
- Jean de Menasce
- (1902-1973)
« Lorsque Dieu veut accomplir quelque chose par l’intermédiaire d’une âme, son premier acte est de l’anéantir, de la réduire à rien, et c’est seulement lorsqu’elle est réduite à l’anéantissement absolu que le Divin Maître tire cette âme des portes de la mort où il l’avait conduite, pour la vivifier et agir par elle en se l’unissant de la manière la plus intime qui se puisse imaginer . . . .
Il y a des moments dans la vie où l’on n’a plus le courage de vivre pour soi-même . . . des moments où nous disons comme Elie : ‘Je ne puis plus. Prenez mon âme.’ Nous tombons écrasés sous la douleur. A ce moment se lèvent autour de nous des âmes qui touchent à la nôtre, des âmes d’enfants par exemple, auxquelles nous avons donné notre vie, et nous entendons des voix qui murmurent : ‘vis pour nous, nous vivrons de tes larmes et de ton sang . . . vis, souffre, meurs encore pour nous . . .’
Alors on se relève et on continue de se traîner en disant : c’est parce que je suis anéanti que je suis tout-puissant. Je puis vivifier des âmes, toutes les âmes par la croix. Quel apostolat fécond ! Toutes les âmes, même les plus anéanties et les plus impuissantes peuvent l’exercer. Notre apostolat peut être celui de la parole, mais il est surtout l’apostolat de la souffrance. Notre vie doit être une rédemption à l’exemple de notre Divin Maître. »
Jean de Menasce, o.p.
Extraits d’une conférence (« Contemplation et souffrance ») donnée au Monastère Dominicain d’Estavayer-le-Lac en 1941. Edités et publié dans Jean de Menasce, La Porte sur le jardin p. 222-223
