Les deux libertés

Selon l’analyse de Servais Pinckaers, O.P.
lundi 5 janvier 2004
par mss

Liberté d’indifférence contre liberté de qualité

Liberté d’indifférence
Définition : Aptitude à choisir entre des contraires. (le choix entre le bien et le mal est essentiel pour la liberté.) La liberté réside dans la volonté seule.

Liberté de qualité
Définition : Aptitude à agir avec excellence et perfection chaque fois qu’on le désire. (le choix du mal est un manque de liberté.) La liberté réside tout à la fois dans la raison et dans la volonté.

Liberté d’indifférence

Liberté de qualité

1) Pouvoir de choisir entre les contraires. 1) Pouvoir d’agir avec qualité et perfection quand on le veut.
2) Précède et domine toute inclination naturelle. Procède de la seule volonté dans son « indifférence » envers les contraires. 2) Procède de la raison et de la volonté, de l’attrait naturel pour la vérité, le bien, le bonheur.
3) Se pose entièrement soi dès les début et en chaque acte de la vie morale. 3) Donnée en germe, elle se développe progressivement par l’éducation jusqu’à la maturité.
4) Chaque acte libre est indépendant des autres. La vie morale est une succession de « cas de conscience. » La morale est une « casuistique » régie par l’obéissance. 4) Réunit les actes, en un ensemble ordonné par une finalité qui les relie intérieurement. La fin principale est le « bonheur » dans l’union au « bien plénier ».
5) La vertu est une habitude de soumission à la loi. 5) La vertu est une qualité de la liberté, le pouvoir personnel acquis, ou infus, d’agir avec perfection. Elle cause la joie.
6) La loi est extérieure à la liberté, qu’elle limite par l’obligation. Elle est l’œuvre de la pure volonté du législateur. 6) La loi est éducatrice dans la croissance de la liberté. Elle est œuvre de sagesse, et correspond a l’attrait intime.

Les conséquences de ces libertés

Liberté d’indifférence
Résultat : elle engendre une morale de la loi et de l’obligation. La considération du bonheur est extrinsèque delà la morale.

Liberté de qualité
Résultat : elle engendre une morale du bonheur et des vertus, qui naît de l’attrait intérieur.


Voir Servais Pinckaers, Les Sources de la morale catholique (Paris : Cerf), 381-385.