{"id":1158,"date":"2015-11-05T07:47:07","date_gmt":"2015-11-05T06:47:07","guid":{"rendered":"http:\/\/www3.unifr.ch\/alma-georges\/articles\/2015\/djihad-au-feminin-2"},"modified":"2015-11-09T22:15:58","modified_gmt":"2015-11-09T21:15:58","slug":"djihad-au-feminin-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/articles\/2015\/djihad-au-feminin-2?lang=de","title":{"rendered":"Jihad au f\u00e9minin"},"content":{"rendered":"<h4><strong>Le ph\u00e9nom\u00e8ne interroge et interpelle. Pour le comprendre, il faut imp\u00e9rativement d\u00e9passer les id\u00e9es pr\u00e9con\u00e7ues. La sociologue des religions G\u00e9raldine Casutt s&rsquo;int\u00e9resse aux jeunes Europ\u00e9ennes qui partent faire le jihad. Son travail propose des pistes concernant leurs motivations et des \u00e9bauches de solutions pour aider les familles.\u00a0<\/strong><\/h4>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<p>Le d\u00e9part de certains jeunes, musulmans ou r\u00e9cemment convertis, est un ph\u00e9nom\u00e8ne relativement nouveau dans nos soci\u00e9t\u00e9s occidentales. L\u2019islam, en passe de radicalisation, et la cr\u00e9ation d\u2019un Etat islamique attirent des adolescents qui d\u00e9cident de participer au jihad, souvent \u00e0 l\u2019insu de leurs propres familles. Cette attraction dangereuse ne touche pas uniquement les gar\u00e7ons&#8230;<\/p>\n<p>Dans sa th\u00e8se de doctorat en Science des religions, G\u00e9raldine Casutt, assistante \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg, se penche sur la question: \u00abcomment \u00eatre jihadiste en tant que femme?\u00bb. Elle s\u2019int\u00e9resse, d\u2019une part, aux filles qui quittent tout pour rejoindre les jihadistes et, d\u2019autre part, au d\u00e9sarroi et \u00e0 la souffrance des familles qui ne comprennent plus leur enfant. Via les r\u00e9seaux sociaux, elle parvient \u00e0 \u00e9tablir et \u00e0 maintenir le contact avec quelques jeunes filles avant et apr\u00e8s leur d\u00e9part en Syrie; sa d\u00e9marche scientifique, neutre et sans jugement, ainsi que le choix d\u00e9ontologique de ne pas masquer sa v\u00e9ritable identit\u00e9, permet \u00e0 la sociologue des religions d\u2019instaurer un climat de confiance, pr\u00e9cieux pour rassembler des t\u00e9moignages et poser des questions sur leurs motivations. Le lien entre l\u2019individu et le religieux appara\u00eet alors tr\u00e8s vite et sert de fil rouge \u00e0 sa r\u00e9flexion et \u00e0 son analyse du ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/p>\n<p><strong>Conf\u00e9rence sous surveillance<\/strong><\/p>\n<p>La radicalisation est un th\u00e8me d\u2019actualit\u00e9 et les termes \u00abislam\u00bb et \u00abjihad\u00bb sont \u00e0 manier avec pr\u00e9caution. Afin d\u2019\u00e9viter les \u00e9tiquettes trop tenaces et les amalgames malheureux, le choix des mots et des d\u00e9finitions se r\u00e9v\u00e8le extr\u00eamement important. C\u2019est dans cette perspective que G\u00e9raldine Casutt est amen\u00e9e \u00e0 collaborer avec des sp\u00e9cialistes issus de diff\u00e9rentes disciplines. Elle a r\u00e9cemment invit\u00e9 le journaliste David Thomson et l\u2019expert du salafisme Samir Amghar \u00e0 donner une conf\u00e9rence commune, intitul\u00e9e \u00abLa religion du jihad et le jihad comme religion: quelle place pour l&rsquo;argument religieux dans les motivations des candidats au jihad en Syrie?\u00bb, \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Fribourg. Devant un auditoire comble, discr\u00e8tement surveill\u00e9 par des policiers pr\u00eats \u00e0 intervenir \u00e0 tout moment, les conf\u00e9renciers ont donn\u00e9 leur avis, entre autres, sur la justification religieuse du jihad et du d\u00e9part en Syrie, du point de vue des acteurs. Dans une ambiance calme et respectueuse, ils ont ensuite r\u00e9pondu aux questions du public.