{"id":12077,"date":"2020-12-16T13:59:33","date_gmt":"2020-12-16T12:59:33","guid":{"rendered":"https:\/\/www3.unifr.ch\/alma-georges?p=12077"},"modified":"2020-12-16T13:59:33","modified_gmt":"2020-12-16T12:59:33","slug":"concours-litteraire-2020-ecrire-lindicible","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/articles\/2020\/concours-litteraire-2020-ecrire-lindicible","title":{"rendered":"Concours litt\u00e9raire 2020 &#8211; Ecrire l&rsquo;indicible"},"content":{"rendered":"<h4><strong>Cette ann\u00e9e, le Concours litt\u00e9raire prime trois candidat\u00b7e\u00b7s pour leurs textes en fran\u00e7ais, allemand et italien. Avec <em>En flairant l\u2019indicible<\/em>, Martin Morend, \u00e9tudiant en philosophie, est le gagnant pour la langue de Moli\u00e8re.<\/strong><\/h4>\n<p><strong><a href=\"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/oeuf.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-12079 alignleft\" src=\"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/oeuf-222x300.jpg\" alt=\"\" width=\"222\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/oeuf-222x300.jpg 222w, https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/oeuf-768x1036.jpg 768w, https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/oeuf-759x1024.jpg 759w, https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/oeuf.jpg 1518w\" sizes=\"(max-width: 222px) 100vw, 222px\" \/><\/a>F\u00e9licitations pour votre prix. Qu\u2019est-ce que cela repr\u00e9sente pour vous? Pourquoi vous \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 ce concours?<\/strong><br \/>\nC\u2019est une forme d\u2019encouragement qui est le bienvenu, \u00e0 la fois sous une forme symbolique, certes, mais financi\u00e8re \u00e9galement. J\u2019aurais eu de quoi me payer du pain noir pendant six bons mois, ce qui n\u2019est pas rien pour nous autres \u00e9crivains. Mais croyez-le ou non, j\u2019ai d\u00fb donner le tiers de cette somme \u00e0 mon fr\u00e8re pour qu\u2019il puisse acheter deux nouveaux pneus, et un autre tiers \u00e0 mon p\u00e8re pour de l\u2019anti-limace! Ce qui fait qu\u2019au final, j\u2019ai du pain seulement pour un mois\u2026 (rire nerveux)<\/p>\n<p><strong>Qu\u2019est-ce qui vous a pouss\u00e9 \u00e0 r\u00e9diger ce texte?<\/strong><br \/>\nQu\u2019est-ce qui pousse \u00e0 \u00e9crire ? On peut r\u00e9pondre de bien des mani\u00e8res. Ce n\u2019est \u00e9videmment pas l\u2019indignation politique (que l\u2019\u00e9crivain doit fuir \u00e0 tout prix) ; je dirais l\u2019indignation esth\u00e9tique et la volont\u00e9 de mettre le monde dans un coin-coin comme certains Boddhisattva. La pr\u00e9sence du <em>pochlost <\/em>dans nos vies est la motivation la plus puissante, l\u2019excitant le plus efficace. L\u2019universit\u00e9, \u00e0 cet \u00e9gard, est un milieu id\u00e9al dans lequel on cultive des bizarreries qui ne poussent nulle part ailleurs. Un forain m\u2019a dit un jour qu\u2019on lui faisait de la concurrence d\u00e9loyale, il y a du vrai l\u00e0-dedans.<\/p>\n<p><strong>Sans divulgacher, de quoi s\u2019agit-il?<br \/>\n<\/strong>Il s\u2019agit de l\u2019histoire d\u2019un jeune homme amoureux qui meurt \u00e0 cause d\u2019un pigeon, d\u2019un doctorant qui traduit des textes \u00e9crits par des poulets, mais \u00e9galement de sous-sol, de Plotin, d\u2019astres et de la Providence. C\u2019est une forme d\u2019\u00e9pop\u00e9e galactique en un certain sens.