
- Fr. Nicholas Ayo, C.S.C.
Si les yeux sont les fenêtres de l’âme, le visage humain est la fenêtre du cœur. Alors que je regardais les nombreux portraits de cette petite Asiatique, je ne cessais de penser au récit de la fille de Jaïrus dans l’Evangile. Cette petite fille devrait-elle aussi mourir, le monde dans lequel je vis en étranger pour elle en subirait un même bouleversement. Cela ne peut se produire. Comme nous devons le savoir, seuls les gens vivent pour toujours. Elle porte sur nous le regard d’un être humain dont l’innocence peut être dérobée ou offerte, mais ne peut jamais mourir. « Elle n’est pas morte, elle est endormie », telle était la parole de Jésus. Personnellement, je veux annoncer : « Elle est elle-même ; elle est vivante ; ne voyez-vous pas son souffle ? »
Nous la regardons et elle, de toute son innocence, nous guette. Elle n’est pas un objet. C’est le spectateur qui se verra vu. Elle est l’innocence même car ce qu’elle est demeure l’être qu’elle est. De jour en jour, son visage varie, nous poussant à nous interroger sur ce qui se passe derrière ses yeux dans les profondeurs de son âme. Qui arrange sa chevelure avec tant d’amour en une myriade de façons charmantes - quelles mains la touchent de si belle façon. Et quelles mains le feront dans un avenir inconnu, à la fois dans la crainte de souffrir et le désir au cœur de toute conscience humaine.
Les trois cent soixante cinq images sont des portraits immobiles, et nos yeux les parcourent telle une image mouvante qui se fraye un chemin à la fois à travers le temps et nos émotions envers une étrangère si ravissante mais si vulnérable à la vie, qu’on nous permet d’examiner avec joie et sans mauvaise pensée. Tout en observant ces moments d’intimité recouvrant un an dans la vie d’une petite fille, nous touchons l’intangible, nous considérons la « fontaine interdite » et le « jardin secret ». Son humeur devient celle de l’observateur, son silence nous réprimande de notre incessante envie de parler à tort. Nous examinons et elle observe, et dans cet entrecroisement il se peut que des larmes submergent la parole. La vie devrait la protéger, mais nous savons être impuissants en ce domaine. Peut-être même sommes-nous un adversaire - que Dieu nous pardonne. Qu’elle grandisse, mais ne change que pour rester semblable, telle pourrait être notre prière. Quel mystère un être humain recouvre-t-il, quelle histoire inconnue se cache derrière son visage, quel trésor reste enfoui dans un esprit incarné et un corps insufflé de l’esprit. Nous regardons l’être qui est beau, pas ce qui est beau. Notre regard est un privilège présomptueux que nous ne méritons pas car nous ignorerons toujours la façon de nous incliner suffisamment pour avoir le droit d’être présent.