<\/p>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<p><a href=\"http:\/\/iframewidth=640height=360src=https:\/\/tube.switch.ch\/embed\/4f9ecf22frameborder=0webkitallowfullscreenmozallowfullscreenallowfullscreen\/iframe\"><iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/tube.switch.ch\/embed\/4f9ecf22\" width=\"640\" height=\"360\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/a><\/p>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<p>Une telle conf\u00e9rence aurait difficilement pu \u00eatre organis\u00e9e en toute s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 en France; paradoxalement, dans ce pays hyperla\u00efque, la question religieuse en lien avec l\u2019int\u00e9gration occupe le devant de la sc\u00e8ne m\u00e9diatique et politique de mani\u00e8re r\u00e9currente. Les Suisses, moins touch\u00e9s que leurs voisins par les d\u00e9parts des jeunes en Syrie, se posent en observateurs, tout en cherchant des informations qui leur permettront de se forger une opinion. Car l\u00e0 r\u00e9side toute l\u2019ambig\u00fcit\u00e9 du ph\u00e9nom\u00e8ne: tout le monde, aussi bien sp\u00e9cialiste que citoyen lambda, a un avis sur l\u2019islam, l\u2019int\u00e9gration des musulmans, la radicalisation, la mont\u00e9e au pouvoir de l\u2019Etat islamique, le terrorisme ou le jihad, mais personne n\u2019est capable de relativiser un d\u00e9bat compliqu\u00e9 et tr\u00e8s \u00e9motionnel.<\/p>\n<p><strong>Le jihad: une affaire d\u2019hommes?<\/strong><\/p>\n<p>Si, du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019opinion publique, on parvient \u00e0 \u00e9tablir un lien entre les hommes et le jihad, \u00e0 travers le clich\u00e9 bien ancr\u00e9 d\u2019un masculin plus enclin \u00e0 la violence et donc attir\u00e9 par le combat, on n\u2019envisage pas, en revanche, qu\u2019une femme puisse volontairement choisir cette voie. Il est plus commode de penser qu\u2019elles sont victimes, et non pas actrices et qu\u2019elles ont forc\u00e9ment \u00e9t\u00e9 manipul\u00e9es par des hommes dans un contexte patriarcal propre \u00e0 l\u2019islam. Difficile de se repr\u00e9senter qu\u2019une femme peut aussi \u00eatre un facteur de radicalisation pour un homme. Le besoin, rassurant et acceptable, de consid\u00e9rer le d\u00e9part des jeunes filles comme des cas particuliers et de r\u00e9fl\u00e9chir en termes de clich\u00e9s, est bien pr\u00e9sent. Impossible d\u2019imaginer que le rapport \u00e0 la violence ill\u00e9gale est le m\u00eame pour les deux sexes et que seules la construction et la repr\u00e9sentation distinguent les hommes des femmes. Leur r\u00f4le au sein du jihad est certes diff\u00e9rent, mais la conviction reste la m\u00eame. Epouses et m\u00e8res, elles ne combattent pas; leur participation au jihad est per\u00e7ue comme secondaire, mais pas leurs motivations. Pr\u00e9cisons que certain-e-s consid\u00e8rent l\u2019immigration en terre de califat comme le sixi\u00e8me pilier de l\u2019islam, tant cet acte est per\u00e7u comme important et n\u00e9cessaire \u00e0 la fois comme devoir religieux et pour son propre salut.<\/p>\n<p><strong>Ph\u00e9nom\u00e8ne religieux ou social?