<br \/>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<div style=\"background-color: orange; font-size: 100%; padding: 1em;\">\n<p class=\"Default\"><em>\u00abPouvoir \u00eatre publi\u00e9 dans la Collection Bleue \u00e9tait, pour ce petit d\u00e9partement, le souverain bien, l&rsquo;aubaine d&rsquo;une vie. Imaginez sa t\u00eate dans une vignette en quatri\u00e8me de couverture, c&rsquo;\u00e9tait le fantasme de leur nuit. Pour voir leur faci\u00e8s imprim\u00e9 dans une mandorle? Ils auraient donn\u00e9 des livres de chair, lutt\u00e9 contre des panth\u00e8res. Matin et soir, O&rsquo;Dannon donnait du \u2039Collection bleue, Collection bleue\u203a c&rsquo;\u00e9tait pour lui un mot magique qui mettait en chaleur les esprits et les tenait en laisse.<\/em><\/p>\n<p class=\"Default\"><em>Pourtant, \u00e0 premi\u00e8re vue, ces livres n&rsquo;\u00e9taient pas si attrayants. Sur leurs couvertures, des volutes blanches sur fond bleu se r\u00e9pandaient comme le sperme sans t\u00e9los des tortues. Une pochette de plastique opaque, \u00e9caill\u00e9e par des milliers de mains, rendait souvent le titre illisible. A l&rsquo;int\u00e9rieur, ce n&rsquo;\u00e9tait pas mieux: des pages jaunes comme du beurre rance, une police grasse entour\u00e9e de bords cr\u00e9nel\u00e9s\u2026 des timbres faits pour Dieu sait quel pl\u00e9rome. Tous se situaient \u00e0 la huiti\u00e8me rang\u00e9e de la biblioteca di filosofia, la plus haute rang\u00e9e, si bien que m\u00eame l&rsquo;escabeau s&rsquo;av\u00e9rait inutile: si l&rsquo;on faisait moins de deux bons m\u00e8tres, il fallait dire adieu \u00e0 cette sagesse. Les plus affam\u00e9s essayaient de grimper sans baudrier. Il y eut beaucoup de graves accidents: les chutes cass\u00e8rent huit \u00e0 neuf nuques et \u00e9corn\u00e8rent au moins quatre, certains disaient six ouvrages sp\u00e9cialis\u00e9s. Il y eut m\u00eame \u00e0 ce propos un article dans le journal universitaire o\u00f9 le r\u00e9dacteur en chef s&rsquo;\u00e9chauffa et parla m\u00eame de \u2039vandalisme\u203a.<\/em><\/p>\n<p class=\"Default\"><em>Bref. Alors qu&rsquo;il le crut parti pour de bon, Ontosson fut surpris pas une derni\u00e8re apparition. A travers l&rsquo;entreb\u00e2illement de la porte blind\u00e9e, O&rsquo;Dannon d\u00e9roula sa t\u00eate comme l&rsquo;oeil d&rsquo;un escargot et alors qu&rsquo;elle rebondissait sur des amas de chair molles \u00e0 la base du cou, il cria une derni\u00e8re fois: \u00ab\u2039a Collection Bleue\u203a, puis disparu comme un diable.\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>En flairant l\u2019indicible<\/em>, Martin Morend<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<p><strong>Avez-vous une routine d\u2019\u00e9criture\u00a0?<br \/>\n<\/strong>Je pr\u00e9f\u00e8re les heures de la nuit. Tout est plus tranquille, les id\u00e9es sont merveilleusement claires, l\u2019inspiration plus sensible qu\u2019en plein jour (sous la lumi\u00e8re elle tend \u00e0 se contracter atrocement comme une mangue ou un pruneau s\u00e9ch\u00e9). Il faut beaucoup d\u2019obscurit\u00e9 pour une bonne histoire. C\u2019\u00e9tait d\u2019ailleurs la m\u00e9thode de P\u00e9trarque: se lever plusieurs fois par nuit pour \u00e9crire. Lorsque j\u2019ai l\u2019occasion d\u2019aller pr\u00e8s de la mer ou dans des villes d\u2019eau, c\u2019est l\u00e0 que je suis le plus productif (j\u2019\u00e9cris alors trois \u00e0 quatre fois plus vite!).