, <a href=\"https:\/\/bit.ly\/36wGkgj\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><em>Wahlen ohne Kampf? Schweizer Parteien auf Stimmenfang, 1947\u20131983<\/em> <\/a><\/span><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La politique suisse ne passionne pas les foules. Manque d&rsquo;incarnation? Concensus mou? D\u00e9bats sans int\u00e9r\u00eats?\u00a0 Non, bien au contraire! L&rsquo;ouvrage de\u00a0 Zo\u00e9 Kergomard, Les partis politiques suisses en campagne \u00e9lectorale, 1947-1983, d\u00e9montre que, \u00e0 y regarder de plus pr\u00e8s, la chose publique helv\u00e9tique ne manque pas de sel! Moins d&rsquo;un\u00b7e citoyen\u00b7ne sur deux participe aux \u00e9lections en Suisse. Pour quelle raison avez-vous d\u00e9cid\u00e9 de vous pencher sur ce microcosme des campagnes \u00e9lectorales, consid\u00e9r\u00e9s souvent comme des \u00abnon-\u00e9v\u00e8nements\u00bb? 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