<\/strong><\/p>\n<p>Pour G\u00e9raldine Casutt, il convient de consid\u00e9rer les jihadistes avant tout comme des \u00eatres humains et pas uniquement comme des terroristes; des personnes inscrites dans une soci\u00e9t\u00e9 occidentale, la n\u00f4tre, qui leur fait miroiter des possibilit\u00e9s infinies, alors que la r\u00e9alit\u00e9 est tout autre. La chercheuse est convaincue qu\u2019on est en pr\u00e9sence d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne social dans lequel l\u2019aspect religieux joue un r\u00f4le explicatif important. Parler du d\u00e9part pour le jihad dans la sph\u00e8re publique permet donc de r\u00e9aliser que ce choix est rationnel et ne tient pas uniquement du lavage de cerveau, comme le pr\u00e9tendent certains. En ce qui concerne les motivations de ces jeunes femmes, on peut citer, entre autres, un attrait g\u00e9n\u00e9ral pour la discipline et une forme d\u2019aust\u00e9rit\u00e9, propos\u00e9es dans l&rsquo;islam radical, leur permettant de marquer leur opposition envers un monde occidental en perdition parce que trop laxiste. En se soumettant \u00e0 des normes et des valeurs, re\u00e7ues directement de Dieu, elles ont\u00a0 l&rsquo;impression de se rapprocher de leur spiritualit\u00e9. Elles expriment aussi la volont\u00e9 de participer \u00e0 un nouveau type de soci\u00e9t\u00e9, consid\u00e9r\u00e9e comme plus juste, puisque fond\u00e9e sur des principes divins, et au sein de laquelle chaque sexe aurait une place et un r\u00f4le bien d\u00e9finis. La compl\u00e9mentarit\u00e9 y serait garante d&rsquo;un ordre social et religieux \u00e9quilibr\u00e9. Finalement, elles \u00e9voquent fr\u00e9quemment le d\u00e9sir fort de prendre part \u00e0 un moment historique, \u00e0 savoir la cr\u00e9ation du califat qui sera le th\u00e9\u00e2tre de la fin des temps.<\/p>\n<p>Face aux m\u00e9dias, en recherche de pathos et d\u2019un spectacle parfois morbide, qui traitent ces d\u00e9parts pour la Syrie comme un ph\u00e9nom\u00e8ne de mode, et contre les clich\u00e9s populaires qui ne voient dans l\u2019islam que la violence et la non-int\u00e9gration avec une tendance \u00e0 l\u2019\u00e9riger au statut d\u2019ennemi de la libert\u00e9 et de la paix, une r\u00e9flexion scientifique, objective, neutre et d\u00e9pourvue d\u2019apriori favorise une prise de conscience sociale globale. G\u00e9raldine Casutt constate que ce choix fascine et interroge les citoyens occidentaux et que, si des conf\u00e9rences sur cette th\u00e9matique attirent autant de monde, c\u2019est parce que les gens veulent comprendre pour pr\u00e9venir ces d\u00e9parts. Ils s\u2019inqui\u00e8tent de savoir ce que ces jeunes vont faire sur place, quelle menace potentielle ils repr\u00e9sentent pour l\u2019Europe et, surtout, quelle sera leur situation dans la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 leur retour.<\/p>\n<p><strong>Loin des clich\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p>Afin de d\u00e9samorcer des clich\u00e9s tenaces, G\u00e9raldine Casutt a d\u00e9cid\u00e9 de s\u2019int\u00e9resser \u00e9galement aux parents de ces adolescentes et aux m\u00e8res en particulier. Jug\u00e9es par l\u2019opinion publique comme mauvaises, puisqu\u2019elles repr\u00e9sentent l\u2019\u00e9chec dans l\u2019\u00e9ducation de leur enfant, elles sont sans cesse confront\u00e9es \u00e0 des critiques, parfois tr\u00e8s violentes, provoquant des d\u00e9g\u00e2ts majeurs dans ces familles d\u00e9j\u00e0 d\u00e9vast\u00e9es. Pour la sociologue des religions, le jihadisme n\u2019est pas n\u00e9cessairement la continuit\u00e9 d\u2019un parcours d\u00e9linquant pr\u00e9existant et les parents ne sont que rarement responsables des d\u00e9parts de leurs enfants. Il faudrait plut\u00f4t les consid\u00e9rer comme des victimes, presque des dommages collat\u00e9raux. En France, par exemple, les accusations sont dirig\u00e9es contre la cellule familiale, alors qu\u2019on attribue \u00e0 l\u2019Etat un r\u00f4le de gendarme plut\u00f4t que celui d\u2019un \u00e9ducateur \u00e0 l\u2019esprit critique. Pourtant, la chercheuse constate que les \u00e9coles et les institutions ont \u00e9galement un r\u00f4le \u00e0 jouer.