<\/p>\n<p><strong>Comment d\u00e9cririez-vous votre style d&rsquo;\u00e9criture?<br \/>\n<\/strong>Je dirais que mon style se tient exactement entre celui de Cellini, de Nabokov et de Kandinsky, \u00e0 savoir au milieu d\u2019un triangle \u00e9trange que personne n\u2019a encore jamais observ\u00e9, mais qui est postul\u00e9 par beaucoup de mes confr\u00e8res.<\/p>\n<p><strong>Avez-vous des mod\u00e8les d&rsquo;\u00e9criture \u00e0 suivre?<br \/>\n<\/strong>A ne pas suivre: tous les philosophes contemporains, ces d\u00e9tritivores. Pour la volont\u00e9, l\u2019envie d\u2019en d\u00e9coudre? Le Doom Slayer sans aucun doute. D\u2019un point de vue plus litt\u00e9raire: H\u00e9g\u00e9mon de Thasos, Pouchkine, Ibsen, Platon, Hoffm<u>ann <\/u>et Li-Po. Vous savez, du moment que l\u2019on aime Christophe Grang\u00e9 ou Dicker, il n\u2019est vraiment pas difficile de bien \u00e9crire. Cela est m\u00eame donn\u00e9 \u00e0 un \u00abphilosophe\u00bb\u2026 C\u2019est dire.<\/p>\n<p><strong>Avez-vous d\u2019autres projets en vue?<br \/>\n<\/strong>Beaucoup. Mais cela demande un temps infernal. J\u2019ai calcul\u00e9: environ six heures pour cent mots. Un petit roman comportant 30&rsquo;000 mots, cela fait exactement 1800 heures de boulot. 1&rsquo;800 divis\u00e9 par six heures de travail nocturnes, cela fait 300 jours. Dans une ann\u00e9e j\u2019aurais termin\u00e9 un petit roman que j\u2019esp\u00e8re tr\u00e8s amusant, joyeux et philosophique.<\/p>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<span style=\"color: #ff6600;\">__________<\/span><\/p>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/www3.unifr.ch\/uni\/fr\/concours-litteraire\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Le concours litt\u00e9raire de l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg<\/a> est organis\u00e9 par le Rectorat. Les prix d\u00e9cern\u00e9s r\u00e9compensent les meilleurs travaux, pr\u00e9sent\u00e9s dans les diff\u00e9rentes langues et litt\u00e9ratures enseign\u00e9es \u00e0 l\u2019Universit\u00e9. Toutes et tous les \u00e9tudiant-e-s immatricul\u00e9-e-s \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg ont le droit d\u2019y participer.<\/li>\n<\/ul>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cette ann\u00e9e, le Concours litt\u00e9raire prime trois candidat\u00b7e\u00b7s pour leurs textes en fran\u00e7ais, allemand et italien. Avec En flairant l\u2019indicible, Martin Morend, \u00e9tudiant en philosophie, est le gagnant pour la langue de Moli\u00e8re. F\u00e9licitations pour votre prix. Qu\u2019est-ce que cela repr\u00e9sente pour vous? Pourquoi vous \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 ce concours? C\u2019est une forme d\u2019encouragement qui est le bienvenu, \u00e0 la fois sous une forme symbolique, certes, mais financi\u00e8re \u00e9galement. J\u2019aurais eu de quoi me payer du pain noir pendant six bons mois, ce qui n\u2019est pas rien pour nous autres \u00e9crivains. 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