<\/p>\n<p>Pour faire face \u00e0 cette d\u00e9tresse, des groupes de soutien s\u2019organisent en France et en Belgique, mais ils sont le fruit d\u2019initiatives personnelles, les structures officielles persistant \u00e0 envisager et \u00e0 traiter le jihadisme comme des cas de d\u00e9linquance juv\u00e9nile, pour lesquels les parents sont toujours tenus pour responsables. C\u2019est en priv\u00e9, mais aussi dans ces associations, mises en place par des parents d\u00e9munis, que G\u00e9raldine Casutt peut entendre ce que les m\u00e8res ont \u00e0 dire. Elle est parvenue \u00e0 gagner leur confiance et \u00e0 recueillir leurs confidences, tout aussi pr\u00e9cieuses que les t\u00e9moignages des jeunes filles parties en Syrie. En Suisse, pays moins touch\u00e9 par ce ph\u00e9nom\u00e8ne, de telles structures de soutien peinent \u00e0 s\u2019organiser.<\/p>\n<p>Un dernier clich\u00e9 reste encore \u00e0 d\u00e9samorcer: celui de penser qu\u2019il y a une recette miracle \u00e0 la d\u00e9radicalisation. L\u00e0 encore, G\u00e9raldine Casutt estime que la panac\u00e9e n\u2019existe pas et qu\u2019un travail ne pourra se faire qu\u2019au cas par cas, en proposant des solutions individuelles et non pas globales.<\/p>\n<div class=\"clear\" style=\"height:20px\"><\/div>\n<p><span style=\"color: #ff6600;\">__________<\/span><\/p>\n<p><strong><span style=\"color: #000000;\">Lien:<\/span><\/strong><\/p>\n<ul>\n<li>Communiqu\u00e9 de presse de l&rsquo;Unifr <a href=\"http:\/\/www.unifr.ch\/news\/fr\/14881\/\" target=\"_blank\">\u00abJihad au f\u00e9minin: les dessous du voile\u00bb <\/a>pr\u00e9sentant la th\u00e8se de G\u00e9raldine Casutt.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le ph\u00e9nom\u00e8ne interroge et interpelle. Pour le comprendre, il faut imp\u00e9rativement d\u00e9passer les id\u00e9es pr\u00e9con\u00e7ues. La sociologue des religions G\u00e9raldine Casutt s&rsquo;int\u00e9resse aux jeunes Europ\u00e9ennes qui partent faire le jihad. Son travail propose des pistes concernant leurs motivations et des \u00e9bauches de solutions pour aider les familles.\u00a0 Le d\u00e9part de certains jeunes, musulmans ou r\u00e9cemment convertis, est un ph\u00e9nom\u00e8ne relativement nouveau dans nos soci\u00e9t\u00e9s occidentales. L\u2019islam, en passe de radicalisation, et la cr\u00e9ation d\u2019un Etat islamique attirent des adolescents qui d\u00e9cident de participer au jihad, souvent \u00e0 l\u2019insu de leurs propres familles. Cette attraction dangereuse ne touche pas uniquement les<\/p>\n","protected":false},"author":17,"featured_media":1160,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[116],"tags":[185,187,129,183,181],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1158"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-json\/wp\/v2\/users\/17"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1158"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1158\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1297,"href":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1158\/revisions\/1297"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1160"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1158"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1158"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.unifr.ch\/alma-georges\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1158"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}